La feuille de route de l’ADEME prévoit la mise en service de 500 à 1 400 sites de production de biométhane injectant dans les réseaux d’ici à 2030.

Saviez-vous que les gestionnaires des réseaux de transport et de distribution de gaz jouent un rôle essentiel dans l’accompagnement de cette filière vertueuse ? Nous vous proposons de découvrir comment les gestionnaires des réseaux de transports s’adaptent à cette nouvelle technologie. Quelles sont les différences entre un poste de livraison de gaz naturel classique et un poste d’injection de biométhane ? Et surtout quelles sont les actions et bonnes pratiques, pour bien gérer la maintenance des postes d’injection de Biométhane ?

 

Quel est le rôle des gestionnaires de réseau dans la filière biométhane ?

Ils ont la responsabilité de conseiller et d’accompagner au mieux les porteurs de projets, en leur assurant un traitement transparent et non-discriminatoire, d’anticiper, puis d’œuvrer activement à l’évolution nécessaire des réseaux, en concertation avec tous les opérateurs et autorités concédantes.

L’évolution des réseaux impliquent le déploiement de postes d’injection de biométhane, nécessitant d’adapter et d’organiser la maintenance de ces ouvrages, afin d’assurer une continuité de services aux clients et sites industriels, tout en garantissant la sécurité et la performance des exploitants sur le terrain.

Le réseau en amont du poste d’injection est la propriété du producteur de biométhane, le réseau en aval du poste celui de l’autorité concédante. Le poste d’injection de biométhane est donc la propriété du gestionnaire des réseaux de transport. Il porte à la fois l’investissement et l’exploitation du poste d’injection, et facture au producteur une redevance annuelle figurant dans le catalogue de prestations qui comprend trois composantes :

  • La mise à disposition du poste d’injection;
  • La maintenance (pièces, main-d’œuvre, déplacements, mises à niveau règlementaire, remplacement en fin de vie) ;
  • L’exploitation du réseau dans lequel le biométhane est injecté.

Les gestionnaires de réseaux de transport doivent donc adapter leur organisation et leur méthode de travail pour garantir une maintenance efficace et maîtrisée de leurs réseaux. Sans cette adaptation les objectifs ambitieux du projet seraient inatteignables.

 

Existe-t-il une différence entre un poste d’injection de gaz naturel et un poste d’injection de biométhane ?

Un poste de livraison est une installation, située à l’extrémité aval du réseau de transport qui permet la livraison du gaz naturel en fonction des besoins exprimés par le client (pression, débit, température, …). Il se trouve généralement à l’entrée des agglomérations ou directement chez les clients industriels. Celui-ci a pour fonction :

  • D’assurer la sécurité nécessaire conformément à la réglementation en vigueur,
  • De permettre l’alimentation de façon permanente,
  • D’effectuer le comptage du gaz naturel livré au client,
  • D’autoriser l’entretien des principaux organes de fonctionnement tout en maintenant l’alimentation du site,
  • De s’intégrer à l’environnement (bruit, intégration dans un bâtiment…)

Pour assurer le fonctionnement d’un poste de livraison, la maintenance des équipements du poste est en permanence contrôlée pour un fonctionnement optimal.

Le déploiement de nouveaux postes d’injection du biométhane sont des postes spécifiques pour l’injection du biométhane dans le réseau de transport. L’injection de biométhane dans le réseau de transport permet ainsi aux consommateurs de gaz (industriels, consommateurs domestiques raccordés aux réseaux de distribution) d’accéder à une énergie renouvelable sans changer leurs installations.

Le poste d’injection de biométhane remplit les mêmes fonctions qu’un poste de gaz naturel :

  • L’odorisation ;
  • Le contrôle de la qualité du gaz ;
  • Le contrôle de pression ;
  • Et le comptage des quantités injectées.

Néanmoins, le gaz injecté étant différent, la maintenance de ces postes d’injection de biométhane diffère de celle effectuée sur les postes de gaz naturel. Pour atteindre les résultats fixés, les gestionnaires des réseaux de transport doivent assurer la maintenance de ces postes d’injection de biométhane pour en garantir un fonctionnement optimal et permettre de rendre le gaz complètement conforme avec le gaz naturel habituellement transporté dans les réseaux.

poste d'injection 2

 

Quels sont les facteurs clés de succès pour assurer la maintenance des postes d’injection de biométhane ?

1) Garantir la performance grâce à une maintenance optimisée

L’énergie injectée par les postes d’injection de biométhane ainsi que la production totale est suivie pour évaluer la performance réelle des postes.

A l’heure actuelle, le constat est que les postes biométhane ne tournent qu’à 70% de leur puissance, il reste donc une marge d’amélioration considérable. Les 30% restant peuvent être dus à une maintenance des équipements tardive ou mal réalisée.

Les actes de maintenance sur les postes d’injection de biométhane ne différent pas énormément de ceux réalisés sur un poste à gaz naturel. Cependant, certaines spécificités et qualifications sont requises. La création d’une matrice de maintenance est donc indispensable pour savoir quels actes doivent être réalisés et par qui.

