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Les territoires, moteurs de la transition énergétique – Entretien avec Patrick Barbier

Le système énergétique de demain sera sans doute moins centralisé que celui d’aujourd’hui. D’une part, la production d’énergie sera plus décentralisée, avec l’essor des renouvelables. D’autre part, la consommation d’énergie s’organisera davantage à l’échelle locale, avec les circuits courts et l’autoconsommation. Dès lors, qui seront les acteurs du pilotage local de l’énergie ? Quels rôles tiendront l’État et les distributeurs d’énergie historiques ? Quels sont les leviers pour réussir cette transition énergétique ?
Afin de mieux comprendre ce mouvement en cours, nous sommes allés à la rencontre d’acteurs, privés et publics, historiques et émergents. Nous publions à compter d’aujourd’hui et dans les semaines à venir leurs points de vue personnels. Nous tenons à les verser au pot de la réflexion citoyenne.

Cette semaine : Patrick Barbier, maire de Muttersholtz

Au cœur de la plaine d’Alsace, à 45 km au sud de Strasbourg et à 15 km de la frontière allemande, se trouve la commune de Muttersholtz, ses 2 000 habitants, et son souhait de passer à un bilan énergétique municipal positif. La commune et son maire Patrick Barbier sont engagés depuis longtemps pour la transition énergétique. Muttersholtz est la première commune de France à être entièrement approvisionné par Enercoop. La commune a également été classée TEPOS (Territoire à énergie positive) en 2015, et est lauréate de l’appel à projets TEPCV (Territoires à énergie positive pour la croissance verte).

Quelles sont vos compétences et vos actions possible dans le domaine de la transition énergétique ?

Nous avons mis l’accent sur trois champs d’action pour accélérer la transition énergétique et réduire l’empreinte carbone de la commune :
• Consommer moins d’énergie, grâce à une meilleure gestion de l’éclairage public et à des travaux d’efficacité énergétique pour les bâtiments communaux : le gymnase, les écoles, les deux églises et les salles associatives.
• Produire de l’énergie renouvelable, notamment avec la réhabilitation d’une microcentrale hydroélectrique, et l’installation de panneaux solaires.
• Mobiliser les citoyens, pour agir chez eux, et dans les projets locaux.

Quel est votre objectif en tant que maire ?

L’objectif est simple : atteindre l’équilibre entre l’énergie consommée et l’énergie produite par la municipalité.
Deux points d’attention. Premièrement, il faut bien distinguer l’équilibre municipal, c’est-à-dire au niveau des bâtiments qui appartiennent à la mairie, de l’équilibre communal, qui comprend toutes les habitations. À long terme, nous espérons bien que l’ensemble de la commune atteigne cet équilibre, parc privé compris.
Secondement, l’équilibre visé entre la consommation et la production d’énergie est financier, et non pas physique. Bien qu’une partie de l’énergie produite soit auto-consommée, il n’est pas possible, ni souhaitable, de passer en autoconsommation complète. En effet, cela supposerait de rajouter des réseaux électriques et de disposer de solutions de stockage efficaces.
Pour atteindre cet objectif, nous avons créé une régie communale d’électricité, et nous avons recruté plusieurs spécialistes, avec l’aide de l’ADEME. La régie nous permet de piloter l’énergie produite par les panneaux photovoltaïques et la centrale hydraulique. Des rénovations sont également prévues pour certains bâtiments communaux qui seraient encore des « passoires thermiques ».

Quels leviers et quels freins avez-vous identifiés pour la mise en place de projets locaux de gestion de l’énergie ?

Les citoyens sont des acteurs clés. En effet, ils peuvent aussi bien permettre à certains projets de voir le jour, que d’en bloquer d’autres, selon le niveau de concertation.
L’Allemagne est une source d’inspiration, et son influence sur notre commune est très positive. Notons que le système énergétique allemand est déjà en partie décentralisé. Dans les communes voisines de la Forêt Noire (Bade-Wurtemberg), de nombreux projets locaux voient le jour, notamment grâce à une forte participation citoyenne. Là-bas, les projets ne se font pas sans l’implication des citoyens. Parfois, des projets d’éoliennes ont été financés à 100% par les citoyens eux-mêmes.
De même, dans la région Rhône Alpes, les coopératives « Centrales villageoises » permettent de financer et même d’exploiter des parcs de panneaux solaires. La participation citoyenne est d’autant plus importante que les habitants peuvent aussi freiner fortement ces projets, particulièrement pour les éoliennes (cf « Not in my backyard »). Les impliquer dans les projets locaux permet de réduire la défiance.
Les acteurs institutionnels ont également un rôle important à jouer, et notamment par le biais de subventions (ADEME, ministère, région, département). La classification de Muttersholtz en TEPOS par exemple, a permis de bénéficier d’importantes subventions (1,7 M€) et de pouvoir réaliser des projets ambitieux. Le rôle des institutions, et notre rôle en tant que mairie, est aussi de sensibiliser et d’inciter les habitants à prendre des initiatives similaires dans leur maison.
Cependant, la réglementation n’est pas toujours adaptée. Par exemple, avec la commune, nous aimerions installer des éoliennes, mais nous faisons face à de nombreuses contraintes. La plaine d’Alsace ne peut malheureusement pas accueillir de projets éoliens à cause de la proximité d’un aéroport, d’une zone de parachutage réservée à l’armée, des contraintes liées au passage d’un gazoduc, etc. Le gouvernement devrait peut-être placer les EnR en priorités.

Comment voyez-vous les places respectives des réseaux d’électricité, de gaz et de chaleur dans votre commune ?

Muttersholtz dispose d’un réseau d’électricité et d’un réseau de gaz. Un réseau de chaleur ne serait pas utile à l’échelle de la commune, car aucun bâtiment ou entreprise n’a besoin d’être approvisionné en chaleur en permanence.
Par ailleurs, nous avons installé dans la commune deux chaufferies à bois, et nous encourageons les chaudières à bois chez les particuliers. Elles permettent, individuellement, de chauffer des bâtiments et de sortir petit à petit du gaz. Nous mettons l’accent sur le bois, car selon moi le gaz reste une énergie fossile et donc nous souhaitons au maximum nous en détacher. L’avantage du bois c’est que nous travaillons en circuits-courts, compte tenu des ressources biomasse présentes sur le territoire.

Quelle échelle vous semble la plus pertinente pour piloter l’énergie ?

Toutes les mailles sont pertinentes pour conduire la transition énergétique, mais c’est peut-être à l’échelle des métropoles ou des communautés de communes que la gestion est la plus efficace. Les régions ont principalement un rôle d’accompagnement financier et d’incitation. Le Plan Climat régional, par exemple, permet d’afficher des objectifs et de partager des informations, mais il n’a aucun caractère contraignant. En Allemagne, le pilotage de l’énergie se fait à la maille de la grosse commune et de regroupements intercommunaux. Sachant que là-bas une petite commune correspondant à plus de 5000 habitants.

Quel est votre rôle dans la planification et le choix des investissements ?

Tous les investissements de la commune sont tournés vers la transition énergétique. Parce que je suis écologiste, certes, mais surtout parce que c’est là où nous disposons de moyens significatifs. Il faudrait sans doute aussi rénover les trottoirs ou les routes, mais je ne dispose d’aucune aide financière pour cela.

Intégrez-vous des démarches de gestion intelligente de l’énergie ?

Les armoires électriques sont déjà équipées de capteurs communicants afin de récolter les informations en temps réel, et des compteurs Linky ont été installés. L’objectif à terme est d’avoir un système d’information nous permettant en temps réel de gérer la consommation et la production d’énergie.

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