L’État français déclarait ce mardi 16 juin qu’il allait céder 0,9% du capital du fraîchement nommé ENGIE, ex GDF Suez. Les banques seront ainsi chargées par l’Agence des participations de l’État de vendre un maximum de 22.028.492 actions GDF Suez dans un délai non extensible de 3 mois.

 

Quelle conséquence pour l’influence de l’État dans l’appareil décisionnaire d’ENGIE ?

Ce désinvestissement ne portera pas atteinte à la participation majoritaire de l’État dans l’entreprise puisqu’il restera actionnaire de référence suite à l’opération, avec 32,34% des parts. Les recettes de cession, « aux conditions du marché et sans décote », estimées à 372 millions d’euros, auront pour objectif de « contribuer à l’effort de désendettement et réinvestir dans des entreprises de secteurs porteurs de développement économique. », selon le communiqué ministériel publié conjointement par le ministre des finances, Michel Sapin, et le ministre de l’économie, Emmanuel Macron. De plus, grâce à la loi Florange du 29 mars 2014, l’État bénéficie du droit de vote double et ne perdra donc pas son influence en assemblée générale. Cette annonce fait suite à la volonté énoncée par Emmanuel Macron en octobre 2014 de céder 5 à 10 milliards d’euros d’actifs sur les 110 que détient actuellement l’État français, et ce dans les dix-huit mois.

Pourquoi maintenant ?

Cette décision intervient au moment où ENGIE fait état d’une perte de 1,5 million de clients gaz en cinq ans. L’ouverture du marché gazier à la concurrence il y a plus de dix ans finit donc par opérer et l’action GDF Suez en pâtit en passant de 19,43€ au 31 décembre 2014 à 16,95€ à l’ouverture de la bourse, ce 17 juin. La tendance baissière du titre, qui se poursuit depuis plusieurs mois, peut en partie justifier ce choix de désinvestissement. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en cinq ans, ENGIE a perdu près de 20% des clients particuliers, représentant pourtant plus de 95% de sa clientèle en volume. La chute est d’autant plus marquante pour les professionnels quand on sait que l’opérateur historique ne détient plus que 70% des abonnés au gaz, avec des parts de marché en volume qui passent de 75% à 42%, soit une perte de plus de 100 TWh. On peut expliquer cela par la concurrence agressive d’acteurs comme Direct Énergie ou ENI, notamment sur les prix avec des offres qui descendent de plusieurs points en dessous des Tarifs Réglementés (TR). L’entrée d’EDF sur le marché du gaz ainsi que la fin des TR pour les petits professionnels ou les copropriétés importantes, entrée en vigueur début 2015, ont également accentué la pression sur ENGIE.

En dehors de ce constat, il reste à connaître les modalités gouvernementales concernant le réinvestissement « dans des entreprises de secteurs porteurs de développement économique ». Car cette annonce, si minime soit-elle, pourrait être vue comme le symbole d’un abandon des secteurs stratégiques français.