Il existe différentes stratégies de maintenance :

  • La maintenance internalisée qui consiste à ce que le gestionnaire de réseau soit l’unique responsable et acteur de la maintenance sur les différents postes.
  • La maintenance externalisée qui consiste à ce que le gestionnaire de réseau sous-traite la totalité de la maintenance à des organismes dédiés. Ces organismes sont souvent les fournisseurs initiaux des différents équipements.
  • Une maintenance à la fois internalisée et externalisée. le gestionnaire de réseau établit une matrice de maintenance avec différents niveaux de maintenance en fonction de la difficulté de l’opération et définit quels niveaux sont internalisés ou externalisés.

La maintenance externalisée permet certes d’assurer une maintenance de qualité sur les équipements. Cependant une maintenance complètement externalisée peut représenter un coût trop élevé qui remettrait en question la rentabilité du projet.

Ce qui explique pourquoi les gestionnaires de réseaux de transport préfèrent généralement opter pour une maintenance à la fois internalisée et externalisée dans un premier temps afin de monter en compétence sur les actes moins maitrisés pour ensuite envisager d’internaliser la totalité de la maintenance.

2) Avoir une organisation adaptée et des agents formés sur le terrain

L’intégration du biométhane pour n’importe quel gestionnaire de réseau a bien évidemment des impacts sur l’organisation et les différentes parties prenantes doivent prendre leur disposition pour pouvoir assurer la production et le transport.

Une implication de toutes les parties prenantes est exigée et implique de les sensibiliser en amont à la connaissance des enjeux et à la nécessité d’assurer la formation des exploitants sur le terrain.

Le métier actuel des exploitants doit ainsi s’adapter pour répondre aux exigences liées à la maintenance des postes d’injection de biométhane et aux projets ambitieux de déploiement.

La réalisation de ces projets passe par une organisation solide et une connaissance technique maitrisée. En effet, certains actes spécifiques au biométhane sont réalisés par des exploitants qualifiés. Par exemple, les analyseurs de gaz qui contrôlent la qualité du gaz ne sont pas les mêmes que sur les postes de gaz naturel. Les actes réalisés sur ces équipements spécifiques impliquent donc de faire intervenir des exploitants formés et qualifiés.

La formation des équipes d’exploitants est donc un point essentiel pour cette intégration, celle-ci inclue la rédaction de documents techniques et le partage des pratiques aux équipes.

En complément, il est nécessaire d’étudier l’impact du biométhane sur la charge de travail des équipes au démarrage et une fois le poste opérationnel. La charge de travail est plus conséquente au démarrage qu’une fois le poste en service car durant les deux premières années de fonctionnement, il est essentiel de se faire accompagner par le concepteur pour apprendre à piloter correctement son installation et interpréter les données de suivi.

Cette étude de charge préalable servira à s’assurer que les équipes ne sont pas surchargées et connaitre les ressources nécessaires pour cette intégration.

Par ailleurs, la connaissance des nouveaux équipements propres au biométhane reste à ce jour limitée par les gestionnaires des réseaux de transport. Ils doivent donc faire appel à des fournisseurs spécialisés pour assurer la maintenance de certains équipements.  Les contrats de maintenance avec les fournisseurs doivent ainsi évoluer et/ou il est nécessaire de créer de nouveaux contrats pour assurer une conformité et une maintenance adéquate sur l’ensemble du matériel concerné.

 

3) Assurer la disponibilité des postes d’injection de biométhane

Le producteur doit continuer de répondre au besoin du client tout en assurant la livraison du gaz et la disponibilité des postes d’injection biométhane repose quant à elle sur la capacité du transporteur d’injecter du biométhane dans le réseau.

Un critère est d’ailleurs évalué par la commission de régulation de l’énergie (CRE) au travers d’un indicateur permettant d’évaluer la qualité de service avec un système de bonus/malus en fonction des résultats.

Cet indicateur de disponibilité est ainsi calculé mensuellement par le transporteur sur tous les postes d’injection de biométhane en service, et est ensuite partagé avec le producteur et le client. Le transporteur a un objectif contractuel de disponibilité avec le client. Il doit donc contrôler la disponibilité des postes d’injection en permanence pour assurer le respect du contrat avec le client.

Le producteur de biométhane peut lui aussi être responsable d’une indisponibilité du biométhane. Par exemple, si celui-ci effectue des opérations de maintenance et ne produit pas de biométhane, le transporteur ne pourra pas livrer le client.

Il est donc important que le client ait la visibilité sur la donnée de disponibilité imputable au transporteur. C’est pourquoi la donnée de disponibilité est consolidée avec le producteur en fonction de la responsabilité des arrêts imputables. Une fois cette consolidation effectuée le client peut alors voir la réelle performance du transporteur sur la disponibilité des postes.

La disponibilité du biométhane est donc un enjeu très important pour les producteurs, transporteurs et clients finaux.

 

Les 5 points clés à retenir :

  • D’ici à 2030, la feuille de route de l’ADEME prévoit la mise en service de 500 à 1 400 sites de production de biométhane injectant dans les réseaux d’ici à 2030.
  • L’injection de biométhane dans le réseau de transport permet ainsi aux consommateurs de gaz  d’accéder à une énergie renouvelable sans changer leurs installations.
  • Les quelques spécificités du biométhane nécessitent de former les exploitants et dans certains cas de faire appel à des prestataires (fournisseurs d’équipements).
  • Le poste d’injection de biométhane est la propriété du gestionnaire des réseaux de transport qui est responsable du bon fonctionnement de ses postes et donc garant de leur disponibilité.
  • La disponibilité des postes biométhane est calculée mensuellement pour controler la performance des postes.

 

Biblographie :

 

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