Filière Hydrogène : trajectoires et stratégies de développement en questions

Chaque année, le Congrès Horizons Hydrogène rassemble près de 800 représentants, privés, publics et organisationnels pour participer à des débats et prises de paroles structurants pour la filière hydrogène. L’édition 2022 du Congrès s’était conclue sur le constat d’un certain nombre de défis à relever pour assurer le passage à l’échelle de la filière hydrogène, caractérisée par des projets à géométries et rentabilité variables. La filière traverse une période charnière en France et en Europe, caractérisée par des choix décisifs, là où des puissances telles que les Etats-Unis et la Chine ont d’ores et déjà entériné des trajectoires fermes pour l’hydrogène, face à l’inflation et les impératifs de décarbonation. 

Deux trajectoires d’ores et déjà établies et en puissance : les Etats-Unis et la Chine 

Les Etats-Unis se sont dotés d’une stratégie ambitieuse, parachevée par l’IRA (Inflation Reduction Act) du 16 août 2023. Celui-ci prévoit de généreux mécanismes de soutien, notamment pour l’hydrogène décarboné. Cette stratégie a trois objectifs principaux : la réduction du coût de l’hydrogène, la priorisation de ses usages dans le transport et l’industrie, secteurs à décarboner en priorité, et enfin le développement de “hubs” régionaux et bassins d’emplois dédiés à l’hydrogène. Les objectifs se mesurent également en quantités produites avec une ambition de 50 millions de tonnes d’hydrogène décarboné à horizon 2050. 

L’IRA prévoit également un mécanisme de soutien à la production d’hydrogène à partir de gaz naturel avec capture de carbone. Les Etats-Unis ont ainsi une approche multi-technologique qui ne se limite pas à la production d’hydrogène «vert». 

La Chine conserve quant à elle sa prééminence sur la production d’hydrogène, dont elle assurait près du tiers en 2020. Quoiqu’encore fortement dépendante de la gazéification du charbon, elle a accéléré sa stratégie de production d’hydrogène renouvelable : on peut notamment citer la construction en cours par le géant Sinopec d’une usine d’hydrogène vert dans le Xinjiang, avec une capacité de production annuelle qui devrait atteindre les 20 000 tonnes. Elle contrôle près de la moitié de la capacité installée mondiale d’électrolyseurs en septembre 2023, d’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE). La production annuelle française s’élève quant à elle à 900 000 tonnes en 2023.  

 

Perspectives européennes : l’impératif de la convergence 

Pour assurer sa compétitivité et sa montée en puissance face à ces deux modèles, la filière hydrogène européenne doit miser sur un renforcement de la collaboration entre ses états membres, sur un développement des soutiens publics et des financements européens pour la transition énergétique, mais aussi des investissements privés. 

L’hydrogène vert a connu un fort gain de compétitivité (5 euros par kg produit à partir d’énergie éolienne ou photovoltaïque) par rapport au coût de l’hydrogène produit à partir d’énergies fossiles, qui est passé de 2,65 euros par kg produit en 2021 à 10 euros en 2022. Des dissensions persistent néanmoins entre l’Allemagne et la France sur la caractérisation de l’hydrogène produit à partir de l’énergie nucléaire. Celui-ci considéré comme vertueux par la France, mais l’Allemagne lui préfère l’importation et l’investissement massif dans des centrales solaires et les éoliennes, ou encore dans la récupération du CO2 produit par ses centrales thermiques. La production allemande dépend à plus forte raison de celles-ci après la fermeture cette année des trois dernières centrales nucléaires sur son territoire. Ces désaccords entraînent une scission en deux partis et des divergences de trajectoires entre les membres de l’Union européenne, entravant parfois les discussions, financements et initiatives sur l’hydrogène. 

Les efforts doivent être poursuivis pour sécuriser des terrains d’entente et encourager l’innovation, à l’image du plan REPower EU et de l’alliance européenne Clean Hydrogen Partnership. Ceux-ci promeuvent les financements européens pour la transition énergétique mais également les investissements privés, permettant de partager les risques liés aux activités de recherche et d’innovation retenues : une condition sine qua non pour rassurer les acteurs de la filière, endiguer la perte de vitesse et le ralentissement des investissements, et garantir son passage à l’échelle. 

Plus que jamais, les acteurs de la filière de l’hydrogène en Europe, ont besoin de volonté et de cohésion politique pour concrétiser leurs choix entre les différentes échelles géographiques d’implantation, les projets de grande ampleur ou la priorisation de projets intermédiaires et ciblés, etc. 

  

La trajectoire française : une prise de vitesse conditionnée 

A l’échelle française, le gouvernement cherche à favoriser la production d’hydrogène vert, pour laquelle il a alloué 4 milliards d’euros cet été via un décret précisant les modalités de mise en concurrence des projets d’hydrogène décarboné. Mais beaucoup d’interrogations subsistent, notamment sur le volet des technologies?: les électrolyseurs ont jusqu’à présent bénéficié d’un engouement tout particulier, mais nombreux sont ceux qui militent pour l’exploration de l’ensemble des solutions (biomasse, thermochimie…), afin d’en adapter le choix aux différents usages (industrie, mobilité…). Cette notion de complémentarité est également avancée face au modèle du tout électrique. Le réseau d’énergies renouvelables en France peut encore gagner en robustesse et permettre l’optimisation des coûts de production de l’hydrogène décarboné. Sur le volet talents et compétences, il sera indispensable d’éclaircir et promouvoir les offres de formations autour des métiers de l’hydrogène. Enfin, la filière demeure encore à ce jour trop peu lisible pour le grand public et les usagers finaux, les efforts de pédagogie doivent se poursuivre.

Cette année, l’édition du Congrès Horizons Hydrogène sera l’occasion de se pencher sur ces différentes trajectoires et les défis qui en orientent les choix. Wavestone sera présent lors du Congrès pour rencontrer les acteurs de la filière et assister à leurs échanges et prises de parole. 

Les tables rondes traiteront entre autres cette année : 

  • Des politiques règlementaires et perspectives d’investissements aux échelles européenne et française 
  • Des stratégies et conditions du lancement sur le marché et du passage à l’échelle des technologies de l’hydrogène 
  • Du rôle à jouer de l’hydrogène face à l’impératif de la décarbonation 
  • Des usages et applications de l’hydrogène dans les secteurs industriels et de la mobilité
  • Des infrastructures nécessaires au transport de l’hydrogène 

 

 

 

Pour aller plus loin

[Interview] Lhyfe Heroes, la plateforme des usages de l’hydrogène

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