Vous ne croyez pas aux smart grids ? Le projet IssyGrid est pourtant une belle vitrine. En effet, il est l’un des premiers quartiers en France, à bénéficier d’une réseau électrique intelligent. Le projet consiste à gérer et à réguler en temps réel la consommation d’énergie de plus de plus de 20 000 utilisateurs, résidents et employés, au niveau des bâtiments tertiaires, des habitations, ou encore de l’éclairage public. Toute cette installation a été construite en Ile-de-France dans le département  des Hauts-de-Seine et elle est partiellement opérationnelle depuis Septembre 2013. Focus sur le succès de ce quartier. 

En Avril 2012, le projet IssyGrid se développe initialement sur le quartier des affaires de Seine Ouest de la ville d’Issy-les-Moulineaux. Le projet impressionne par son tour de table, allant du groupe Bouygues Telecom à Microsoft en passant par EDF et ERDF, Alstom, Schneider Electric, Total ou encore Steria. En 2013, il s’étend sur le quartier de Fort d’Issy  et couvre plus de 1600 logements supplémentaires, ainsi que deux établissements scolaires. Ce projet a pour objectif  d’optimiser tout le système énergétique, de la production à sa consommation, en mettant au cœur du processus les énergies renouvelables (panneaux photovoltaïques, cogénération, micro éolien) et les bâtiments basse consommation.

Les défis relevés

  • Collecter et centraliser les informations de consommation et de production d’énergie des bâtiments tertiaires, résidentiels et infrastructures publics. Cette action est menée grâce à des compteurs intelligents implantés sur l’ensemble du parc immobilier, ainsi qu’ à un centre de monitoring qui identifie en temps réel la consommation et la production afin d’optimiser le processus de redistribution dans l’ensemble du quartier Seine Ouest et du Fort d’Issy.
  • Intégrer les énergies renouvelables au réseau. Ce sont donc au total 1000m² de panneaux photovoltaïques qui ont été installés sur les toits, ce qui permet de bénéficier d’une source d’énergie propre et locale. Cette énergie directement reliée aux besoins de consommation des bâtiments leur permet donc d’être autosuffisants.
  • Développer un système de stockage pour pallier à l’intermittence de la production issue des énergies renouvelables et de lisser la production. Le stockage se fait par des systèmes de batteries intégrées aux bâtiments, mais également par le développement d’un parc de véhicules électriques.

Un consortium d’entreprises au service du Smart

Le projet IssyGrid représente un exemple concret de réduction d’impacts environnementaux d’une ville grâce à une gestion “intelligente” des infrastructures. Cette réduction repose en grande partie sur le lissage des pointes de consommation d’énergie notamment en limitant, reportant les consommations, ou en cas de pics de consommation en utilisant l’énergie préalablement stockée lors des périodes de faible consommation.

La particularité d’IssyGrid  repose sur son consortium d’entreprises et un véritable dynamisme dans l’élaboration de ce projet. Tous ces acteurs trouvent dans la participation à ce projet un réel intérêt, à savoir, le développement de nouvelles technologies ou de nouveaux services, l’élaboration de tests de prototypes des systèmes à taille réelle. Comme le dit M. Salmon, directeur du service énergie, chez Steria, « le projet IssyGrid est un laboratoire grandeur nature ». Le but étant, pour ces entreprises de faire émerger des modèles économiques viables, exportables en Europe ainsi qu’aux USA voir en Asie. A terme, cette collaboration mènera également au développement  d’un consortium industriel fort sur le secteur du Smart Grid.

En  Avril 2013, les unités de production d’électricité ont été raccordées au réseau. Cette étape marque le début de la phase opérationnelle du projet.  C’est une grande première pour le Smart Grid en France. Cependant, il est encore trop tôt pour se prononcer sur les résultats économiques difficilement chiffrables. Les premières retombées économiques apparaîtront d’ici la fin de l’année 2013.

Des problématiques à adresser pour le futur

  • La  gouvernance pluripartite est un sujet clé du projet. En effet, les intervenants ont chacun des intérêts à défendre et des contraintes propres à leurs activités à gérer. « A ce jour, aucune entreprise n’est capable de mener seule un projet de Smart Grid. L’interaction entre ces acteurs est donc indispensable. » M. Salmon.
  • Une lenteur des décisions des pouvoirs publics retarde le développement du projet. Les énergéticiens sont toujours en attente de décisions européennes sur le sujets des énergies renouvelables, qui est un des piliers du concept IssyGrid.
  • La question de la copropriété énergétique va également se poser : c’est-à-dire, comment va-t-on légalement s’échanger de l’énergie stockée d’un bâtiment à l’autre? Le cadre réglementaire devra donc être développé.
  • Concernant la généralisation industrielle du concept IssyGrid, nous observons que la plupart des technologies sont déjà industrialisées. Cependant, la véritable innovation repose davantage sur la collaboration et l’échange d’informations entre les acteurs. Ce procédé est encore en phase de test à ce jour et doit être démontré avant de pouvoir l’exporter sur d’autres projets.

IssyGrid a gagné en janvier 2013, le prix de l’Isséen d’or, décerné par André Santini le maire de la ville, pour récompenser la participation du consortium à la promotion et au dynamisme de la Smart city d’Issy les Moulineaux. Le projet IssyGrid est regardé, par tous les autres acteurs du secteur de l’énergie, du bâtiment, de l’automobile, ainsi que des télécom. Il est également attentivement étudié par les institutions publiques car le projet est un démonstrateur préindustriel. Par la suite, le succès d’IssyGrid débouchera sur le début de la phase industrielle des procédés Smart Grid.