Volta Trucks a fait de la durabilité sa priorité. D’ici 2025, son ambition est d’éviter le rejet dans l’atmosphère d’environ 1,191,000 de tonnes de CO2 issues des gaz d’échappement – soit l’équivalent des émissions de CO2 annuelles de 160 000 foyers – et d’améliorer la qualité de l’air dans les centres-villes grâce à l’absence d’émissions polluantes.

Pour mieux comprendre comment, nous avons eu le plaisir d’interviewer Carl-Magnus Norden , co-fondateur de Volta Trucks, pour en apprendre un peu plus sur sa vision de la manière dont les camions électriques assurent la durabilité.

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Energystream : Pouvez-vous présenter Volta Trucks à nos lecteurs l’origine de ce projet ?

Carl-Magnus Norden : Avec Kjell Waloen, le cofondateur de Volta Trucks, nous avons lancé cette aventure en partant d’un constat : les véhicules utilitaires n’ont pas connu d’innovation depuis des années, et présentent de nombreux axes d’amélioration. Nous avons compris qu’un moteur électrique pourrait révolutionner leur conception, en maximisant son confort d’utilisation pour le conducteur, en améliorant la sécurité d’utilisation, et en rendant le véhicule plus respectueux de l’environnement. Le Volta Zero, premier modèle que nous avons lancé, offre un design radicalement différent de ce qui existe aujourd’hui.

En particulier, nous avons travaillé sur la visibilité pour le conducteur en abaissant très sensiblement le poste de conduite. Ainsi, l’assise est à la hauteur des usagers de la route vulnérables comme les piétons et les cyclistes autour du véhicule, mais également une utilisation plus sure (position plus basse pour éviter les chutes depuis les marches d’accès à la cabine, siège ultra confortable…). C’est un camion qui a pour vocation la livraison de proximité en milieu urbain.

ES : Quelle est votre vision sur la place du Volta Zero dans la ville de demain ? Quels sont les principaux cas d’usage ? 

CMN : C’est un camion qui a pour vocation la livraison de proximité en milieu urbain (alimenter Paris depuis Rungis et Gennevilliers, par exemple), son autonomie couvrante entre 150 et 200 km. Il conviendra à un certain nombre d’opérations différentes, et cela se reflète dans les types d’entreprises avec lesquelles nous discutons actuellement pour les essais ou de l’achat du véhicule. L’acteur leader de la location d’utilitaires, Petit Forestier, est un des principaux premiers clients.

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Nous visons à équiper de très nombreux acteurs de la logistique et de la livraison : alimentation, surgelés en passant par les meubles, les colis. Tout ce que nous achetons, mangeons ou collectons dans les centres-villes a été livré par camion et le Volta Zero sera donc bien adapté au transport de toutes ces marchandises dans des environnements urbains et péri-urbains.

Ainsi l’ensemble des services de transports de marchandises assurés à l’heure actuelle par plusieurs sociétés pourront à l’avenir être adressés par le Volta Zero qui s’adaptera à tous les besoins, en apportant plus de confort et de sécurité aux transporteurs.

 

ES : Où se situe la France selon vous, par rapport aux autres pays, en termes d’électrification du parc de flottes de marchandise ?

CMN : A l’heure actuelle on observe au niveau national une timide tendance à l’électrification des flottes de marchandises. Cela s’explique d’une part par le manque d’offre des véhicules correspondants au besoin des transporteurs de marchandises, et d’une autre part par l’absence de contraintes règlementaires dans le secteur.

Néanmoins la mise en œuvre de politiques locales favorables à la mobilité électrique, telle que les ZFE (Zones à faibles émissions en milieu urbain) contribue à accélérer la recherche de solutions en faveur de modes de transport durables. Dans ce contexte, l’objectif affiché de Volta Trucks est d’apporter une solution de mobilité pour l’ensemble du secteur des transporteurs de marchandises.

La France constitue ainsi l’une de nos principales cibles en matière de développement car nous sommes convaincus que la volonté politique, en particulier dans les métropoles, la réglementation ainsi que l’évolution des mentalités dans la société française contribuera à faire de ce marché l’un des plus dynamiques dans les années à venir.

ES : Quelle articulation entre les technologies hydrogène, GNV et électriques batterie pour la mobilité lourde ? complémentarité ? concurrence ? 

