Aujourd’hui, les villes représentent 2% de la surface de la Terre, 50% de la population mondiale et 80% de la production des émissions de CO2. Cette urbanisation ne devrait pas s’arrêter là et les villes vont devoir faire face à des difficultés inédites d’accès aux ressources comme l’eau ou l’énergie, de services, de transport, de logements. Un moyen identifié pour relever ces défis : rendre les villes plus intelligentes et durables, c’est-à-dire préserver les ressources tout en assurant une qualité de vie élevée aux habitants.  Pour cela, Rudolf Giffinger affirme qu’elles doivent s’appuyer sur 6 leviers : l’économie, la mobilité, l’environnement, les habitants, le mode de vie et la gouvernance. Trois de ces leviers nous paraissent particulièrement importants  pour que la Smart City réduise significativement sa consommation énergétique. Zoom sur ces trois leviers et sur les villes qui les ont expérimentés.

Un 1er levier : les bâtiments, base incontournable d’économies d’énergie

C’est un fait, 40% de l’énergie de la planète est aujourd’hui consommée par les bâtiments : c’est donc un levier majeur de réduction de l’empreinte énergétique des zones urbaines. Au travers des bâtiments et des réseaux intelligents, les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) pourraient contribuer à réduire de 30 % la consommation électrique des villes.  Explications :

  • Les compteurs intelligents ou les box Energy pourront contribuer à réduire de moitié la consommation d’énergie. Ces nouveaux équipements et les services associés permettront de piloter et de réduire les usages électriques comme la régulation des températures, le déclenchement de machines à laver, l’ouverture des volets pendant les périodes « creuses »
  • Les compteurs intelligents, cette fois-ci adossés au réseau électrique, permettront d’ajuster en temps réel l’offre et la demande d’électricité, c’est-à-dire une meilleure gestion de l’équilibre entre la production et la consommation locale. Il s’agit en particulier pour les fournisseurs d’énergie de mettre en œuvre l’effacement diffus en répartissant la demande d’énergie des consommateurs lors d’un pic de consommation.
  • Les Bâtiments à Énergie POSitive (BEPOS) produiront plus d’énergie qu’ils n’en consommeront grâce à de nouveaux matériaux (panneaux solaire, l’isolation, ..)
  • Les Smart Quartiers, équivalent à une micro smart city, permettront de gérer à l’échelle d’un quartier l’équilibre entre production (locale ou non) et consommation.

Un projet emblématique cristallise aujourd’hui ces enjeux : le projet Issygrid, développé en 2012 au sein du quartier d’affaires Seine Ouest à Issy-les-Moulineaux. Ce projet, distingué par l’Isséen d’or 2013, constitue le premier site pilote en France de réseau de distribution d’électricité intelligent à l’échelle d’un quartier réunissant près de 10 000 personnes sur un périmètre de 160 000 m².

Un 2ème levier : la gouvernance, impulseur d’économies d’énergie

Toutes ces technologies embarquées dans les bâtiments ne suffiront pas à réduire mécaniquement la consommation électrique des villes. Une réduction significative passe également par une meilleure coordination entre les parties prenantes et par une conduite du changement efficace auprès des citoyens.

  • Les TIC ne sont qu’un moyen au service du consommateur, afin de réduire son empreinte énergétique le citoyen doit changer de comportement et devenir un consomm’acteur. Une prise de conscience nécessaire :
    • En le responsabilisant sur le vrai prix de l’énergie
    • En communiquant largement sur des expérimentations avec les habitants comme les livings labs ou comme des showrooms avec les industriels
    • En mettant en place après concertation, par exemple, un tarif progressif de l’énergie incitant les consommateurs à être vertueux
  • Que cela soit dans les rénovations ou bien dans les constructions d’habitats neufs, les collectivités locales voire l’État devront mettre en place des mesures efficaces permettant de soutenir et d’impulser ces économies d’énergie, comme par exemple :
    • Des prêts à taux zéro et des aides fiscales pour construire et rénover des bâtiments plus sobres
    •  Une « taxe carbone » pour les bâtiments (en traitant le point de la précarité énergétique)
    • Des réglementations pour réduire les consommations commerciales, comme celle qui entrera en vigueur dès le 1er juillet prochain visant à faire éteindre les éclairages des commerces entre 1h et 7h du matin
  • Une meilleure coordination lors de la construction des habitats entre les différentes parties prenantes est nécessaire (investisseurs, architectes, urbanistes, entreprises du bâtiment, producteur d’énergie, commercialisateurs, fabricants de matériel, puissance publique) afin de déterminer les choix optimum en termes d’efficacité énergétique des bâtiments comme :
    • l’orientation du bâtiment
    • la forme du bâtiment
    • des normes utilisées
    • la zone d’implantation

