La nature produit spontanément des sources d’énergie telles que le gaz naturel. Depuis quelques années, des nouveaux moyens de production à partir de ressources renouvelables se développent en Europe et en France. Le gaz qui en est issu, appelé biogaz, attire aujourd’hui toute l’attention de la France dans le cadre de sa politique énergétique et des objectifs qui lui ont été fixés par le Grenelle.

Un gaz vert produit par vos déchets

Partons de la définition basique et chimique de ce qu’est le biogaz : il s’agit du gaz produit par la fermentation de matières organiques végétales ou animales (baptisés intrants, ou substrats). Lorsqu’il est produit spontanément dans les Installations de Stockage de Déchets Non Dangereux (ISDND), on peut le récupérer par captage. Sinon, la fermentation peut être provoquée artificiellement à travers des digesteurs qui extraient le biogaz à partir de déchets industriels, agricoles, d’ordures ménagères ou encore des boues des stations d’épuration. Ce processus s’appelle la méthanisation.

Suite à la méthanisation ou au captage, les producteurs peuvent choisir de valoriser ce biogaz. Les voies de valorisation sont diverses :

  • Production d’électricité
  • Production de chaleur
  • Cogénération (électricité + chaleur)
  • Injection sur le réseau de gaz naturel pour :
    • Soit produire de la chaleur (comme le gaz naturel) via le réseau de distribution
    • Soit être utilisé comme carburant

Le gaz non valorisé est torché.

 

Le Grenelle s’en mêle

Le Grenelle a fixé des objectifs ambitieux à la France : atteindre une part de 23% d’ENR dans sa consommation énergétique d’ici 2020. Le biogaz n’est pas en reste : la cogénération issue de cette biomasse doit être multipliée par 4 et la production de chaleur par 6 par rapport au niveau de 2009 !
La clé pour atteindre ces objectifs : soutenir les projets de méthanisation pour en accélérer le développement et promouvoir activement l’injection de biométhane dans les réseaux de gaz naturel.

Les projets : des enjeux territoriaux

Pour qu’un projet de méthanisation soit rentable, il faut qu’au minimum 15000 tonnes de déchets soit méthanisées annuellement. Nombreux sont ceux qui ont été découragés par l’investissement massif que cela requiert. Afin de surmonter cet obstacle, on assiste ces dernières années à une montée en puissance de la méthanisation centralisée : des agriculteurs, des industriels et des gestionnaires de déchets d’une collectivité mettent en commun leurs intrants pour arriver au tonnage critique. Cela leur permet de subventionner leur projet à plusieurs, de faire des économies d’échelle mais aussi d’augmenter le pouvoir méthanogène de leurs substrats en les mélangeant entre eux (phénomène de co-digestion).

L’impulsion de l’injection

Après le Fonds Chaleur du Grenelle 1 qui encourageait la valorisation du biogaz en chaleur, le Grenelle 2 a permis de donner un cadre réglementaire aux injections de biométhane dans les réseaux de gaz naturel (transport et distribution). Les textes de lois qui en découlent mettent en place un tarif réglementé, un système de compensation des fournisseurs pour encourager les achats de biométhane, et un dispositif de ‘Garanties d’Origines’.
Concernant les tarifs, selon un arrêté du 23 novembre 2011, ils sont établis par les ministres chargés de l’énergie et de l’économie, après avis du Conseil supérieur de l’énergie et de la CRE.
Ils sont définis en tenant compte des coûts d’investissement et d’exploitation des installations de production, de manière à assurer une rentabilité normale des capitaux investis.
Les principales dispositions de l’arrêté sont les suivantes :

  • Deux grilles de tarifs : l’une pour le biométhane produit par les ISDND ; l’autre pour le biométhane produit par les autres types d’installation (méthanisation)
  • Pour chaque grille, un tarif unitaire applicable au volume injecté, fonction de la taille de l’installation (décroissant avec la capacité maximale de production) et du type d’intrants utilisés (« prime intrants »)
  • Une formule d’indexation annuelle des tarifs

Pour les plus téméraires qui souhaitent en savoir plus sur la formule, cliquez ici.

Les acteurs des projets

Sur ce marché en phase de croissance continue et qui devrait doubler à l’horizon 2020 selon une étude Xerfi parue en juillet dernier, chacun essaye de tirer son épingle du jeu.

Les bureaux d’études spécialisés proposent toutes sortes de prestations, modulables selon les besoins (conseil, diagnostic, maîtrise d’ouvrage, démarches administratives, financement…). Parmi ces pure players, on retrouve Fertigaz, Naskeo Environnement, Fonroche ou encore Moletta.
Les fournisseurs d’équipement cherchent également à se placer sur les projets. Quelques exemples : 2G Cogénération, ODC Technologies, Verdesis, …
Pour les gestionnaires de déchets comme Tiru, Veolia Propreté, c’est une voie de diversification à explorer.
Les commercialisateurs (GDF SUEZ, EDF, Air Liquide…) qui rachètent le biogaz aux producteurs, y voient une opportunité de verdir leur offre et de s’impliquer dans les projets énergétiques des territoires.
Enfin, pour les gestionnaires d’infrastructures, tels que TIGF ou GrDF, c’est l’occasion de faire valoir leur expertise technique des réseaux, en assurant le raccordement et l’acheminement du biométhane, reliant ainsi tous les acteurs de la filière.

Malgré cet essor et le dispositif de soutien à la filière, la France reste très en retard par rapport à son voisin allemand. Dès 2009, l’Allemagne produisait plus de 50TWh tandis que la France, loin derrière, peinait à n’en produire que 7.

Comment booster le marché ? Quelles stratégies pour quels acteurs ? Vous voulez en savoir plus ? La suite au prochain épisode…