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La politique énergétique européenne – rencontre avec Anne Chenu, DG de l’UFE

Dans la lignée des engagements politiques forts suite à la COP21 à Paris ou au One Planet Summit, l’Europe se mobilise pour mettre en place des décisions et des actions au sujet de la protection de l’environnement et de la transition énergétique. Nous avons rencontré Anne Chenu, Déléguée Générale de l’Union Française de l’Electricité (UFE). L’occasion de faire le point sur les actions de l’UFE, ainsi que sa vision de l’Union de l’Energie, et la manière dont elle agit pour la défense des intérêts des acteurs français de l’électricité.

 

Wavestone (WS) : En quoi l’échelle européenne est-elle une maille essentielle dans la réflexion sur les sujets énergétiques ?

Anne Chenu (AC) : Réfléchir à l’échelle européenne est essentiel pour trois raisons.

La première raison, c’est la lutte contre le changement climatique, qui est un enjeu de société majeur et prioritaire, au cœur duquel se situe l’énergie, et particulièrement l’électricité décarbonée qui permet de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. La COP21, étape fondatrice dans la lutte contre le changement climatique, a été l’occasion pour l’Union Européenne de faire preuve d’un leadership important en affichant une volonté politique forte. Trois ans après, et face au retrait américain, il est très important que l’Union Européenne continue à affirmer son ambition sur ces sujets.

La deuxième est liée au fonctionnement du système énergétique et particulièrement du système électrique, qui est par essence un système interconnecté, et donc qui ne s’arrête pas aux frontières. En ce sens, penser l’évolution du système électrique au niveau européen peut permettre de mutualiser les efforts et développer des solutions innovantes à moindre coût.

Enfin, la troisième est liée au fonctionnement du cadre régulatoire et économique du marché de l’énergie qui est aujourd’hui essentiellement à la maille européenne, et pour lequel il est crucial d’avoir une approche la plus commune possible entre les Etats membres et entre acteurs du secteur.

Pour autant, dans un contexte de décentralisation, l’échelle européenne ne peut pas être la seule grille de lecture pour répondre aux enjeux actuels. Le mouvement de décentralisation est probablement irréversible. Dès lors, le défi qui se pose aujourd’hui est celui de la capacité des décideurs politiques, acteurs industriels et consommateurs à appréhender les enjeux énergétiques en intégrant les différents niveaux concernés – local, national, régional et européen – et en créant un cadre de gouvernance à la fois clair et cohérent.

 

WS : L’Union Européenne montre une volonté forte de converger vers une Union de l’Energie. La définition de cette Union, l’approche adoptée ainsi que les ambitions associées vous paraissent-elle être cohérentes, réalisables et acceptables par les Etats membres, les entreprises et les citoyens, notamment en termes de gouvernance ?

AC : Les récentes négociations autour du Clean Energy Package* (CEP) représentent une étape importante, notamment par leur ampleur exceptionnelle et la couverture de nombreux sujets et champs d’action, dont le volet gouvernance. Nous pouvons saluer plusieurs avancées, notamment une plus grande cohérence entre Etats membres en matière de suivi et reporting des progrès que chacun accomplira pour atteindre l’ensemble des objectifs fixés dans le paquet. Les législateurs européens ont d’ailleurs permis aux Etats membres de dévier un peu des trajectoires linéaires pour définir des stratégies les plus efficientes possibles pour atteindre les objectifs communs fixés.

Il reste bien entendu des axes des progrès, dont trois majeurs au niveau économique, au niveau environnemental et sur l’approche globale. Sur le plan économique et notamment en ce qui concerne l’intégration des marchés et le développement des infrastructures en Europe, l’Union Européenne conserve un tropisme très fort pour l’interconnectivité entre Etats membres. Si c’est effectivement un élément important pour optimiser les échanges entre Etats, il est nécessaire que le choix des projets en la matière s’appuie sur des analyses objectives, en particulier des coûts et des bénéfices économiques de chacun des projets, sans quoi la collectivité court le risque d’une dérive du coût du projet qui pèsera fortement sur la facture du consommateur.

Le deuxième axe est environnemental. La transition énergétique doit toujours s’articuler autour de l’objectif prioritaire qu’est la réduction des émissions de gaz à effet de serre et, en particulier, des émissions de carbone. Pour cela, il faut garantir un marché du carbone qui fonctionne bien, notamment grâce à un prix du carbone qui se situe a minima autour de 25-30€/t. et ce le plus rapidement possible.

Enfin, le dernier axe d’amélioration porte sur une approche holistique de la gouvernance et de la réglementation, pour reprendre les termes de Maroš Šefčovič. Cela permettra de ne pas courir les risques associés à une approche en silos comme celle adoptée dans le cadre du paquet 3×20, et dans une moindre mesure avec le CEP (notamment en ce qui concerne le risque de ne pas prendre en compte l’impact des objectifs d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables sur le prix du CO2).

 

WS : Comment l’UFE travaille-t-elle, au sein de cet écosystème, pour défendre les intérêts français et particulièrement ceux de ses membres, présents sur toute la chaîne de valeur ?

AC : Structurellement, l’UFE a toujours eu une configuration européenne. Les questions et enjeux énergétiques ne se posant pas uniquement à la maille française, nous avons intégré cette dimension européenne dans notre mode de fonctionnement et de travail. L’UFE a donc pour ainsi dire deux pieds : un français et un européen. En termes d’organisation, cela signifie un bureau de représentation à Bruxelles, ainsi qu’une participation très active dans plusieurs instances : Eurelectric, l’Electro-Mobility Platform qui travaille en faveur du développement d’une mobilité propre électrique et au sein de laquelle l’UFE préside le groupe de travail sur les infrastructures, et le Market Parties Platform (MPP) dont nous assurons aussi la présidence et qui travaille sur l’intégration des marchés de l’électricité sur la plaque européenne centre-ouest. Enfin, en sus de notre activité à Bruxelles, nous sommes aussi actifs auprès des pouvoir publics français.

A la différence d’autres associations, l’UFE est porte-parole des membres de l’ensemble de la chaîne de valeur de l’électricité, depuis l’amont avec la production, qu’elle soit d’origine nucléaire, thermique ou renouvelable, en passant par les réseaux, jusqu’à l’aval comme par exemple les services associés à l’efficacité énergétique. Une telle représentativité nous permet d’aborder les différents sujets liés à l’électricité avec une vision d’ensemble, qu’il s’agisse de l’organisation du marché de l’électricité, de la gestion des réseaux, de l’intégration du numérique dans le monde de l’électricité, d’efficacité énergétique dans le bâtiment, ou du développement de la mobilité propre entre autres.

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