Malgré ses déplacements rapides et silencieux qui la rendent difficilement perceptible, vous n’avez certainement pas pu passer à côté de la nouvelle catégorie de course automobile qui n’en finit pas de monter : la Formule E. Plus adaptée à des circuits dans des grands centres urbains, la Formule E a su séduire son public, notamment lors de l’ePrix de Paris qui s’est déroulé pour la 4ème année consécutive dans la capitale le 27 avril dernier, sur un circuit tracé autour des Invalides.

Au-delà d’attirer le grand public, la Formule E est également un véritable laboratoire technologique pour les constructeurs et la filière automobile. De tout temps, le sport automobile a été un réel levier de développement technologique pour l’automobile, et le véhicule électrique n’échappe pas à la règle. La grande majorité des constructeurs engagés dans le développement de véhicules électriques possèdent désormais une écurie de Formule E : Renault, Jaguar, Audi, DS… Cela leur permet d’améliorer l’efficacité des moteurs, d’optimiser l’utilisation des batteries et de l’énergie, de gagner en sûreté et sécurité… La Formule E a notamment permis de révolutionner la récupération d’énergie des véhicules lors des freinages, ce qui augmente leur rayon d’action.

Alors, comment transférer les technologies développées sur les circuits vers les routes et les véhicules commerciaux ? C’est dans l’optique de répondre à cette problématique que nous avons interrogé Bernard Salha, Directeur Technique Groupe (CTO) et Directeur de la R&D d’EDF, qui a partagé avec nous l’engagement du groupe EDF auprès du monde de la course automobile électrique et la manière dont les équipes de R&D contribuent aujourd’hui aux innovations que nous retrouvons dans les voitures qui sont en train d’arriver sur le marché.

 

Forumle E


Wavestone
: EDF est impliqué depuis plusieurs années auprès de la FIA. Après un premier accord signé en 2014, la démarche a été reconduite l’an passé. Pouvez- vous nous en dire plus sur ce partenariat ? Sur quels champs porte-t-il ?

Bernard Salha : Nous avons effectivement renouvelé à l’automne dernier jusqu’en 2020 notre accord qui fait de nous un « Fournisseur technique officiel » de la FIA dans le domaine de la course automobile zéro émission. Nous continuerons donc à travailler ensemble sur la recherche et l’évaluation des différents systèmes techniques de la voiture électrique et des systèmes relatifs à la sécurité.

 

Wavestone : Le partenariat se concentre-t-il sur la Formule E ? Ou vise-t-il d’autres championnats ou d’autres objets que la course automobile ?

BS : Il dépasse effectivement le seul cadre de la Formule E. Le championnat du monde d’endurance et d’autres compétitions sont également concernés. Les experts de la FIA et d’EDF R&D vont continuer à partager leur expérience et les informations autour notamment de l’élaboration des normes de sécurité pour les véhicules électriques et des essais de performance sur nos bancs d’essai de dernière génération, capables d’évaluer les batteries de très haute puissance.

Banc d'essai véhicule électrique

Illustration d’un banc d’essai d’EDF R&D


Wavestone
: Quels sont les moyens mis en place par la R&D d’EDF sur la mobilité électrique ? Combien de collaborateurs sont aujourd’hui dédiés à cette thématique ? Quels sont les moyens d’essais mobilisés ?

BS : En ce qui concerne les moyens dédiés à notre partenariat avec la FIA, les moyens sont concentrés au sein de notre Laboratoire des matériels électriques. Au sein de ce laboratoire, une équipe de chercheurs contribue activement au projet. Elle se rend notamment sur les courses pour mener en temps réel tous les essais, études, retours d’expérience…

 

Wavestone : Comment envisagez-vous le passage « de la piste à la route » ? Concrètement, depuis 2014 et le début du partenariat avec la FIA, certaines innovations mises en place pour la Formule E ont-elles ensuite été déployées dans des modèles commerciaux ?

BS : Notre partenariat a permis depuis 2014 des avancées considérables dans le domaine des nouvelles techniques pour les batteries, les systèmes de recharge, les infrastructures ainsi que les normes techniques et la réglementation. La question du déploiement dans les modèles commerciaux relève plus de l’industrie automobile que d’EDF mais on ne peut que constater que la multiplication des modèles électrique proposés par les constructeurs et leurs performances sans cesse accrues montre qu’il y a un lien évident entre les nouvelles technologies déployées en compétition et leurs traductions ensuite dans les modèles commerciaux.

