Les politiques de réduction des émissions de CO2 continuent à être favorable à une industrie nucléaire pourtant essouflée après le drame de Fukushima. Cet intérêt ne suffit toutefois pas à faire oublier l’épineuse question du retraitement des déchets radioactifs. Et en cette période estivale, la température monte de plus en plus parmi les participants au débat sur le centre de stockage de ces déchets à Bure (Meuse/Haute-Marne). Prévu initialement du 15 mai au 15 octobre, ce débat sur l’opportunité du projet peine à avancer. Retour sur un projet à forts enjeux qui continue d’animer nos territoires.

Genèse de l’enfouissement des déchets

28 juin 2006 à l’assemblée nationale. L’atmosphère tendue qui règne dans l’hémicycle est presque palpable. La loi relative à la gestion des matières et déchets radioactifs vient d’être votée.

La loi Birraux, c’est son nom, conditionne le projet de création d’un centre de stockage des déchets hautement radioactifs à 500m de profondeur. Selon le calendrier défini, la mise en exploitation du laboratoire serait prévue pour 2025 et le creusement puis l’enfouissement des déchets se poursuivraient jusqu’en 2125. Durant toute cette période, les déchets entreposés resteront accessible et le processus demeurerait donc réversible.

Mais de quels déchets radioactifs parle t-on ? Lors de la production d’énergie nucléaire, une certaine quantité de combustible usé est générée. Ce combustible est constitué de 95% d’uranium, 1% de plutonium et 4% de produits de fission et actinides mineurs. Si l’uranium et le plutonium sont valorisables, le reste (produits de fission et actinides mineurs) ne peuvent être réutiliser : il s’agit des déchets « ultimes ». On en compte près de 34 tonnes (1) par an en France. Les déchets ultimes également appelés déchets de haute activité (HAVL),  possèdent un taux de radioactivité nocif pendant des milliers voir des millions d’années.

Un avenir radieux

Après 50 ans de recours à l’énergie nucléaire, « aucun pays n’a encore développé, adopté et mis en œuvre une stratégie de gestion définitive pour l’ensemble des catégories de déchets nucléaires » indique la Commission Européenne dans un rapport datant de 2010 (2). L’enfouissement en profondeur représente le scénario envisagé en France pour l’instant.

En attendant 2125, date retenue pour le scellement du site si cette hypothèse était retenue, les chercheurs espèrent trouver un procédé permettant de réutiliser ces déchets ou de diminuer leur radioactivité. Des études menées actuellement par le CEA vise par exemple à développer un procédé basé sur la « séparation-transmutation »  qui pourrait permettre de réutiliser une partie des déchets ultimes tout en diminuant leur nocivité et leur durée de vie. Dans ce cas, les déchets stockés pourraient être extraits pour bénéficier d’une seconde vie. Néanmoins, pour certains experts (2),  l’ampleur de la marche à franchir est considérable et rien ne garantit que les avancées technologiques soient suffisantes d’ici là.

Pour la proportion de déchets non retraitables, (ou si aucun procédé satisfaisant n’est mis  au point), le site d’enfouissement jouera alors son rôle de tombeau pendant les milliers voir millions d’années nécessaire à une baisse significative de leur radioactivité. L’évolution de multiples paramètres demeure un problème sur des périodes aussi longues : comment évoluera la géologie des sols concernés ? quelles seront les évolutions sociales, industrielles et sociétales pouvant impacter le site ? Comment entretenir la mémoire du site auprès des générations futures ? Autant de questions qui restent à résoudre.

Des territoires au cœur de cette problématique

Le site de Bure est situé à la frontière du département de la Meuse et de la Haute Marne. Il présente des caractéristiques géologiques qui ont favorisé le choix de cet emplacement pour le stockage en profondeur. Les couches argileuses présentent en effet l’imperméabilité recherchée qui favorisera le confinement des matières stockées sur le long terme.

Pour les territoires environnants enclavés économiquement et socialement, le choix de  Bure est une véritable aubaine au développement. Les investissements que représente la mise en œuvre du site et son fonctionnement futur représente un impact significatif à terme. D’ici 2025, 2000 emplois (3)  direct seront créés sur ces zones en fort déclin démographique.

Sur le plan économique, le Centre Industriel de stockage GEOlogique (ou CIGEO) a été créé dans l’objectif d’apporter un dédommagement aux acteurs situés dans des zones périphériques du site. Ainsi, 30 millions d’euros sont par exemple versés chaque année sous forme de subventions au seul département de la Haute Marne.

Mais les oppositions demeurent comme en témoigne le débat houleux qui se déroule actuellement. Les populations locales s’alarment quant à l’impact sur l’environnement à long terme et demandent des réponses. D’autres se sentent dépassés par des enjeux qui leur échappent et par une politique de dédommagement perçue comme anti-démocratique.

Quoiqu’il en soit le débat se poursuivra et le projet sera soumis au vote du parlement en 2015 . Une course contre la montre est lancée,  rythmée par l’avancement de nos connaissances scientifiques et nos besoins énergétiques croissants. Notre siècle est confronté au grand défi de l’énergie !

 


(1)  2009, CEA, “Energie nucléaire, à propos du combustible usé,  http://www.cea.fr/energie/energie-nucleaire-le-traitement-du-combustible-u-22898

(2) 2010, Rapport de la Commission Européenne sur la gestion des déchets radioactifs dans l’UE, commandité par les Verts, http://www.nuclear-waste.eu/download.php?dl=nuclearwastemanagement_fr

(3) CIGEO, “Le projet et son territoire d’accueil”, p85,  http://www.debatpublic-cigeo.org/docs/dmo/chapitres/DMO-Andra-chapitre-8.pdf