NiceGrid, GreenLys, Venteea, IssyGrid, GRID4EU, IGREENGrid, Transform…  7 des 16 expérimentations de smart grids suivies par ERDF arrivent à échéance cette année. Pendant ce temps, RTE lance une vaste campagne de communication pour se positionner comme le leader du smart grid. En parallèle, des collectivités telles que Lille se lancent dans le déploiement à grande échelle de réseaux intelligents opérationnels, et sont accompagnées dans ces démarches par les gestionnaires de réseaux RTE et ERDF. L’année 2015 sera-t-elle l’année de la révolution des réseaux électriques ?

Difficile de conclure aujourd’hui, mais les feuilles de route des gestionnaires des réseaux publics d’électricité, rendues publiques en novembre dernier sur le site de la CRE, dévoilent des premiers éléments de réponse.

ERDF est au cœur de l’industrialisation des smart grids

Le réseau de distribution d’électricité, dont ERDF à la charge, est le principal lieu des mutations technologiques liées à l’essor des solutions smart grids : compteurs communicants, intégration des énergies renouvelables sur les réseaux et autoconsommation, insertion des véhicules électriques, explosion du numérique et du big data, apparition du stockage… Dans sa feuille de route, ERDF fait la preuve de sa mobilisation depuis plusieurs années pour moderniser les réseaux et préparer activement l’arrivée des smart grids. En 2015, ERDF compte préparer la phase d’industrialisation des réseaux électriques intelligents :

  • L’entreprise se dit prête à publier une standardisation des messages que transmettra le compteur Linky au consommateur, dès lors que les acteurs du marché réunis par la CRE auront décidé de leur contenu. ERDF souhaite aussi œuvrer à l’interopérabilité de la domotique avec le compteur Linky. La normalisation pourra aller jusqu’à la création d’une marque « Linky Ready », mais le calendrier de cette démarche dépendra fortement des acteurs de l’aval compteur selon ERDF.
  • Le distributeur travaillera cette année sur une amélioration des outils de mise à disposition des données de raccordement et de comptage à destination des collectivités, propriétaires des réseaux de distribution. Dans sa feuille de route, ERDF s’engage à leur communiquer les données cartographiques du réseau sur leur territoire et à publier une information grand public sur des données statistiques liées à la transition énergétique, dès le premier semestre 2015.
  • ERDF décrit son action pour le déploiement d’un réseau de bornes de recharge pour véhicules électriques à l’échelle nationale. En 2015, elle expérimentera trois offres avec les collectivités porteuses de projets d’infrastructure. Elle mettra en œuvre un outil de détection simplifiée des contraintes électriques, très utile dans les phases de détermination de l’emplacement des bornes de recharge. L’entreprise voit de nombreuses contraintes techniques, contractuelles et tarifaires dans l’utilisation des réseaux d’éclairage public pour le raccordement d’infrastructures de recharge, mais s’associera à une expérimentation dans l’année sur un nouveau réseau d’éclairage public.
  • Elle reconnaît que le développement de l’autoconsommation peut être bénéfique pour le réseau mais rappelle que ce sera le cas uniquement lorsque le synchronisme entre production et consommation permettra de réduire la puissance maximale d’injection et de soutirage. Partant de ce constat, ERDF préconise de concentrer un éventuel dispositif de soutien à l’autoproduction sur les segments du tertiaire et de la petite industrie, pour lesquels les profils de production et de consommation sont plus synchrones, du fait de la consommation pendant la journée.
  • ERDF souhaite favoriser l’intégration des installations de production décentralisée. En 2015, l’entreprise finalisera ses études et expérimentations sur l’augmentation des capacités nécessaires et l’adaptation des réseaux HTA. Sur les réseaux BT, où les problématiques techniques sont plus complexes, ERDF s’engage à mener des analyses coûts-bénéfices pour les collectivités afin de quantifier l’opportunité d’offres de raccordement de production au réseau BT.
  • Sur le stockage d’électricité, ERDF rappelle que les installations ne trouvent pas de justification économique à l’heure actuelle, à l’exception des cas particuliers tels que les réseaux isolés. Pour autant, le distributeur se dit prêt à établir un REX sur les expérimentations de stockage en cours, afin d’identifier les caractéristiques techniques nécessaires à leur raccordement au réseau.

RTE, le « réseau de l’intelligence électrique »

La feuille de route de RTE porte essentiellement sur le développement des technologies smart grids et les façons dont celles-ci peuvent contribuer à la performance globale du système électrique. L’entreprise est en effet, en tant que responsable de l’équilibre du système électrique et des mécanismes associés, l’organisateur de l’intégration des solutions smart grids dans le fonctionnement actuel du réseau. C’est pourquoi la réponse du GRT (Gestionnaire de Réseaux de Transport) est axée sur les deux principaux enjeux  identifiés pour permettre le déploiement des technologies smart grids :

  • La quantification économique de l’intérêt des fonctions des smart grids
  • L’établissement du cadre réglementaire propice à leur déploiement

Le chantier Réseaux Électriques Intelligents (REI) lancé par le gouvernement constitue selon RTE « une première opportunité de coordination entre les acteurs du marché des smart grids et la puissance publique ». RTE est en charge de piloter et de coordonner ces travaux autour de l’analyse économique des solutions smart grids, les choix publics d’investissement, et les process de déploiement technologique. RTE propose à la CRE d’échanger régulièrement sur les modélisations économiques des solutions smart grids en fonction de l’évolution des règles de marché, notamment en ce qui concerne l’intégration des nouvelles flexibilités et des mécanismes de marché. L’objectif doit être, selon RTE, que les règles de marché décidées par la CRE assurent « l’optimalité économique et l’accès transparent aux nouveaux leviers smart grids par les gestionnaires de réseaux de distribution et les acteurs de marché ».

Les smart grids deviendront-ils réalité en 2015 ? Probablement pas encore, mais cette année est définitivement un jalon majeur dans la transformation des expérimentations en des modèles d’affaires efficients sur les plans technique et économique. Au-delà de l’action des gestionnaires de réseaux, l’avenir des smart grids dépendra également des orientations de politique énergétique décidées par l’État.