Comment l’IoT et la data vont transformer les métiers des services énergétiques B2C ?

Vous avez certainement dû entendre parler de : data, Big Data ou encore internet des objets tant ces buzz words sont une véritable révolution ! Mais au-delà des aspects marketing, que se cache-t-il réellement derrière ces concepts ? Que vont changer ces avancées technologiques dans le monde des services énergétiques et plus précisément des services B2C ?

Ce sont autant de questions auxquelles nous tenterons de répondre ensemble lors de l’Energycamp qui se tient ce lundi 5 décembre 2016. Mais en attendant, voici une petite introduction pour bien cerner ce dont on parle.

  

Zoom sur les nouveaux services énergétiques B2C

Tout d’abord, intéressons-nous aux différentes initiatives qui ont émergées dans le monde des services énergétiques B2C suite à l’apparition de l’Internet of Things (IoT) et des technologies de traitement des données.

L’arrivée de l’internet des objets, et surtout les récentes innovations qui ont permis d’en diminuer les coûts, ont augmenté de manière significative le nombre de données exploitables. Cela représente un terreau hors du commun pour le développement de nouveaux usages et donc de nouveaux services !

Depuis quelques années déjà on a pu observer la diffusion de services dits de « Home Energy Management » dont le but est de proposer aux particuliers de : surveiller leur consommation énergétique, faire des économies d’énergie et/ou d’argent, améliorer leur confort ou encore faciliter l’expérience utilisateurs lors des opérations de maintenance. Regardons de plus près les services et produits associés à ces différentes catégories :

Monitoring et visualisation de consommation

Linky-le-nouveau-compteurDans cette catégorie, on pense instinctivement aux compteurs communicants Linky et Gazpar respectivement pour l’électricité et le gaz. Ces compteurs permettent aux ménages de visualiser leur consommation et de s’assurer qu’ils payent pour ce qu’ils consomment grâce à des relevés plus fréquents de leur consommation. Cependant, ces outils ne représentent qu’un premier niveau de service puisqu’ils ne permettent pas de faire du temps réel ni d’enclencher des actions en toute autonomie (chaque opérations réalisables à distance nécessite l’intervention humaine pour en donner l’ordre). Côté fournisseurs d’énergie, ces outils ont un véritable potentiel puisqu’ils leur permettent de proposer à leurs clients des analyses de leur consommation, effectuer des recommandations et même proposer des offres sur mesure en fonction du profil de leur client.

Économie d’énergie et amélioration du confort du logement

thermostat netatmo engiePourtant connue et mise en application depuis des années voire décennies, la domotique a connu un essor particulier ces toutes dernières années. Elle entraine avec elle la catégorie décrite ici, l’une des plus développée à l’heure actuelle. On peut notamment citer les thermostats connectés comme : Nest, Netatmo, Qivivo, Tado, Ween ou encore les chaudières connectées de ELM Leblanc et Chaffoteaux. Ces produits ont pour objectif principal de garantir un certain niveau de confort tout en minimisant la consommation énergétique du logement. Certains nécessitent une intervention des occupants via une application sur smartphone mais d’autres peuvent fonctionner en toute autonomie, sans action des occupants. En effet, dotés d’une « intelligence » importante grâce à du machine learning, ces outils sont auto-apprenants : ils sont capables de comprendre vos habitudes et donc par exemple de déclencher votre chauffage au moment le plus propice. Tout comme les compteurs intelligents, ils permettent de mieux comprendre votre profil consommateur et donc de vous proposer de nouveaux services énergétiques ou des offres tarifaires plus adaptées. L’intérêt est également grand du côté des distributeurs d’énergie puisque cela leur permet par ailleurs d’adapter au mieux l’offre à la demande.

Pour une gestion encore plus intelligente de la consommation énergétique et du confort de votre logement certains appareils souvent qualifiés de box énergie permettent de contrôler non seulement votre système de chauffage mais également d’autres objets connectés présents dans votre maison comme : vos stores (pour les monter/descendre en fonction de l’ensoleillement pour mieux réguler la température de votre maison), vos appareils électroménagers ou encore votre éclairage.

