Le 16 décembre 2014, Toulouse lançait son premier forum Smart City Toulouse. Cette initiative témoigne de la volonté à la fois de la métropole mais aussi de la région Midi Pyrénées de mettre en place une stratégie de ville intelligente,  pour dynamiser l’économie de la ville et sa région mais plus globalement pour améliorer le confort et la qualité de vie des citoyens de la ville Rose.

Cet engagement se traduit par des mesures et des postions affirmées tant sur le plan politique, par les initiatives de la mairie, que dans l’écosystème économique où un vivier de PME et start-up innovantes se mêlent aux groupes de la région. Mais concrètement en quoi consiste cette volonté de transformer Toulouse en une ville intelligente? Et surtout quels aspects de la smart city sont directement développés sous ce nouveau modèle ?

La volonté d’adopter le modèle de la ville intelligente

Pour Jean-Luc Moudenc maire UMP de Toulouse, une smart city estune ville plus facile à vivre, plus collaborative et moins chère. Une ville qui prend le parti des technologies les plus performantes pour faciliter la vie des citoyens et rendre l’action publique plus efficace” selon ses propos dans un entretien à La Tribune. La position est assumée, le maire de la ville veut en faire une référence de ville intelligente d’ici 2020, avec d’ailleurs comme objectif de répondre à un maximum de projets dans le cadre de “Horizon 2020” lancé par l’Union Européenne.

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Source : compte twitter de la ville de Toulouse

La stratégie de ville intelligente initiée par le forum Smart City Toulouse et lancée officiellement en janvier 2015 se veut globale et intégrée. Elle s’applique à Toulouse et sa métropole, ce qui représente une aire urbaine de 750.000 habitants. Avec un objectif double :

  • L’amélioration du confort des concitoyens en  privilégiant les entreprises de la région pour prendre part à la smart city et en transformant les services publics.
  • Le développement de l’attractivité et la visibilité de la ville à l’international pour les talents et les entreprises.

Cette stratégie se traduit par un plan autour de thématiques clés : mobilité, énergie, e-services et autonomie des seniors. Ces thématiques sont ensuite portées au travers d’une quarantaine d’expérimentations. Orientation majeure, ce sont les usagers les premiers bénéficiaires de ces expérimentations. En effet, les expérimentations reposent sur des “Laboratoires des usages”, des dispositifs qui permettent de “co-construire avec l’ensemble des parties prenantes, expérimenter dans la ville, faire émerger de nouvelles idées” selon les mots d’Edouard Forzy de la Mélée Numérique.

La ville a traditionnellement voulu innover, avec des succès relatifs. Ainsi elle avait pu tester les premières solutions de géolocalisation des places de stationnement et de trottoir intelligent ou encore être la première ville mondiale en 2009 à lancer les lampadaires urbains à détecteur de présence . La ville a pu également faire l’objet de pilotes pour des projets industriels comme en 2004, où Orange avait choisi Toulouse pour implanter son réseau 3G en France. La ville testera d’ailleurs prochainement la 4G+ et la généralisation de la fibre optique à l’échelle d’une ville.

Pour se donner les moyens de ses ambitions et adresser les sujets innovants, Toulouse a cherché à créer un écosystème fertile où les start-ups de la région interviennent en complémentarité des grands groupes. Cette approche permet de multiplier les sujets : applications mobiles pour les musées ou les transports en commun, covoiturage, objets connectés, optimisation énergétique des bâtiments, compteurs électriques communicants, système d’aide au déplacement des malvoyants et d’accompagnement des personnes dépendantes, services de paiement sans contact (NFC) pour les piscines municipales…

Dans quels domaines Toulouse est-elle intelligente ?

Mobilité :

Pour multiplier les offres de transports et leur intermodalité la municipalité a su agir en parallèle d’initiatives privées. Exemple significatif, la ville veut développer sa flotte de bus électriques avec l’offre “Businova” de la société tarnaise Safra afin de garantir l’électromobilité dans la métropole.

En septembre 2014, la ville a également décidé d’adopter Uber, malgré les frondes des professions en place. Quel que soit le jugement qu’on en tire, on peut objectivement affirmer que l’offre Uber améliore la mobilité des Toulousains :

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Source compte Twitter d’Uber Toulouse

Bien moins médiatisées qu’Uber de nouvelles offres de mobilité apparaissent également dans la ville. C’est le cas de Coovia, offre de covoiturage qui combine de façon fine et en temps réel les véhicules privés et publics. En plus de faire l’objet de nombreuses récompenses la solution compte aujourd’hui plus de 10.000 inscrits.

