Alors que le petit éolien français peine toujours à se faire une place, les panneaux solaires photovoltaïques sont devenus la solution renouvelable de référence pour produire l’énergie domestique, afficher l’engagement HQE d’un bâtiment commercial ou bien rentabiliser un terrain agricole.

Le développement de cette filière photovoltaïque a d’abord été soutenue par des mesures exceptionnelles  : des tarifs de rachat ayant atteint 58 centimes/kWh en 2010, des subventions nationales et régionales, un crédit d’impôts de 50% et une TVA réduite). Puis, la Cour des Comptes a tiré la sonnette d’alarme en 2010. Le rapport Charpin a révélé le poids du solaire à hauteur de 2% du déficit de la balance commerciale française en 2009, déficit lié à une filière industrielle qui ne s’était développée au rythme des installations. De ce constat nous pouvons tirer au minimum deux conclusions pour le développement des énergies renouvelables :

Les aides à l’achat restent un levier économique essentiel à la demande…

Les mesures déployées à partir de 2006 visaient à stimuler la demande de panneaux photovoltaïques. Elles ont rapidement porté leurs fruits et attiré les investisseurs vers les énergies renouvelables.
Pour stimuler cette demande, le gouvernement a su catégoriser ses tarifs de rachat selon le dimensionnement et l’intégration au bâti. Des réflexions identiques manquent au développement des petites éoliennes. Elles bénéficient des mêmes aides que celles accordées à l’installation des grandes éoliennes (plutôt déployées dans des parcs éoliens sur les côtés). Elles donnent droit au titulaire à un tarif de rachat de 8 ,2 centimes le kWh, et ce uniquement en Zone de Développement Éolien, des zones délimitées ayant déjà reçu l’aval du préfet sur demande de la commune

Mais non suffisant au développement d’une filière française du petit éolien

Petite éolienne

Petit éolienne by tswind

Sur la filière photovoltaïque, une stimulation de la demande sans la mise en place d’un cadre réglementaire pour les fabricants a laissé s’installer une guerre de prix contre laquelle nos entreprises françaises n’étaient pas encore bien armées. De nombreux installateurs ont proposé des prix de plus en plus attractifs sur des panneaux importés de Chine. Contraints de réduire leurs marges, certains ont cherché à diversifier leur offre et considéré l’option de la petite éolienne. Mais il est difficile de voir clair sur ce marché français qui ne dispose pas de leader ni de références. Les énergéticiens n’ont pas encore investi le marché et les entrepreneurs français (eoltec, nheolis, novéol, okwind) du secteur se tournent vers des pays plus porteurs pour écouler leurs produits et apprendre de leurs pairs. La filière naissante n’est pas encore fédérée en France, alors qu’elle doit fournir un effort de communication vers les ministères, ses potentiels distributeurs, les collectivités locales et le grand public.

Une offre encore floue

Le petit éolien français doit son existence timide principalement à une motivation d’éco-citoyenneté des particuliers. D’autres motivations plus liées au retour sur investissement et à la sécurité énergétique ne sont pas encore suffisantes à la décision d’achat.

Ces consommateurs sont à guider dans leur démarche car ils sont facilement perdus devant  une offre hétérogène qui rend difficile  la comparaison des produits : comment savoir quelle puissance choisir ? Quel est le design adapté à son emplacement ?

Le vendeur répondra que cela dépend du potentiel du site. Encore faut-il pouvoir le mesurer avec fiabilité. Car les appareils de mesure sophistiqués restent onéreux et difficiles à manipuler.

Et comment savoir si le produit tiendra ses promesses ? Sur ce point, seules des normes homogènes et des certifications des produits permettraient de rassurer les consommateurs, et a posteriori les investisseurs.

Quels sont les leviers à actionner ?

En matière de normalisation la filière pourra bénéficier du travail de ses voisins britanniques. Au Royaume-Uni et aux États-Unis, le processus de certification des produits et des installateurs selon des normes strictes est un prérequis à l’obtention des tarifs de rachat. Cette certification des produits apporte aussi plus de transparence à l’égard des associations opposant l’argument du bruit et de la santé publique. En assurant la promotion de produits qualitatifs installés selon des procédures strictes et certifiés par des organismes nationaux, la boucle est bouclée.

Difficile donc d’y voir clair sur les perspectives d’évolution du marché. Entre engagement éco-citoyens, retour sur investissement ou soutient au développement « qualitatif », sur quel moteur jouer ?

Quel levier faut-il actionner : le cadre réglementaire  les tarifs de rachat pour consommer à proximité, la certification des produits ou le soutien des industriels ?

Nous pouvons répondre avec certitudes que l’implication des nouveaux acteurs est nécessaire. Les parties prenantes doivent être approchées avec beaucoup de pédagogie pour appréhender les spécificités de ce nouveau marché. Par ailleurs, la France peut s’inspirer des pays précurseurs comme les États-Unis où la filière se consolide avec la participation d’entreprises majeures comme GE auprès des start-up.