Réduction des dépenses

tirelire economieCertaines sociétés se sont quant à elles tournées vers les économies financières liées aux économies d’énergie. C’est le cas de l’entreprise Voltalis qui propose de réaliser pour ses clients de l’effacement diffus. Cela consiste, à couper pendant quelques minutes (lors des pics de charges) certains appareils électriques du logement du client. Ce dernier peut toutefois refuser cette coupure grâce à un simple bouton se trouvant sur le boitier. Cela lui permet d’éviter les effets néfastes potentiels sur son quotidien (ex : coupure de la machine à laver qui est en train de tourner).

Ce genre de services énergétiques visant à faire des économies sur sa facture est moins répandu que les précédents principalement car à l’échelle d’un logement, les gains financiers engendrés par l’effacement reste très faible. Ce service est donc surtout utile pour les professionnels en charge de l’équilibrage du réseau ; les consommateurs eux préfèrent miser sur l’économie d’énergie et le confort de leur logement à moindre effort (sans intervention de leur part).

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A l’image des compteurs communicants qui permettent de faire de la télé-relève, certains acteurs vont encore plus loin et proposent d’anticiper la maintenance de vos appareils. C’est le cas des sociétés ELM Leblanc et Chaffoteaux qui proposent via leurs chaudières connectées de détecter des anomalies en temps réel, d’anticiper les pannes et donc les opérations de maintenance.

Les objets connectés permettent donc de collecter une énorme quantité d’informations qui constituent la porte d’entrée à la valorisation des données. Ce marché à fort potentiel attire donc de nombreux acteurs comme des :

  • start-ups : notamment spécialisées dans la domotique
  • énergéticiens : ils se sont dans un premier temps associés à des start-ups via des rachats ou des partenariats à l’instar de Netatmo et Engie puis se sont dans un second temps mis à proposer leur propre outil comme Sowee d’EDF
  • grandes entreprises technologiques : Google a par exemple racheté Nest en 2013

 

Focus sur les technologies au cœur de ces services

Et côté technos, qu’est-ce qui a permis de rendre tout cela possible, où en sommes-nous et quels sont les axes d’amélioration à venir ?

Dans l’Internet des objets tout part de l’objet en lui-même et notamment des capteurs qui vont permettre de récupérer les données de leur environnement. Les dernières innovations ont notamment permis de diminuer leur prix et de rendre possible leur diffusion en masse.

Cependant, pour pouvoir utiliser ces données il faut qu’elles puissent être transmises à des plateformes de traitement. C’est ce qu’on appelle la connectivité. Il existe plusieurs technologies différentes plus ou moins performantes selon les caractéristiques recherchées : volume de données à transmettre, communication ininterrompue vs intermittente, communication temps réel vs retardée, bande passante (haut / faible débit), couverture (proximité / étendue) ou encore la consommation énergétique engendrée. En se basant uniquement sur la portée et la consommation énergétique des réseaux on peut distinguer 3 grandes familles :

  • LAN (Local Area Network) : ces réseaux courte portée et peu consommateurs d’énergie sont privilégiés pour le marché grand public. On peut citer par exemple NFC, RFID, BLE et Zigbee.
  • Réseaux cellulaires : ces réseaux longue portée et consommateurs d’énergie sont bien connu du public puisqu’il s’agit des réseaux GSM, 2G, 3G ou 4G.
  • Les réseaux LPWAN (Low Power Wide Area Network) : longue portée et à faible consommation énergétique ces réseaux sont spécifiquement conçus pour transporter les données IoT à faible coût. On retrouve notamment dans cette catégorie les technologies Sigfox et LoRa.

Lora SIGFOX_CORPORATE-logo

Coté plateforme, le marché n’est pas encore mature et est constitué d’acteurs divers : grands acteurs du Cloud, start-up, équipementiers, … Chaque acteur cherche à s’approprier une part du gâteau et a donc développé des solutions propriétaires qui ont un inconvénient majeur : la non-interopérabilité (incompatibilité des différentes technologies). Afin de pouvoir profiter pleinement des avantages de l’IoT, il est nécessaire que les objets de différents constructeurs puissent communiquer entre eux et être intégrés sur différentes plateformes. Cela est également important pour les utilisateurs finaux qui ont été confrontés à ces problématiques avec la domotique : au départ, certains utilisateurs n’arrivaient pas à faire fonctionner leur « box énergie » avec certains de leurs objets connectés.

Le marché doit encore gagner en maturité et faire progressivement émerger des standards. C’est dans ce sens que ce sont créées des consortiums du type LoRa Alliance, OCF et AllSeen.

