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De la ville intelligente à la ville engagée

Depuis le début des années 2000, le concept de ville intelligente se développe et se concrétise : Vancouver, Boston, San Francisco, Santander, Lyon, Issy-les-Moulineaux en sont des illustrations fortes et des exemples parmi d’autres villes, qui elles aussi prennent part à la transition énergétique en s’appuyant sur les outils numériques. Tous ces projets ont eu un réel succès et ont mis en place des initiatives pertinentes pour la gestion des flux de personnes, des énergies, de l’urbanisation, etc.

En France, le mouvement ne s’arrête pas aux grandes métropoles et s’étend aux villes plus petites : le dernier rapport de la Caisse des Dépôts (novembre 2016) évoque l’essor de ville intelligente dans les zones rurales, traite des obstacles et limites auxquels ces villes doivent faire face pour utiliser au mieux les apports du numérique.

 

La technologie, nécessaire mais non suffisante

Cependant, certaines démarches n’ont pas eu le même succès et invitent à s’interroger sur la smart city purement technologique. En Chine, la nouvelle ville de Tianjin souhaite devenir la première éco-cité modèle chinoise. Elle a pu être construite au milieu des marais salants et des villages de pêcheurs, grâce à une collaboration étroite entre la Chine et Singapour. L’objectif pour le directeur du projet Wang Meng est de « concilier mode de vie durable, industrialisation et urbanisation du pays ». D’ici 2020, 350 000 personnes devront y être accueillies. Pourtant, aujourd’hui, la population ne s’élève qu’à 30 000 habitants. Ainsi, la technologie et les systèmes installés ne suffisent pas à faire d’une ville une smart city dans laquelle les citoyens sont parties prenantes. Le développement d’une ville smart et durable se fait donc en impliquant les acteurs, c’est-à-dire les citoyens, les services publics, et est alors citizen oriented dès les premières phases de construction. La smart city devient une engaged city.

 

Vers une ville engagée composée de citoyens acteurs

Cette démarche existait déjà : aux Etats-Unis, un numéro de non-urgence (311) permet aux citoyens de signaler un problème de voirie par exemple et ainsi d’être acteur au sein de sa ville. Il s’agit maintenant d’aller plus loin en permettant au citoyen d’interagir, proposer, communiquer de façon ouverte avec sa mairie. L’habitant n’est plus passif et consommateur, il a le pouvoir d’être pleinement citoyen actif. Cela rejoint les initiatives de consomm’acteurs qui se développent tant dans le secteur de l’alimentation ou de l’habillement que dans celui de l’énergie avec la décentralisation des systèmes énergétiques. Un tel système engendre un nouveau paradigme politique : le rapport entre les décisions politiques et les citoyens n’est plus uniquement descendant, il devient inclusif et participatif.

A Paris, un budget participatif a été mis en place et permet aux habitants de proposer des projets et de voter pour un projet d’arrondissement et un autre d’envergure parisienne. Cela répond à une demande puisque la participation aux votes pour les divers projets a augmenté de 40% entre 2014 et 2016. Les Parisiens sont en train de s’approprier cette initiative : en 2016, 158 964 citoyens avaient voté (soit environ 7% de la population parisienne).

Dans cette même dynamique, une application a été développée par Julie de Pimodan : Fluicity, réseau citoyen, est une plateforme qui permet aux maires de proposer leurs idées, aux citoyens d’y réagir, de voter, de partager. Les personnes peuvent donc simplement et en continu prendre position, faire leur retour aux entités décisionnelles, la ville est maintenant co-construite par toutes ses parties prenantes. Les élus peuvent tester leurs idées auprès des habitants, faire des sondages. A Vernon (Eure) ou dans le 9ème arrondissement de Paris, l’idée a germé et convaincu les élus.

Les citoyens souhaitent être acteurs au sein de leur ville : cela se traduit d’une part par une réelle participation aux décisions concernant la vie de la ville, d’autre part par des actions locales renforçant le lien social, comme peuvent l’illustrer les divers cafés associatifs de quartier, les locavores, et autres initiatives. L’application City Lity s’inscrit dans ce mouvement, avec un périmètre d’action centré autour de l’immeuble, du quartier, voire de la ville. Cette plateforme, utilisée depuis un an à Lyon et en phase test à Limoges, regroupe une dizaine de fonctionnalités permettant de signaler un problème à la mairie ou au gestionnaire de l’immeuble, trouver un service à proximité, annoncer quelque chose dans son quartier ou son immeuble, solliciter l’entraide entre voisins. Cet outil facilite les échanges, et peut en cela intéresser les syndicats de copropriété et les villes. Pour que cette application soit pertinente, il est nécessaire qu’un certain nombre de personnes l’utilisent et l’animent. Un des objectifs est d’atteindre un million d’utilisateurs d’ici deux ans, pour vivre au sein de villes et quartiers connectés, vivants, avec des habitants en interaction les uns avec les autres.

Le concept d’engaged city avait déjà émergé dès 2012 à Vancouver. Vancouver est évidemment un exemple de ville bien engagée dans la transition numérique : l’objectif de Gregor Robertson, le maire de Vancouver, est de faire de cette ville la plus écologique du monde d’ici 2020, en réduisant les émissions de gaz à effet de serre d’un tiers, en doublant le nombre d’emplois verts, en construisant de nouveaux bâtiments neutres en carbone. Il n’est donc pas surprenant que dès 2012 des groupes de travail y aient été créés pour réfléchir à un modèle de ville engagée. L’Engaged City Task Force a déterminé quatre chantiers principaux pour développer l’engagement des habitants et améliorer le lien entre les habitants et leur ville.

 

Ces initiatives illustrent le nouveau paradigme politique vers lequel s’orientent les villes, suivant la tendance actuelle à la reprise de pouvoir par les citoyens. Outre des villes plus vertes et respectueuses de l’environnement, le citoyen souhaite véritablement prendre part aux décisions et faire renaître le lien social. Les outils numériques ont commencé à s’introduire dans la ville avec le développement des smart cities, ils vont maintenant permettre de répondre aux nouveaux besoins sociaux, politiques et environnementaux des citoyens, pour tendre vers un modèle plus inclusif.

 

Sources :

http://www.atelier.net/trends/articles/une-smart-city-une-engaged-city_443391

http://www.atelier.net/trends/articles/choisir-concept-de-smart-city-songdo-face-aux-autres-metropoles_431848

http://www.adcf.org/files/Public–publications/Guide_Smart_Cities.pdf

http://www.demainlaville.com/cites-futuristes-les-projets-les-plus-fous-22/

http://vancouver.ca/your-government/engaged-city-task-force.aspx

http://up-conferences.fr/evenement/up-conferences-jedi-metz-ville-intelligente-comment-mettre-humain-au-coeur-cite-demain

http://www.paris.fr/actualites/budget-participatif-2016-tous-les-resultats-4116#une-progression-de-la-participation-de-40_5

http://www.20minutes.fr/magazine/economie-collaborative/collaboratif-pratique/citylity-veut-miser-sur-le-tout-en-un-pour-connecter-la-ville-90799/

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