Solar Wars Episode I. Le rayonnement de Pékin ou le déclin d’un espoir européen

Afin de mieux comprendre les enjeux qui se cachent derrière ce conflit, que nous appelons Solar Wars, il est indispensable de quitter le champ de bataille. Avant que les trompettes de guerre ne sonnent à Bruxelles il y a eu une escalade notoire des tensions commerciales entre les deux parties. Les firmes chinoises ont peu à peu conquis le marché du solaire photovoltaïque européen au grand dam des industriels du vieux continent.
Cette réalité n’est que l’aboutissement logique de la confrontation entre deux acteurs présentant des stratégies de puissance énergétique diamétralement opposées.

Un secteur ébloui par le succès du modèle allemand

Guidés par le pari du développement des énergies renouvelables, de nombreux décideurs politiques européens ont été séduits par l’idée de produire de l’électricité à partir de l’énergie solaire.  La production de panneaux photovoltaïques a été considérée par beaucoup, et ce depuis quelques années, comme une énergie d’avenir.

C’est le cas de l’Allemagne qui en a fait une de ses priorités stratégiques en matière de politique énergétique. Au point d’être devenu le leader mondial du secteur.
Fin Mai 2012 l’Allemagne a même réussi à battre un nouveau record mondial de production photovoltaïque, qui a représenté pendant quelques jours 50% de la consommation électrique du pays.

Pourtant, parallèlement à ces statistiques florissantes côté allemand, le solaire photovoltaïque européen fait pâle figure.
Partout ailleurs en Europe, des acteurs historiques du photovoltaïque se doivent de déposer le bilan. Certains pionniers du secteur, à l’image de Photowatt en France, ne doivent leur salut qu’à leur rachat par des grands groupes énergétiques.
Malgré ces signes avant-coureurs, ce n’est que la chute de Q-Cells, numéro un allemand du secteur, en avril dernier, qui a permis de tirer la sonnette d’alarme.

Le déclin d’un espoir européen

Bien guidé dans un premier temps par une Allemagne volontariste, le secteur a dû revoir ses ambitions initiales. L’Allemagne ne parvenait plus à cacher les nombreuses zones d’ombre d’une industrie en déclin.
Deux fois plus coûteuses, les cellules photovoltaïques (pourtant les plus performantes et respectueuses de l’environnement du marché) peinaient à dominer le marché.
L’enlisement de la crise économique et la révision des subventions accordées sont venues porter l’estocade définitive à la progression jusque là affichée par le secteur, entraînant une vague de faillites chez les producteurs de panneaux solaires.
La chute précipitée de l’industrie allemande a fini par ruiner les espoirs européens.
Par ailleurs, la baisse progressive des tarifs d’achat de l’électricité photovoltaïque (bien illustrée par le cas français) est la dernière mauvaise nouvelle en date pour un secteur qui hésite entre la stagnation et le déclin.

Malgré le paysage apocalyptique de l’industrie européenne, le marché du photovoltaïque continue à faire des heureux. Il s’agit des firmes multinationales chinoises qui ont réussi à tirer leur épingle du jeu face à  l’hétérogénéité et l’immobilisme des politiques énergétiques européennes.

Le rayonnement de la stratégie offensive chinoise

Si l’on se fie à un classement établi par l’AIE, sept des dix principaux fabricants de modules photovoltaïques sont chinois. Ce bilan remarquable est surtout dû à la forte présence de panneaux chinois sur le sol européen. En 2011 par exemple, Pekin a exporté des panneaux solaires et des composants sur le sol européen pour une valeur d’environ 21 milliards d’euros.
Les producteurs chinois sont surtout en passe de remporter la plus symbolique des batailles : TrinaSolar (dont le siège est à Changzhou) a été placée en tête des sociétés les plus respectueuses de l’environnement en 2012 dans le secteur.

C’est le résultat d’une stratégie gagnante consistant à s’introduire peu à peu dans le marché européen avec des panneaux vendus à bas prix. Plus précisément, l’idée est de fixer des prix ne pouvant pas être égalés par les producteurs allemands ou italiens afin de détruire toute concurrence sur le sol européen.
En dominant le secteur photovoltaïque européen, premier marché mondial, la Chine est à un pas de s’ériger en leader incontestable de la production mondiale de panneaux solaires.

Dans des déclarations à l’AFP du 25 Juillet, Milan Nitzschke, Vice-président du fabricant allemand SolarWorld annonçait que « les entreprises chinoises vendent leurs produits bien au-dessous de leurs coûts de production, parfois 50% en dessous » et en déduisait qu’ « il est difficile de rivaliser face à ça ».

D’un côté, nous avons une multitude de compagnies chinoises qui bénéficient de lignes de crédit généreuses leur permettant de vendre des panneaux à des prix bien en dessous de ceux du marché. De l’autre, les principaux acteurs européens du secteur peinent à se refinancer et frôlent la faillite.

Sun Tzu, célèbre stratège militaire chinois affirmait que « l’art de la guerre est de soumettre l’ennemi sans combat ».
La guerre annoncée le 6 Septembre avait donc déjà commencé sans un affrontement direct.

Face à un tel déséquilibre des forces, la contre-offensive était souhaitée par une large majorité de producteurs européens. L’affrontement était désormais inéluctable.