 

Impacts sur les métiers

Quels sont les impacts sur les métiers proposant des services énergétiques B2C ? Quelles transformations impliquent l’IoT et la data sur l’organisation des entreprises ?

Afin d’accompagner la mise en place de ces nouveaux services, une transformation digitale de certains métiers a été ou sera nécessaire. En effet, l’IoT permet de récupérer de plus en plus de données et ce en temps-réel ou presque. De ce fait, les clients s’attendent également à ce que l’ensemble des actions les concernant s’accélèrent : par exemple ils veulent pouvoir prendre rendez-vous pour le remplacement de leur chaudière en un clic seulement (Engie a développé une application dans ce sens). De plus, comme explicité précédemment, les data remontées par les compteurs communicants ou les objets connectés permettent de mieux identifier le profil de l’utilisateur et ainsi de lui proposer des offres personnalisées. Cela modifie considérablement la relation client et l’organisation des fonctions commerciales qui se trouvent parfois totalement dématérialisées : l’émergence d’offre 100% web chez Direct Energie ou encore Engie avec Happ-e.

Les périmètres d’intervention des métiers sont également en train d’évoluer. En effet, l’IoT et la data engendrent à la fois la disparition de certaines tâches et l’apparition de nouvelles activités. Les compteurs communicants permettent notamment de faire de la télé-relève et suppriment donc l’intervention sur place chez le client des techniciens pour relever le compteur. De plus, avec Linky par exemple, certaines actions sont désormais réalisables à distances par un technicien ce qui implique que les techniciens soient formés à ces nouveaux outils de travail numérique. Pour les interventions qui continuent à se faire au domicile des clients, les conditions de travail évoluent tout de même avec notamment la diffusion d’outils de mobilité. En effet, dans un souci de réactivité et dans une logique de traitement en temps réel, il n’est pas rare que les techniciens travaillent sur tablette (ex : chez GRDF) afin que les informations recueillies sur place soient prises en compte de manière immédiate par les autres équipes (par exemple la logistique pour l’approvisionnement de pièces de dépannage).

Enfin, on peut imaginer que l’IoT et les données vont impacter les business models en place. Par exemple, on peut imaginer qu’à l’avenir un installateur de chaudière pourrait devenir un nouveau canal de vente de thermostats connectés. En effet, il pourrait être amené, lors d’une intervention de maintenance sur une chaudière, à installer un thermostat connecté.

 

L’Internet des objets apporte un nombre incroyable de nouvelles opportunités ! Les entreprises sont donc amenées à créer de nouveaux services pour répondre aux nouveaux usages et besoin de leurs clients. Les nouveaux services énergétiques pourront être B2C mais également plus larges. Tout comme le permettra prochainement Sowee, les box assureront bientôt la gestion de l’autoconsommation. En étant reliée à des panneaux solaires et à des batteries, elles pourront par exemple gérer l’alimentation d’une borne de recharge pour véhicule électrique. Mais pour ce faire, les entreprises devront faire évoluer leurs modes de fonctionnement et certains de leurs métiers, tout en restant à l’écoute des innovations qui n’ont pas encore fait parler d’elles !

 

Sources :

http://www.itespresso.fr/iot-elm-leblanc-sigfox-reseau-chaudieres-connectees-133136.html

http://www.chaffoteaux.fr/chaffolink

https://www.kelwatt.fr/guide/voltalis

http://www.journaldunet.com/ebusiness/commerce/transformation-digitale-direct-energie.shtml

http://ideas.microsoft.fr/grdf-outils-mobiles-tablettes-transformation-formation-application/#m45qW34fvk5u2FMm.97

https://www.riskinsight-wavestone.com/2014/12/la-valorisation-de-la-donnee-dans-lenergie-le-point-de-vue-de-la-start/

https://www.energystream-wavestone.com/2012/10/foyer-connecte-automatise-et-effacable/

https://www.energystream-wavestone.com/2013/04/effacement-diffus-nest/

https://www.energystream-wavestone.com/2015/07/home-energy-management-un-marche-qui-se-structure/

http://www.connaissancedesenergies.org/ces-objets-connectes-qui-regulent-notre-chauffage-140214

http://www.livosphere.com/2015/05/27/l-iot-internet-des-objets-acc%C3%A9l%C3%A9rateur-d-uberisation-et-de-transformation-digitale-objets-connect%C3%A9s/

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