Le nucléaire devait devenir une “énergie d’appoint”, selon Ségolène Royal lors des primaires socialistes de 2011. Pour la nouvelle année 2015, la ministre de l’écologie a réajusté son discours et pris une bonne résolution : celle de relancer la croissance. Oui, mais la croissance du nucléaire. Cette décision rajoute bien évidemment encore un peu d’huile aux multiples débats sur la transition énergétique et la montée des énergies renouvelables.

“L’énergie nucléaire est un atout évident”

Pour appuyer ses propos, Ségolène Royal met en avant “la construction d’une économie décarbonnée“, économie à laquelle l’atome civil participe puisque la production d’électricité d’origine nucléaire n’émet pas de gaz à effet de serre. Ce que Mme Royal oublie de mentionner, ce sont les émissions de ces mêmes gaz produits lors de la construction des centrales et leur démantèlement. Cependant, la ministre concède que des questions demeurent quant à la gestion des déchets nucléaires et l’approvisionnement en uranium, depuis son extraction jusqu’à sa transformation en combustible. Pour cette raison, et aussi pour ne pas mécontenter les anti-nucléaires du PS et d’EELV, sa décision n’implique pas une future fourniture électrique 100% nucléaire. Il y a une nécessité de “sortir du tout-nucléaire” et d’accélérer “la montée en puissance des énergies renouvelables”, affirme Mme Royal.

Concrètement, comment se traduit la proposition de la ministre de relancer le nucléaire ? Tout simplement en programmant “la construction de nouvelles générations de réacteurs, qui prendront la place des anciennes centrales lorsque celles-ci ne pourront plus être rénovées.” On n’en sait pour l’instant pas plus sur les réacteurs mentionnés; l’hypothèse la plus probable étant les EPR en construction à Flamanville et Olkiluoto (Finlande). Cependant, au vu des dérapages des deux chantiers en termes de planning et de coûts, il serait sage de prendre en compte tous les retours d’expériences sur ces chantiers avant de se lancer dans la construction d’un nouveau réacteur.

Ségolène Royal n’en oublie pas pour autant les engagements pris par François Hollande, à savoir de réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique de 75% à 50%, et de fermer la centrale de Fessenheim. La ministre pourrait profiter de la mise en service prévue de l’EPR de Flamanville pour fermer la centrale de Fessenheim, et ce, malgré avoir affirmé à plusieurs reprises que d’autres centrales pourraient être choisies.

Les industries nucléaires satisfaites

Certains acteurs vont bien entendu pouvoir tirer profit de la relance du nucléaire, avec en tête de liste EDF et Areva. Si aucun dirigeant n’a officiellement réagi suite à la déclaration de Ségolène Royal, une certaine satisfaction s’est faite ressentir dans ces entreprises. “Les pouvoirs publics replacent soudain le nucléaire au cœur de la transition énergétique,” souligne un spécialiste du secteur, “avec l’idée très forte que le pays envisage cette industrie sous le signe du long terme. Il s’agit aussi d’un message favorable envoyé à l’export.”

Cette satisfaction reste tout de même mitigée et laisse des sceptiques. Même si EDF et Areva possèdent de nombreux projets de construction de centrales, notamment à l’étranger, le plafonnement en 2025 à 50% de part de production nucléaire limite les opportunités.

Dans tous les cas, les premiers chantiers prévues par la ministre ne devraient pas commencer avant 2025, à condition d’obtenir une réponse favorable de l’Autorité de Sûreté Nucléaire.