CMN : A court terme, nous voyons l’électrique à batterie comme seule motorisation pour les véhicules lourds à usage de proximité pour différentes raisons. D’abord, les packs de batteries connaissent de très forts progrès (rapport poids/kWh, temps de recharge…), ce qui leur permet d’être toujours plus performant et c’est un vrai atout pour les véhicules lourds électriques.

En ce qui concerne les véhicules à hydrogène, nous voyons cette technologie se développer sur les longs trajets, car leurs contraintes sont supérieures aux véhicules à batterie (VEB) et donc ne valent pas la peine d’être supportées si l’usage se prête à l’utilisation d’un VEB.

ES : A l’instar du MaaS (Mobility As A Service) et du SaaS (Software As a Service) en informatique, Volta Trucks introduit la notion de TaaS. Pouvez-vous nous en dire plus ? 

CMN : Comme évoqué précédemment, Volta Trucks ne se définit pas comme un constructeur automobile mais comme un fournisseur de services. Les camions sont proposés aux exploitants davantage comme un service que comme un produit. C’est dans ce contexte que l’entreprise a introduit la notion de TaaS (Truck as a service).  A l’instar du MaaS et du SaaS l’entreprise souhaite apporter une offre de services complète, compétitive et accessible aux gestionnaires de flotte de véhicules électriques. Ces services peuvent aller d’un plan de financement, du leasing, de l’entretien etc. Sur ce dernier point, l’entreprise est actuellement à la recherche d’un lieu proche de la capitale pour y faire construire un centre de service afin de proposer une offre d’entretien / dépannage continu aux utilisateurs du Volta Zero.

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ES : Quels sont pour vous les principaux enjeuxde l’électrification pour les gestionnaires de flotte de marchandise ? Pourquoi ce sujet est-il d’actualité ?

CMN : Un des principaux enjeux des gestionnaires de flotte est évidemment les coûts. Aujourd’hui, le raisonnement s’effectue en coût total de possession. Avec notre modèle Truck as a Service, nous orientons ce raisonnement vers un coût total d’utilisation. Ainsi, une des forces du Volta Zero est d’être compétitif sur ce volet de coûts.

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Un autre enjeu des gestionnaires de flotte est d’être attractif pour leurs conducteurs. Il y a un fort turnover parmi les conducteurs et le secteur a une réputation d’être exigeant et relativement peu attractif pour les jeunes. Le Volta Zero, grâce à son confort d’utilisation, son design et sa motorisation modernes, a pour vocation d’attirer ce jeune public dans le métier de conducteur, pour lequel la moyenne d’âge est de 56 ans aujourd’hui.

Enfin, plusieurs villes (dont Paris, Londres et Amsterdam) sont en train de bannir les véhicules thermiques de leur centre-ville. Le Volta Zero permet de contourner cette interdiction grâce à sa motorisation électrique qui ne rejette pas de CO2 à l’utilisation.

ES : En termes de déploiement de la marque, quels marchés souhaitez-vous adresser à court terme, moyen terme ? Quelle est votre stratégie de commercialisation ? Est-il envisagé de décliner le Volta Zero pour le transport en commun de voyageurs ? 

CMN : A court terme l’entreprise se focalise sur deux pays principaux : la Grande-Bretagne et la France, qui représentent pour nous les deux marchés les plus ouverts à ce type de solutions. En effet, Paris et Londres constituent deux capitales aux politiques environnementales axées sur la lutte pour l’amélioration de la qualité de l’air.

Concernant la France l’enjeu est de taille, Paris devenant la vitrine du monde avec l’accueil des JO de 2024. A cette occasion Volta Trucks souhaite être au rendez-vous afin de profiter de l’ampleur de cet évènement pour mettre en avant ses solutions aux yeux du monde. Pour promouvoir son produit, l’entreprise souhaite faire essayer son véhicule à un plus grand nombre de transporteurs afin de convaincre par l’usage. Volta Trucks envisagera certainement d’autres marchés en Europe dans une optique moyen terme.

Au sujet de la commercialisation, Volta Trucks n’entend pas révolutionner le marché ; son seul souhait étant de rendre ses véhicules opérationnels le plus tôt possible (dès fin 2021, objectif de 12 camions en circulation dans Paris).