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La Corse et les outre-mer : pilotes de la transition énergétique en France

Élévation du niveau de la mer, événements météorologiques de plus en plus nombreux et puissants, perte de la biodiversité ou destruction des récifs coralliens… Nombreuses sont les conséquences du réchauffement climatique pour la Corse et les Départements et Régions d’Outre-Mer (DROM : Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion et Mayotte). Les enjeux de transition énergétique s’appliquent particulièrement à ces Zones Non Interconnectées au réseau électrique continental (ZNI) dont le mix énergétique est voué à évoluer.

Le contexte énergétique particulier des zones insulaires ou isolées

Ces territoires forment des petits systèmes électriques isolés, dans lesquels la production d’énergie dépend majoritairement de l’importation et de la combustion d’énergies fossiles (fuel et charbon). La production d’électricité repose à 70% sur des centrales à diesel ou charbon.

 

La consommation finale d’énergie, ainsi que la part d’émission de gaz à effet de serre, se répartissent en deux principaux secteurs : le transport et l’électricité.

Le secteur du transport dépend à plus de 96% de produits pétroliers, importés pour la très grande majorité, la mobilité électrique représentant les 4% restants .

 

La consommation d’électricité (principalement par les secteurs résidentiels et tertiaires), ainsi que la part d’émission de CO2, ont augmenté de 1,5% par rapport à 2016, du fait d’une augmentation de l’activité économique et de la croissance démographique. Par ailleurs, l’isolement et la petite taille du réseau électrique de ces ZNI ne permettent pas d’assurer la continuité de la fourniture en électricité et une régulation de tension et de fréquence satisfaisante. Résultat : un temps moyen de coupure d’électricité par client BT trois fois plus important qu’en France hexagonale (environ 225 minutes par an) et des coûts de production jusqu’à 5 fois plus élevés (entre 200 et 250 euros pour produire un MWh dans une unité de fuel).

Dans ce contexte, la loi de transition énergétique pour la croissance verte positionne ces régions (et plus généralement l’ensemble des îles françaises et territoires d’outre-mer) en tant que pilotes en matière de transition énergétique. Les DROM ont ainsi objectifs de porter à 50% la part des énergies renouvelables dans leur mix énergétique en 2020 (40% en 2023 pour la Corse) et d’atteindre l’autonomie énergétique en 2030 (2050 pour la Corse).

Cette loi se décline en Programmations Pluriannuelles de l’Energie (PPE) spécifiques à chaque territoire et co-élaborées par l’Etat et les autorités locales. En effet, l’Etat est en charge de définir les politiques énergétiques et d’organiser leur financement (subventions des collectivités locales et de porteurs de projets, avantages fiscaux incitatifs…) et les autorités locales contribuent à la mise en œuvre et au pilotage des politiques au niveau local. On retrouve dans les PPE des enjeux et objectifs adaptés aux spécificités de chaque territoire, portant sur :

  • La conversion des centrales de fuel et charbon actuelles et le développement de la part d’énergies renouvelables dans le mix énergétique ;
  • Le développement de la mobilité propre : réseaux de transport en commun propre et infrastructures de recharge pour les véhicules électriques ;
  • La diminution de la consommation d’électricité grâce à l’amélioration de l’efficacité énergétique des infrastructures : rénovation des habitats et des bâtiments et éclairages publics, entre autres.

 

La place des EnR dans le mix électrique de ces territoires

Taux d’ensoleillement important, côtes venteuses et larges ressources marines et hydrauliques… la grande diversité de conditions naturelles présentes dans ces régions permet d’expérimenter des solutions variées d’EnR : l’éolien, l’hydroélectricité, la biomasse (notamment la bagasse, résidu des tiges de canne à sucre dont le jus a été extrait), les biodéchets, le solaire photovoltaïque et thermique, la géothermie ou encore l’énergie marine (hydrolienne, usine marémotrice, énergie thermique des mers…).

EDF Systèmes Électriques Insulaires est le principal acteur de la production, du transport et de la distribution de l’électricité dans ces ZNI. D’après son bilan électrique 2016, les EnR représentent aujourd’hui 30% du mix électrique DROM-Corse, un bon résultat par rapport à la France hexagonale qui affiche 19,6% de production d’électricité renouvelable. Les filières solaire et hydraulique représentent respectivement 25% et 54% de la production renouvelable ; le développement de l’énergie éolienne étant limité du fait des risques cycloniques. Néanmoins, ces chiffres varient fortement en fonction des territoires :

* La Corse bénéficie par ailleurs d’une liaison sous-marine avec l’Italie (qui l’alimente pour environ 30% de la part d’électricité consommée).

