D’après Pierre Kosciusko-Morizet – fondateur de PriceMinister.com – une start-up c’est « avant tout une entreprise montée dans le domaine du web et des technologies sans autre apport que l’énergie et la matière grise de son ou ses fondateurs ». Pour compléter cette recette presque parfaite, il convient de rajouter une pointe de liberté et un zeste de capacité d’évolution, le tout saupoudré d’une culture d’entreprise désinvolte par rapport aux codes régissant les entreprises « classiques ». C’est à partir de cette recette « traditionnelle » de la start-up, que s’est mijotée depuis plusieurs années dans les cuisines mosellanes, AéroSeeD, une entreprise pour le moins innovante. Quels sont donc les trois ingrédients caractéristiques de cette start-up lorraine ?

Un produit innovant …

Le cœur du projet que représente AéroSeed, bureau d’étude lorrain fondé par Vincent Mauvady et Théophile Bresson, est le développement d’une éolienne urbaine. Cette éolienne innovante se caractérise par :

–       Un axe vertical contrairement aux éoliennes traditionnelles dont l’axe (de rotation) est horizontal.

–       Un mécanisme qui oriente automatiquement les pales de l’éolienne lors de leur rotation autour du mât en fonction du sens du vent.

–       Un gabarit « poids plume » caractérisé par une petite taille (environ 1m50) et un poids relativement léger.

Contrairement aux éoliennes classiques, cette micro-éolienne permet de garder un rendement régulier et donc de générer de l’énergie lorsque le vent est tournant ou est irrégulier, ce qui est le cas dans les zones urbaines mais aussi les reliefs montagneux.

Par ailleurs son gabarit est parfaitement adapté aux zones urbaines et facilite l’installation sur un mât, une toiture de maison, sur le haut d’un panneau de signalisation… Ainsi de l’alimentation de la signalisation routière à la recharge de véhicules électriques en passant par l’éclairage publique ou la production d’électricité par les particuliers, les  possibilités offertes sont nombreuses.

 … porté par une méthodologie tout aussi originale…

Face aux défis financiers et législatifs du dépôt de brevet (de 200k à 500K€ pour un brevet au niveau international), les deux fondateurs ont fait le choix de l’Open Source Hardware, plus couramment appelé « Open Hardware ». L’Open Hardware, késako ?

L’Open Hardware est un dérivé de l’Open Source pour les logiciels informatiques (software). Ce terme regroupe ainsi tous les objets physiques, dont les informations nécessaires à leur construction (plans, matériaux, …) sont en « open source » c’est-à-dire en libre accès. L’idée de base de l’Open Hardware est donc de permettre à quiconque, bénéficiant des outils nécessaires, de pouvoir reproduire à l’identique l’objet. A l’instar de l’Open Source, l’Open Hardware permet à l’aide de licences bien définies, d’échanger, de modifier et donc de faire évoluer rapidement l’« objet » initial.

Plus qu’une simple mise à disposition de leur technologie, l’idée des fondateurs d’AéroSeeD est d’arriver à constituer au niveau international « une communauté d’utilisateurs et contributeurs » afin que leur éolienne puisse « prendre son envol ».

 … et dont le financement n’est pas des plus conventionnels.

Au delà d’un produit innovant et d’une méthodologie originale les deux entrepreneurs ont décidé de faire appel à un mode de financement assez inhabituel : le financement participatif. La start-up lorraine vient tout récemment de récolter à partir du site ulule un peu plus de 6 000€ de dons qui lui ont permis de développer la partie électronique de sa micro-éolienne.

Elle espère aujourd’hui pouvoir atteindre les 20 000€ afin notamment de mettre l’éolienne aux normes CE, la rendre silencieuse et économique, proposer des kits « prêts-à-monter » et développer le logiciel de contrôle.

L’envie et l’état d’esprit entrepreneurial que véhicule AéroSeeD est aujourd’hui un bon argument de réponse aux détracteurs de la capacité de la France à entreprendre et innover. Cependant, ce mélange d’innovations et d’originalités reste fragile. Très rapidement se pose la question de la viabilité à long terme d’une telle structure et plus particulièrement de la capacité de l’Open Hardware et du financement participatif à supporter un tel projet. Même avec un ingrédient de base d’une extrême qualité, en cuisine plus qu’ailleurs, tout est une question d’association…