Oasis de tranquillité au milieu de l’océan Atlantique, El Hierro est la plus isolée et la plus petite île de l’archipel espagnol des Canaries. Déclarée réserve de la biosphère par l’Unesco en 2000, elle s’apprête à devenir le premier territoire au monde autosuffisant en énergie renouvelable grâce à la détermination de ses 11 000 habitants permanents.

La détermination locale à développer une croissance durable

2 Contrairement à ses grandes sœurs défigurées par le tourisme de masse, ce petit paradis a opté pour une croissance lente, fondée sur le respect du biotope et de l’identité sociale et culturelle de ses habitants. Alors que le gouvernement Espagnol avait pour projet d’en faire une base de lancement de fusées, les résidents de cette île volcanique se sont opposés massivement à cause des éventuels impacts environnementaux et en ont pris le contre-pied : en 1997, ils ont décidé de dessiner eux-mêmes l’avenir de leur île et ont construit un plan de développement durable. Ce plan comprend plusieurs initiatives : agriculture biologique, pêche durable, écoconstruction, tri des déchets, chauffe-eaux solaires…

L’autonomie énergétique du territoire insulaire, une première mondiale

éolien en mer

L’objectif phare de ce plan est de convertir El Hierro en une île autosuffisante et indépendante sur le plan énergétique, c’est-à-dire qu’elle produise au moins autant d’électricité que ses besoins et sans importer d’électricité de l’extérieur. Des exemples d’îles autosuffisantes existent déjà : l’île danoise de Samso et les Fox Islands du Nord-Est des Etats-Unis produisent déjà plus d’électricité que n’en consomment leurs populations. Mais elles sont toutes deux reliées au continent par des câbles sous-marins afin de gérer l’intermittence de la production éolienne, tandis que leurs sur-productions sont injectées dans les réseaux continentaux. Il ne s’agit donc pas d’îles indépendantes sur le plan énergétique. Dans le cas d’El Hierro, la profondeur océanique rend l’interconnexion avec la péninsule ibérique ou avec les autres îles canariennes très difficile. L’insularité conduit à la nécessité d’installer des systèmes électriques isolés. Par conséquent, El Hierro ne peut pas se baser sur le même principe de raccordement que Samso ou les Fox Islands. Le projet de s’auto-pourvoir à 100% en énergies renouvelables et d’atteindre l’autonomie énergétique est unique au monde.

La centrale hydro-éolienne au cœur de l’autosuffisance énergétique

Alors qu’elle dépendait jusqu’alors de l’importation par bateau de 40 000 barils de pétrole annuel, sa centrale hydro-éolienne lui a déjà permis de satisfaire 85% de ses besoins énergétiques en 2013. Il s’agit d’une STEP, une Station de Transfert d’Energie par Pompage. Cette centrale utilise de façon optimale les deux ressources d’énergie renouvelable omniprésentes à El Hierro : le vent et l’eau. Le vent produit de l’électricité en permanence. Lorsqu’il y en a beaucoup, la synergie hydro-éolienne utilisée sur El Hierro consiste à utiliser le surplus d’énergie éolienne pour stocker de l’eau dans un bassin en altitude. Cela permet de convertir l’énergie éolienne en énergie potentielle. Quand la production éolienne est insuffisante, l’eau redescend en traversant un turbine hydraulique en utilisant le même principe que les barrages classiques. Cela génère de l’électricité, de la même façon qu’une station hydroélectrique classique. Les cinq éoliennes de 64 mètres fournissent une puissance totale de 11,5 MW.

Une solution à la pénurie d’eau douce

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Pour stocker l’énergie éolienne sous forme d’énergie potentielle, El Hierro a choisi  d’utiliser de l’eau douce plutôt que de mer, afin de répondre à son défi hydrique : la pénurie d’eau douce est devenue récurrente sur l’île. Le surplus d’électricité est donc utilisé pour faire tourner une usine de dessalement d’eau de mer et constituer une réserve d’eau douce. Celle-ci permet d’irriguer les cultures lors des périodes de faibles précipitations.

Un modèle pour les autres îles et régions du monde entier ?

Quelques opposants au projet mettent en cause son impact surfacique. Pourtant, le projet n’occupe que 100m², soit 0,004% de la surface de l’île. Globalement, les experts s’accordent sur les bénéfices écologiques du projet : la centrale hydro-éolienne permettra d’éviter chaque année l’émission de 19 000 tonnes de CO2, de 100 tonnes de dioxyde de soufre et de 400 tonnes d’oxyde d’azote chaque année. Une alternative concrète au pétrole, grâce à l’eau et au vent. L’ensemble du projet a représenté un investissement de 65 millions d’euros. Mais sur le long terme, les gains économiques devraient s’ajouter aux intérêts écologiques. Pour amortir les installations, El Hierro revend une partie de l’électricité produite aux îles voisines, pour 9 millions d’euros par an.

L’Union Européenne souhaiterait dupliquer ce modèle d’autonomie énergétique à d’autres îles, voire d’autres territoires. Le principe du stockage du surplus de l’énergie éolienne sous forme d’énergie potentielle a été pensé en Belgique également. Le stockage de l’énergie peut être étendu hors des territoires insulaires et apporter une réponse concrète au gaspillage du surplus d’énergie éolienne. En visite à El Hierro en 2011, le commissaire européen à la politique régionale Johannes Hahn a déclaré : « El Hierro, ce n’est pas la fin mais le commencement de l’Europe ! Ce qui est en construction [ici], c’est ce que nous devrions tous faire : utiliser les énergies renouvelables et réduire les émissions de gaz à effet de serre ».