Et si la crise économique était l’occasion de transformer les réseaux électriques ? C’est le pari pris par le Département de l’Énergie des États-Unis depuis 2009. Dans le cadre de la relance de l’économie américaine, cette agence fédérale a été dotée d’un budget de $4,5 milliards afin de moderniser les réseaux électriques du pays en les rendant notamment plus Smart. Zoom sur cette initiative américaine. 

Initier le changement

À l’origine de ce projet, une résolution du Congrès de 2007 qui appelle à une plus grande autonomie énergétique (vis-à-vis notamment des pays producteurs de pétrole) mais aussi une utilisation plus efficiente des ressources, notamment à travers la mise en place de smart grids.

Ces smart grids doivent permettre aux opérateurs de suivre la consommation de leurs clients en temps réel, et de facto d’optimiser la production et la distribution de courant. Par ailleurs, au-delà de l’aspect économique, l’objectif des réseaux intelligents est aussi d’améliorer la performance des réseaux et de sensibiliser les utilisateurs aux nouveaux enjeux énergétiques.

Un budget de $100 millions est alors prévu pour soutenir des initiatives allant dans ce sens, tout en soutenant l’augmentation de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique des États-Unis.

Plus tard, en 2009 et en pleine crise, le plan de relance économique du président Obama prévoit $4,5 milliards supplémentaires pour poursuivre le développement des smart grids. Derrière ce projet, il y a l’idée que la relance doit s’intégrer dans une stratégie à long terme. La crise devient alors l’occasion de moderniser les infrastructures électriques.

Investir et éduquer

Plus concrètement, les projets « smart » développés dans le cadre de la relance, connus sous le nom de «Recovery Act Smart Grid Programs», répondent à cinq principaux objectifs :

  • Financer des initiatives visant à accroître l’efficience, la flexibilité et la sécurité des réseaux électriques
  • Soutenir des études qui mettent en avant les avantages des smart grids en termes de technologie et de modèles économiques
  • Former des ambassadeurs capables de mettre en place des smart grids à l’échelle locale
  • Étudier les comportements des consommateurs afin de mettre en place de nouveaux systèmes de tarification
  • Assurer la compatibilité des réseaux et faciliter la transmission de données

Des résultats visibles

Dès 2009, le président Obama s’est félicité des premiers succès du programme dans un discours prononcé à la Maison Blanche . Pour lui, la transformation des réseaux électriques est aussi importante que la construction de routes l’était sous Eisenhower, et aura les mêmes répercussions sur la vie quotidienne et l’économie nationale.

Depuis, 99 projets ont vu le jour partout aux États-Unis. La ville d’Arcadia, en Floride, a par exemple été équipée d’une nouvelle centrale photovoltaïque qui s’adapte en fonction des besoins en énergie de ses utilisateurs. Ce projet aurait permis de créer 400 emplois. À Washington, c’est un système de mesure informatique qui a été mis en place pour permettre aux clients de mieux comprendre leur consommation électrique. À terme, ce système devrait permettre à la PEPCO, la compagnie électrique locale, de mieux anticiper les besoins et de baisser ses coûts de fonctionnement. Parmi les projets les plus coûteux, les habitants de la banlieue de Philadelphie ont été équipés de « compteurs intelligents », ces appareils qui permettent de mesurer la consommation électrique en temps réel et d’échanger des données avec l’opérateur. L’aide fédérale de $200 millions a permis de financer près de 30% de ce projet.

Les limites du programme

Les smart grids ne se sont pas encore généralisés : seuls la Californie, le Texas, la Floride et le Maryland présentent un nombre significatif de compteurs intelligents. Si le plan de relance prévoit un budget relativement important, il permet surtout de financer des initiatives locales et de faible portée.

De nouvelles questions émergent également. Par exemple, le comté de Santa Cruz, en Californie, a interdit les compteurs intelligents au nom du respect de la vie privée. En effet, ces compteurs envoient des données clients à l’opérateur en temps réel ou presque. L’argument de la santé a également été avancé puisque la plupart des compteurs utilisent la technologie Wifi ou 3G que certains contestent.

Enfin, dans des zones où l’équipement est obsolète ou défaillant, l’aide publique a surtout servi à mettre aux normes des installations vieilles parfois d’un siècle. La mise en place de smart grids pourrait introduire un écart entre des zones urbaines à l’équipement ultrasophistiqué, et des régions moins favorisées qui peinent à assurer un service de qualité.

La première phase du projet prenant fin en 2016, il sera alors possible d’établir un nouveau bilan de ces mesures. Alors que l’économie américaine renoue avec la croissance, reste à savoir si l’effort d’investissement se poursuivra en l’absence d’aide publique.