Le groupe Les Echos organisait la troisième édition du Forum de la Transition Energétique le 20 mars 2019 à Paris. Wavestone, partenaire de l’évènement vous propose de revenir sur les faits marquants de ce forum. Suite à l’introduction de Brune POIRSON, Secrétaire d’État auprès du ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire, quatre tables rondes se sont succédées sur les sujets brulants de l’actualité du secteur de l’énergie : l’énergie est-elle trop taxée ? Solaire & éolien : comment atteindre les ambitions françaises ? Biogaz, comment baisser les coûts ? et la voiture de demain sera-t-elle vraiment électrique ?

 

Brune POIRSON ouvre l’événement

Brune Poirson - Forum de la Transition Energétique

Le sujet de la transition énergétique est un sujet éminemment politique : il n’y a pas de solution évidente et consensuelle. Pour réussir cette transition énergétique, il faut dépasser les postures et ouvrir un dialogue avec les différentes parties prenantes pour trouver des solutions plus fortes, plus rapidement, aller plus loin, le tout en assurant une justice sociale. L’impératif est évident mais la mise en œuvre l’est moins.

Pourtant, Brune POIRSON affirme que le gouvernement veut aller plus loin que les objectifs décrits dans la PPE (Programmation Pluriannuelle de l’Energie) avec une baisse de la consommation plus ambitieuse (baisse prévue de 17% de la consommation d’ici 2030) et un effort complémentaire à fournir pour certains secteurs notamment l’habitat.

Pour réaliser ces objectifs ambitieux, la question du financement se pose. 30 milliards d’euros annuels d’investissements sont aujourd’hui consacrés à la transition énergique. Une grande partie de ces investissements financent des projets liés aux énergies fossiles. Il convient maintenant de réussir à réorienter ces investissements pour financer majoritairement les projets liés aux énergies renouvelables avec une étude de ces projets sur l’axe financier mais aussi et surtout écologique.

 

L’énergie est-elle trop taxée ?

Naima IDIR, présidente de l’ANODE, ouvre la table ronde en avançant quelques chiffres sur le poids des taxes dans la facture énergétique qui représente un tiers de la facture TTC pour l’électricité (soit en moyenne 450€ par an) et plus d’un quart de la facture pour le gaz (soit en moyenne 350€ par an). On note ces dernières années une forte évolution des taxes et notamment la Contribution au Service Public de l’Electricité (CSPE) passée de 13€ par MWh en 2013 à 22,5€ en 2018 mais aussi la DCIGN avec une hausse prévue de 172% d’ici 2022. A ces taxes s’ajoutent les « taxes cachées » et notamment les Certificats d’Economie d’Energie financés par les consommateurs en moyenne à hauteur de 100 à 150€ par an par ménage. Enfin, on note un « pancaking des taxes » c’est-à-dire la mise en place de taxes sur des taxes.

Forum de la Transition Energétique : l'énergie est-elle trop taxée ?

Ainsi, les différentes hausses de taxes viennent « grignoter » les efforts des ménages pour réduire leur facture énergétique. D’autant que ces différentes hausses sont difficilement identifiables par le consommateur du fait de la complexité et de la non transparence des factures. C’est le constat partagé par l’ensemble des participants de la table ronde et notamment par Antoine AUTIER, responsable adjoint du service des études chez UFC-Que Choisir qui propose de ne pas assujettir les taxes et contributions sur l’énergie à la TVA. Cette mesure permettrait de libérer près de 4,6 millions d’euros de pouvoir d’achat pour les ménages.

Il est cependant évident que la Transition Energétique ne sera possible que si les énergies fossiles sont taxées. Christian DE PERTHUIS, professeur d’économie à l’université Paris Dauphine, propose plusieurs mesures pour assurer une taxation plus juste :

  • Remplacer les chèques énergie par une vraie compensation forfaitaire financières afin d’éviter que la taxe Carbonne pèse moins sur les ménages les moins aisés
  • Mettre en place une fiscalité qui tienne compte du prix du pétrole

Christian DE PERTHUIS précise que le moment est idéal pour réaliser le changement : en effet, toutes les mesures de taxation énergétiques puissantes ont été réalisées lors de crises. C’est un moment idéal pour réaliser de la redistribution financière en mettant en place par exemple, le fameux revenu minimum universel.