Fort de ce constat, certaines régions sont très en avance sur le sujet : la région Lyonnaise, et plus concrètement, le Grand Lyon a d’ores et déjà intégré ces enjeux stratégiques dans un plan d’actions baptisé la « Fabrique de la Métropole » faisant de la ville intelligente et durable un de ses axes prioritaires de travail.

Cela permet au territoire lyonnais d’être le terreau de rencontres et de développement de projets de démonstrateur de Smart City. En particulier, une part belle est faite aux projets dédiés à l’éducation du consommateur ainsi qu’à l’adoption de normes pour l’ensemble de filière électrique à travers plusieurs projets comme GreenLys, NEDO, Watt & Moi ou encore Smart Lyon Community. Le projet Smart Electric Lyon  en particulier réunit plus d’une quarantaine de partenaires différents (producteurs d’électricité, distributeurs, fabricants de produits électroménagers) entre 2012 et 2017, et a pour objectifs principaux la standardisation des normes et la sensibilisation des consommateurs aux enjeux de la maîtrise de la consommation d’électricité.

Un 3ème levier, une mobilité adaptée aux besoins des citoyens

La notion de mobilité évolue, elle ne désigne désormais plus un mode de transport ou un déplacement mais plutôt une agilité spatiale à laquelle les individus aspirent. Les comportements et les besoins en termes de mobilité changent : auparavant, pour aller d’un point A à un point B, un individu avait le choix entre le rail ou la route. Aujourd’hui, la question n’est plus « comment y aller » mais « dois-je y aller ou est-ce que le produit/l’information peut venir à moi ? ». On observe la même chose dans la sphère professionnelle : avec l’étalement urbain, les temps de trajet s’allongent mais avec les outils d’échange et de travail à distance, les déplacements sont moins nécessaires et plus ciblés.

La mobilité intègre ainsi trois composantes : les lieux de vie (travail, habitat, commerces), les interactions entre ces lieux de vie et les systèmes et infrastructures qui permettent ces interactions. C’est précisément ces trois composantes que les territoires doivent mettre en musique pour répondre aux nouvelles demandes des citoyens. Pour ce faire, elles doivent s’appuyer sur les infrastructures existantes et utiliser les technologies de l’information et de la communication pour faciliter la transparence entre les modes de transport : la mobilité devient multimodale, sans couture.

La ville de Grenoble a bien compris ces enjeux et est devenue le premier réseau de mobilité multimodale de France : aménagement de pistes cyclables, combinaison d’abonnement TAG-TER, auto-partage, parking relais et un “pass mobilité”. C’est aujourd’hui plus de 157 communes iséroises qui bénéficient de cet engagement pour la mobilité verte.

Nice et Nice Côte d’Azur innovent également sur ce terrain : tramway, bus au GNV et au nouveau carburant #éco, 1750 vélos répartis sur 175 stations, parking relais ou encore le Pedibus, transport scolaire à pieds. Autant de services pour permettre aux habitants de se déplacer le plus facilement possible en polluant le moins possible.

Mais certaines villes vont encore plus loin, le Grand Lyon a décidé de prendre part au phénomène « covoiturage » en proposant deux plateformes web et applications smartphone aux habitants pour leur permettre de partager leurs trajets. Cette initiative a été primée par le label Territoire innovant.

La mobilité d’aujourd’hui n’est donc plus subie mais bien choisie et l’enjeu des Smart City est de faciliter cette mobilité multimodale.

 

À la condition d’agir sur les 3 leviers, la Smart City constituera donc un outil puissant pour la réduction de l’empreinte carbone des zones urbaines, et l’on ne doute pas que les nombreuses expérimentations en cours et à venir permettront effectivement de faire rimer « Smart » avec « durable».