  • La Guyane, la Réunion et la Corse affichent de très bons résultats en matière d’hydroélectricité, notamment grâce à la production du barrage de Petit-Saut (47% de l’électricité guyanaise), de la centrale hydroélectrique de Sainte-Rose (12% des besoins en électricité des réunionnais) et du barrage de Rizzanese (pouvant alimenter jusqu’à 300 000 foyers corses en période de pointe).
  • La Guadeloupe fait également figure de bon élève grâce à l’installation d’une usine géothermique à Bouillante (27% de la production renouvelable), à sa filière solaire (30% de la production renouvelable) et à l’autonomie de son île La Désirade, dont la totalité des besoins en électricité est couverte par les éoliennes installées sur l’île. Par ailleurs, la construction prévue pour fin 2018 du plus grand parc éolien des Antilles françaises (huit éoliennes capables de résister aux vents cycloniques jusqu’à 150km/h) devrait augmenter de 10% la part d’EnR dans son mix électrique.
  • En Martinique, la superficie modeste de l’île (1 128 km2) et la densité de population importante (354 habitants au km2) limitent le développement de grands parcs éoliens ou photovoltaïques. En revanche, le Galion 2, projet de construction pour 2018 d’une centrale de cogénération 100% bagasse/biomasse, augmentera de 15% la production martiniquaise d’électricité renouvelable.
  • Concernant Mayotte, l’électricité n’y est arrivée qu’à partir de 1977 ; mais la part d’électricité d’origine photovoltaïque représente déjà 5% du mix électrique. Si l’énergie solaire se développe progressivement, la construction d’une centrale biomasse, prévue pour fin 2019, permettra d’augmenter la part de production d’électricité renouvelable mahoraise de 30%.

Par ailleurs, l’énergie marine reste une piste à exploiter à plus long terme dans les territoires d’outre-mer. Notamment la production d’électricité à partir de la variation de température entre les eaux de surface chaudes et les eaux froides en profondeur (énergie thermique des mers), ou encore l’utilisation des eaux froides des profondeurs pour la climatisation des bâtiments.

 

L’innovation au cœur de la transition énergétique de ces zones isolées

Le secteur de l’énergie représente aujourd’hui un domaine à fort potentiel d’industrialisation, de création d’emplois locaux et d’innovation pour ces régions. Au-delà des objectifs de développement d’énergies propres locales, il est nécessaire d’introduire au sein des micro-réseaux locaux une gestion plus intelligente de l’énergie, afin d’intégrer au mieux l’ensemble de la production décentralisée d’EnR, d’optimiser les courbes de consommation et d’assurer la continuité de fourniture d’électricité. Outre le déploiement en cours de 1,2 millions de compteurs intelligents sur ces territoires, les réflexions portent aujourd’hui principalement sur le développement et l’intégration dans les réseaux électriques de technologies de stockage et d’autoconsommation. Notamment sur des territoires où les courbes journalières de consommation, liées notamment à la climatisation, coïncident avec celles de la production solaire.

Afin de favoriser la recherche et de financer le développement de solutions innovantes, l’Etat a recourt à des appels d’offres qui permettent de définir les quantités d’EnR qui bénéficieront du soutien public. Par exemple, en décembre 2016, deux appels d’offres sur le déploiement, en Corse et dans les DROM, d’installations de production d’électricité renouvelable sont lancés. Ils concernent le développement d’installations photovoltaïques équipées de dispositifs de stockage (67 projets lauréats, pour une puissance installée de 63 MW, bénéficieront d’un tarif d’achat garanti moyen de 113,60€), et d’installations photovoltaïques d’autoconsommation qui permettront à des bâtiments commerciaux, industriels, tertiaires et agricoles de consommer eux-mêmes l’électricité renouvelable qu’ils produisent ou de la valoriser auprès de tiers (42 projets lauréats, pour une puissance installée de 12 MW, qui bénéficieront d’une prime de 34,19€/MWh consommé). Une technologie solaire qui, ainsi, se démocratise et devient de plus en plus compétitive.

Symbole de cet intérêt croissant pour les solutions énergétiques innovantes, EDF SEI a investi plus de 5 milliards d’euros pour financer près de 90 projets innovants. Parmi ces projets : le dispositif de micro-réseau 100% solaire avec stockage par hydrogène à la Réunion qui permet de conserver l’énergie produite pendant plusieurs jours ; le micro-grid 100% vert (biomasse/hydraulique) en Guyane ; le projet de centrale photovoltaïque avec stockage sur batterie à Toucan en Guyane ; ou encore le système de recharge intelligente pour alimenter des véhicules électriques à partir de sources renouvelables en Corse.

Ainsi, si le développement d’EnR permet aux zones insulaires de décarboner progressivement leur mix énergétique, le déploiement de l’autoconsommation et de nouvelles solutions de stockage sont un prérequis dans leur quête d’autonomie énergétique. Au même titre que les solutions de gestion intelligente de l’énergie, au sein des bâtiments et du réseau local, qui commencent à émerger. Proposées par un écosystème de start-up innovantes, elles représentent un marché clé pour la Corse et les outre-mer, vitrines du mix énergétique français de demain.

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