Benedicte PEYROL, député de l’Allier, propose de travailler autour de trois leviers :

  • Une fiscalité écologique cohérente et compréhensible pour ne pas envoyer de contre signaux (exemple : verdir le barème kilométrique)
  • Une transparence et une lisibilité des dépenses financées par les taxes
  • Une transition énergétique pensée au cœur du système fiscal avec des mécanismes de redistribution

Il faut désormais sortir des dépenses fiscales défavorables à l’environnement (tarifs réduits, remboursement partiel TICPE…) et accompagner les ménages dans ce changement. Une mesure possible serait d’intégrer les aides écologiques aux aides sociales.

 

Solaire & éolien : comment atteindre les ambitions françaises ?

Forum de la Transition Energétique - François BROTTESCette deuxième table ronde est introduite par François BROTTES, président du directoire RTE. La PPE affiche de grandes ambitions pour l’éolien et le solaire. Ces objectifs impliquent de multiplier par 2 la production de l’éolien terrestre, par 5 la production d’énergie solaire et de disposer d’une contribution de 5GWh pour l’énergie offshore. Pour atteindre ces objectifs, la filière industrielle est au rendez-vous avec une forte amélioration de l’efficacité de l’éolien et du solaire (qui reste quand même bien moindre que le nucléaire) et une diminution des coûts conséquente. L’acceptabilité sociétale constitue cependant un frein à l’éolien et au solaire et expliquerait selon lui le retard français notamment vis-à-vis de l’Allemagne. En effet, RTE gérerait en permanence environ 150 contentieux. Le principal verrou aux énergies renouvelables serait donc social et non plus économique ou technique, comme il en était le cas auparavant.

Une filière photovoltaïque française efficace

Dominique JAMME, directeur général des services de la CRE confirme l’efficacité de la filière photovoltaïque française : qualité des projets, compétitivité, baisse des coûts de 30% en 3 ans sur l’ensemble des investissements et sur les coûts d’exploitation… Pour poursuivre dans cette direction, il faut favoriser les économies d’échelle en supprimant la limite de taille des projets aujourd’hui fixée à 30MW. Dans ce contexte, les objectifs ambitieux fixés par la PPE semblent donc réalisables. C’est ce que confirme Nicolas COUDERC, Directeur France EDF Renouvelables, qui rappelle l’objectif ambitieux d’EDF de 30GW d’énergie solaire en France d’ici 2035 et précise qu’EDF est aussi le 2ème acteur sur le marché éolien avec 15% des parts de marché.

Certains enjeux demeurent pour développer le secteur

Il reste cependant quelques enjeux à adresser pour assurer le développement de ces énergies :

  • Traiter les freins spatiaux: impossibilité d’installation à cause des radars (une solution a été trouvée en Allemagne)
  • Traiter les freins administratifs: une instabilité des démarches administratives à réaliser – ce point semble à date stabilisé
  • Avoir une politique de soutien efficace car la contrainte budgétaire existe et restera forte face à la concurrence
  • Gérer les nombreux contentieux
  • Veiller à ne pas imposer un surcoût pour les consommateurs
  • Travailler avec les gestionnaires de réseau pour les aider et non pas complexifier leur travail

 

Biogaz, comment baisser les coûts ?

L’ambition sur les biogaz a été revue à la baisse dans la PPE avec une volonté d’atteindre 7% de la consommation de gaz d’ici 2030 (contre 10% dans la loi de 2015) et un objectif de réduction des coûts de 30% d’ici 2023.

Cette demande de réduction des coûts semble très peu réaliste dans les délais proposés pour l’ensemble des participants. Catherine BRUN, Secrétaire générale GRTgaz, considère cette mesure comme étant « un frein au développement d’une filière naissante ».  En effet, la réduction des coûts passe par la réalisation d’économies d’échelles mais la filière est trop jeune pour pouvoir en dégager et les coûts de méthanisation sont déjà optimisés. C’est ce que confirme Laurent  PAUCHARD, gérant de Méthalac, qui propose d’ajouter au calcul économique les bénéfices engendrés grâce aux biogaz : traitement de déchets, filière créative d’emploi, revenu complémentaire pour les agriculteurs…

Pourtant, Catherine BRUN précise que l’objectif de réduction des coûts n’est pas inatteignable, cependant, il faut penser sur un horizon de temps plus long.