Objets connectés :

Second sujet innovant fortement impacté par la démarche smart city de Toulouse, les objets connectés. La métropole a vu naître de nombreuses entreprises spécialisées sur ce marché impactant de nombreux secteurs. De l’aéronautique chère à la région, à l’énergie, des start-ups se construisent des positions fortes.

Fondée à Toulouse en 2010 la société Sigfox est le premier opérateur de réseau cellulaire bas débit destiné à l’internet des objets. Le principe est simple Sigfox reçoit les informations communiquées par les objets connectés sur des serveurs propriétaires et les transmet sur des serveurs tiers, permettant au client d’intégrer les données transmises dans ses applications logicielles. En date du 16 mars 2015 les serveurs de l’entreprise ont permis l’échange de plus de 203 millions de messages.

Les applications de cette solution couvrent l’ensemble des objets connectés, l’entreprise a su se créer une position de leader dans cette niche en explosion.

D’autres acteurs interviennent sur les usages d’objets connectés. Ainsi, l’entreprise Télégrafik a lancé son offre Otono me,  une offre de capteurs pour personnes fragilisées, seniors notamment. Autre cas, la société Wattlet développe des solutions de domotique pour l’optimisation de la consommation d’énergie. Les interrupteurs développés par Wattlet communiquent avec l’ensemble des objets connectés de la maison, des bâtiments tertiaires ou des unités de production industrielle.

Énergie :

Si les objets connectés concernent directement la gestion de l’énergie, on pense à la domotique notamment, qu’en est-il du secteur de l’énergie? Quelles sont les initiatives de Smart Toulouse sur le chantier de l’énergie?

Les principales avancées se concentrent autour des Smart Grids à Toulouse. On peut citer deux projets à échelle et maturité différente :

SoGrid : expérimenter en 2015 un réseau intelligent sur 1000 foyers

SoGrid, est un projet porté par une dizaine d’acteurs tels que ERDF,  Grenoble INP, l’École Polytechnique, Laas-CNRS Toulouse, Capgemini, Sagemcom ou encore STMicroelectronics avec le soutien de l’ADEME. Son objectif est simple : mettre en place en 2015 un réseau électrique intelligent test réparti sur un millier de foyers toulousains. Représentant un budget global de 27 millions d’euros.

Dans un article de La Tribune de décembre 2014 Xavier Montuelle chef de projet chez ERDF détaille : “Ce réseau intègre les énergies renouvelables et s’adapte aux nouveaux usages, comme les bornes de recharge des véhicules électriques. Avec Sogrid, le réseau est supervisé en temps réel afin d’anticiper toute anomalie, localiser les pannes et éviter d’éventuelles coupures d’électricité.”

Smart Grid Experience : une Zone d’Activité Économique bénéficiant d’un réseau intelligent

Toulouse a déjà pu concrétiser des projets de Smart Grids. C’est le cas de Smart Grid Experience, projet mis en place par Cofely Ineo :

Pour conclure, on peut dire que Toulouse a su mettre en place un terrain fertile où collectivités, entreprises et grands groupes interagissent et innovent. Les domaines d’innovations sont nombreux et les avancées sont concrètes. Mais au cœur de la ville on retrouve les habitants. Qu’en est-il de la dimension citoyenne de la Smart city ? Pour en permettre les avancées mais aussi mesurer le degré d’acception de celles-ci ?

Encore ici, Toulouse innove en mesurant la perception, les préoccupations et les idées des habitants via des outils d’analytique, principalement de Big Data, notamment par l’utilisation de solutions comme Apicube ou encore IBM Social Media Analytics. Ces outils permettent à la Mairie de Toulouse de piloter sa stratégie de ville intelligente en mesurant et priorisant les sujets pour mieux répondre aux attentes des habitants.

Ces orientations permettront à Toulouse d’initier sa transition urbaine vers le concept de “living city” : concept selon lequel la technologie facilite les interactions et décisions entre les citoyens et les institutions afin d’enclencher à long terme une véritable transformation sociale.