Formule E


Wavestone
: La FIA s’intéresse au développement de l’Hydrogène. On évoque une catégorie dédiée à cette technologie au Mans d’ici quelques années. Que pensez-vous de cette technologie ?

BS : Le groupe EDF est fortement impliqué sur cette problématique de l’hydrogène. Nous avons notamment lancé le mois dernier, Hynamics, une filiale entièrement dédiée à la proposition d’une offre d’hydrogène bas carbone, c’est-à-dire produit par électrolyse de l’eau, pour les usages industriels et la mobilité électrique. C’est un enjeu majeur pour la transition climatique et énergétique car 95% de l’hydrogène est aujourd’hui produit à partir d’énergie fossile selon des procédés extrêmement polluants.

Pour ce qui concerne plus spécifiquement la mobilité électrique, compte-tenu des difficultés techniques et des coûts pour produire à grande échelle de l’hydrogène par électrolyse, nous pensons que l’usage de l’hydrogène pour les transports lourds (trains, bus, véhicules utilitaires…) a probablement plus d’opportunité de se concrétiser que la mobilité légère, mais il faut rester prudent, la compétition batteries/hydrogène est ouverte !

Nous sommes également très impliqués en matière d’innovation autour de l’hydrogène.  Le groupe a pris par exemple une participation dans la société française McPhy, spécialisée dans le développement de solutions innovantes pour la production, le stockage et la distribution d’hydrogène. Au sein de notre centre R&D situé au sud de la région parisienne, nous allons implanter cette année un démonstrateur de production d’hydrogène par électrolyse.

 

Wavestone : EDF a annoncé à l’automne 2018 un grand plan « Mobilité Électrique ». Comment le département R&D d’EDF participe à la réalisation de ce plan ?

BS : EDF entend dans le cadre de ce plan être l’énergéticien leader de la mobilité électrique en Europe dès 2022. Ce plan s’articule autour de 3 axes :

  • Être à cette échéance le premier fournisseur d’électricité pour les véhicules électriques avec 30% de part de marché, soit 600 000 véhicules au total en France, Royaume-Uni, Italie et Belgique qui sont les 4 pays en Europe où EDF a l’essentiel de ses activités.
  • Être le premier opérateur d’infrastructures de charge publique et privée sur ces 4 pays cœurs L’objectif à travers notre filiale Izivia est de déployer 75 000 bornes de recharge à échéance 2022 et à donner accès à ses clients en Europe à 250 000 bornes en interopérabilité.
  • Être le leader européen du « smart charging », c’est-à-dire de l’utilisation des batteries des véhicules électriques pour contribuer à l’équilibre du système électrique en période de forte consommation, les batteries redonnant de l’électricité au réseau via des bornes de recharges « intelligentes ». L’objectif est d’exploiter 4000 bornes de recharge intelligente dès 2020.

 

Wavestone : La mobilité électrique est au carrefour des problématiques du transport, de l’énergie, des services. Avez-vous mis en place une logique d’ « open innovation » pour fonctionner en écosystème étendu et bénéficier de l’ouverture à l’externe ? Travaillez-vous avec d’autres équipes de R&D ? La recherche académique ? Des startups ?

BS : Nous sommes une R&D de partenariats qui a de multiples accords de coopération avec des industriels, des centres de recherches, des partenaires académiques et industriels en France et dans le monde. Tant au sein de la R&D avec notre équipe d’open innovation qui joue un rôle de défricheur que dans le groupe avec la direction EDF Pulse Croissance qui lance régulièrement des appels à projets et a également un rôle d’investisseur, le groupe a également développé tout un système d’innovation avec l’écosystème environnant des startups. Les problématiques autour de la mobilité sont bien évidemment l’un des axes majeurs de collaboration avec l’ensemble de notre environnement externe. Outre McPhy, nous avons pris via EDF Pulse Croissance des participations dans plusieurs jeunes sociétés autour de cette problématique de la mobilité, de NUVVE pour le « smart charging » à Zenpark pour les parkings partagés sans oublier des investissements dans des sociétés de software.

 

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Crédit Photos : ©EDF – PARIENTÉ Jean-Philippe