Forum de la Transition Energétique - Biogaz

La voiture de demain sera-t-elle vraiment électrique ?

Il y aurait 2,1 millions de véhicules électriques neufs vendus dans le monde en 2018, soit 2% des ventes annuelles. Selon Joseph BERETTA, Président d’AVERE France, le véhicule électrique semble prendre position avec une croissance de 60% chaque année. Et les conditions pour accélérer ce développement se mettent en place.

En France, les véhicules électriques représentent également 2% des parts de marché du neuf avec 45 000 ventes annuelles. Bien que non négligeables, ces chiffres ne permettent pas encore d’enclencher la trajectoire souhaitée par la PPE selon Xavier METZ, Partner chez Wavestone. En effet, pour atteindre en 2018 4,8 millions de véhicules électriques dans le parc français, de l’ordre de 32 millions de voitures de particuliers, les estimations de Wavestone montrent qu’il faudrait que près de la moitié des véhicules neufs vendus en 2018 soient électriques. Nous en sommes donc loin, sans compter la question du marché de l’occasion. Au-delà du bouillonnement actuel, fait d’annonces, de déclarations médiatiques mais aussi d’engagements, l’enjeu est de rentrer dans une véritable trajectoire de croissance.

Forum de la Transition Energétique - Véhicule ElectriqueDes freins subsistent encore pour enclencher la trajectoire de croissance

D’une part, la recharge semble encore porter atteinte à l’acquisition de ce type de véhicule. En effet, l’usage de la charge repose d’abord sur la borne principale, le plus souvent à domicile. Et il est parfois difficile de pouvoir installer une borne chez soi. Xavier METZ précise qu’il y a deux problèmes à traiter dans ce domaine : la copropriété et les ménages qui ne possèdent pas de parking. L’installation des bornes de recharge n’est pas non plus évidente dans l’espace et les parkings publics. Il y aurait 25 000 points de recharges répartis en France, soit un point de recharge pour 6 véhicules. Mais ici, c’est la répartition des bornes, leur usage et leur puissance de charge qu’il faut questionner.

D’autre part, à l’enjeu de la recharge s’ajoute le parcours client qui ne semble pas toujours limpide et fluide. Xavier METZ le qualifie d’ailleurs comme « semé d’embuches ». En effet, les informations sur ce type de véhicule manquent parfois de clarté d’autant que les délais ne sont pas toujours fluides. Et il n’est pas toujours très simple d’installer une borne à son domicile, d’être rassuré sur le prix de l’assurance et de trouver les aides financières nécessaires.

Cependant, les acteurs doivent travailler plus ensemble pour faciliter le parcours client et séduire les français

Joseph BERETTA ajoute que le véhicule électrique réunit trois mondes – le réseau électrique, le transport et le bâtiment – qui devront avancer en phase pour mener à bien le développement du véhicule électrique. Pour Pierre MUSSEAU, Conseiller urbanisme, ville intelligente et durable à la Mairie de Paris, c’est tout un écosystème qui devra travailler ensemble. Xavier METZ précise que les industriels pourraient avoir transformé l’ensemble de leur gamme en véhicules électriques d’ici 2023. Il espère que cette période à venir lancera véritablement la croissance du véhicule électrique notamment via une mobilisation de l’ensemble des acteurs, des efforts marketing, une avant-vente plus fluide et attractive mais également une facilité de prise en main et de rechargement.

Pierre MUSSEAU revient sur la problématique des métropoles en expliquant que, bien que le remplacement total des véhicules franciliens par des véhicules électriques réduirait de 40% les émissions de CO2 à Paris, cela ne règlerait pas un problème majeur : la congestion dans les villes. L’électrique n’est pas la solution exclusive, il faudra également moins et mieux de voitures.

 

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