Lookies, start-up française spécialisée dans la gestion énergétique des parcs immobiliers, vient de remporter le 3ème prix SmartGrid Awards 2015. Nous avons rencontré les deux fondateurs, Arthur Flam et Louis Guthmann, pour connaître leur point de vue sur le marché.

Energystream (ES) : Pourquoi la gestion énergétique active des parcs immobiliers est-elle un levier d’amélioration majeure ?

Lookies (L) : L’analyse de la consommation énergétique est un réel besoin pour le bâtiment, dont les systèmes de gestion énergétique sont souvent mal configurés. Il n’est pas rare de voir des bâtiments chauffés la nuit, ou une lumière restant allumée le soir pendant des mois. Pour y remédier, les gestionnaires ont déjà l’habitude de mettre en place une Gestion Technique Centralisée. Un tel système leur permet d’obtenir une économie de 30% sur la facture énergétique. Pour aller plus loin, des systèmes de gestion de l’énergie permettent des benchmarks multi-sites, et idéalement un pilotage centralisé et automatique. Il est possible d’aller chercher 10% d’économies supplémentaires (gestion de l’inertie, météo, jours fériés…).imageLookies

Ainsi, de plus en plus de gestionnaires de grands parcs tertiaires cherchent à mieux contrôler la consommation de leurs sites. Ils font des audits mais il est difficile de mettre en place des outils pour une gestion opérationnelle quotidienne. De plus, le fait que le matériel ne soit pas facilement communiquant empêche de récupérer les informations de consommation. Faire appel à un prestataire pour remplacer le matériel existant (qui fonctionne !) représente un coût important, qui pose la question du retour sur l’investissement.

ES : Quelle est l’offre de Lookies ?

Lookies : Lookies est une plateforme SaaS de gestion de l’e?nergie, qui connecte des sites multiples et he?te?roge?nes a? une seule interface. Destinée aux gestionnaires/exploitants, elle permet un micromanagement centralisé des équipements (éclairages, froid…) source de gains rapides.

Sans avoir à installer du matériel ni à se déplacer sur place, Lookies vérifie les réglages des machines. La qualité des recommandations de réglage est primordiale. Elles doivent assurer autant l’efficacité énergétique des bâtiments que leur confort pour les usagers. De plus, il est également possible d’élaborer des stratégies d’effacement et d’optimisation de la consommation grâce au monitoring et au pilotage.

Les interventions régulières sur les sites à l’occasion de maintenances, travaux, ou même inventaires rendent habituellement très difficile le contrôle de la bonne marche des installations. Nous aidons les gestionnaires (grande distribution, foncières…) à être plus performants sur ces thèmes au jour le jour.

ES : Quelle est la place des données dans votre activité ?

Lookies : Lookies tire son inspiration d’entreprises comme Datadog, qui vérifient le bon fonctionnement des serveurs informatiques par du monitoring. Ces entreprises récupèrent une quantité d’information considérable pour déterminer la source des dysfonctionnements. La mission de Lookies est d’appliquer ce processus très data-driven aux grands parcs tertiaires, sur lesquels de grands travaux sur la consommation énergétique des machines restent à mener.

imageLookiesDesktopDe façon plus générale, pouvoir récupérer les données des bâtiments facilement permettrait aux spécialistes de l’exploitation des données de se positionner sur l’analyse des dysfonctionnements et de la bonne marche des bâtiments. Pour cela, il serait utile que les éditeurs de GTB/GTC (Gestion Technique du Bâtiment / Gestion Technique Centralisée) acceptent de mettre en place des API (Application Programming Interface) ouvertes et reprennent les standards existants.

ES : Et la protection des données ?

Lookies : Pour parvenir à centraliser les données, il faudra répondre à l’enjeu de protection des données. La gestion du bâtiment tend en effet à centraliser des fonctions sensibles : portes, vidéo-surveillance, groupes froids… Autant ne pas prendre de risques. L’année dernière les piratages visant Target, le géant américain de la distribution, ont démarré par des accès non sécurisés à des groupes de climatisation.

Il suffit de faire un tour sur le site ShodanHQ, qui explore les serveurs accessibles sur l’internet IPv4 pour voir de nombreux bâtiments accessibles sur internet… qui sont souvent protégés par des identifiants génériques. Un acteur malveillant peut faire des dénis de service d’un nouveau genre en inondant les machines connectées en 3G de requêtes afin de provoquer des coûts data importants…

Remédier aux défauts de configuration pose de nombreuses difficultés, pour un bénéfice difficile à mesurer. La plupart des réseaux et machines nécessitent une intervention physique pour arriver à une architecture sécurisée.

Souvent, le mieux qu’il est possible de faire à moindre coût est de sécuriser les “bords” : l’accès à internet, les accès aux outils de gestion centralisés, etc. Mais au sein du bâtiment subsisteront pour longtemps des protocoles réseau bien moins sécurisés que ce qu’on a aujourd’hui sur internet. Les best practices, même aussi évidentes que le chiffrage des données en transit, restent trop souvent inconnus des fabricants et éditeurs.