Une personne résidant en France  produit en moyenne 4,6T de déchets par an  (chiffres ADEME 2016).  Historiquement, l’ensemble de ces déchets étaient enfouis. Mais depuis la fin des années 70, de nouveaux modes de traitement se développent et permettent de redonner de la valeur à nos déchets. La FNADE (Fédération Nationale des Activités de la Dépollution et de l’Environnement) utilise ainsi le terme « déchet ressource » sur son site internet pour expliquer les modes de valorisation possibles.

Fort de ce constat, en quoi nos déchets peuvent-ils devenir une ressource ? Et dans quelle mesure le déchet ressource a-t-il sa place dans l’écosystème de gestion des déchets en France ?

 

Contexte

C’est en grande partie grâce aux ambitions gouvernementales et européennes que de nouveaux modes de traitement (autres que l’enfouissement) peuvent aujourd’hui se développer. La Loi de Transition Energétique pour la Croissance Verte (LTECV) du 17 août 2015 traduit clairement la volonté du législateur d’engager la France vers une économie circulaire. La priorité à la prévention est donnée, et la hiérarchisation des modes de traitement doit permettre la meilleure valorisation possible des déchets par territoire. D’ici 2020, la valorisation matière doit concerner 55% des déchets, et 23% de l’énergie produite en France doit être d’origine renouvelable. D’ici 2025, la part de déchets enfouis doit être réduite de 50%.

Pyramide de hiérarichisation des traitements

Ces mesures ont permis l’essor des unités de valorisation énergétique (incinérateurs) puis des centres de tri. Aujourd’hui, c’est au tour des solutions de valorisation de déchets organiques (méthanisation et compostage) de profiter des préconisations gouvernementales et européennes pour se développer.

Mais comment le développement de ces modes de traitement permet-il l’introduction du concept de déchet ressource ?

Parmi les déchets que nous produisons il faut distinguer différents types de déchets auxquels seront dédiés différents types de traitement :

  • Les recyclables : cartons / plastiques / métaux ferreux et non ferreux
  • Les déchets organiques
  • Les ordures ménagères résiduelles
  • Les refus de tri

Pour chaque type de déchet, nous nous intéresserons à la filière de traitement en place, leur valeur en tant que nouvelle ressource et les enjeux liés directement au déchet ou à ses filières de traitement.

 

Les recyclables : cartons / plastiques / papiers / métaux ferreux et non ferreux

Filière de traitement en place

Faire du déchet une ressource s’imagine assez facilement quand on traite le sujet des recyclables. Le verre, les cartons, papiers, plastiques, métaux et désormais emballages plastiques sont envoyés sur des centres de tri pour être séparés en différents flux et revendus comme matière première secondaire pour différentes industries : papeterie, plasturgie … En 2017,  42,9% des déchets ménagers produits sur le sol Français ont été récyclés(chiffres Eurostat). L’industrie papetière intègre 66% de matières premières recyclées dans ses lignes de production (source ADEME 2016). Néanmoins, la France reste en retard sur l’objectif de 50% de déchets ménagers recyclés d’ici 2020 fixé par l’Union Européenne. A titre de comparaison, l’Allemagne atteint un taux de recyclage de ses déchets de 67,6% en 2017 ( chiffres Eurostat).

Enjeux de demain

Pour étendre cette filière, et assurer une seconde vie à nos déchets, il faudra encourager les acteurs industriels à utiliser davantage de matières recyclées, bio-sourcées, faire de l’écoconception pour faciliter le recyclage des produits et emballages. Mais il faudra que la filière de recyclage puisse évoluer en même temps pour s’adapter aux nouveaux modes de consommation et assurer un meilleur recyclage et réutilisation des matières entrantes. Il y a quelques mois, Yumi (start-up produisant des jus de légumes) a vu son éco-taxe doubler après avois fait le choix d’un conditionnement pour ses jus dans une bouteille en plastique bio-dégradable. En effet, la  filière de recyclage française ne permettant pas de valoriser ce type de déchets, l’entreprise doit par conséquent s’acquitter d’un malus, puisqu’elle impacte négativement la qualité du tri. Il est donc nécessaire que l’ensemble des acteurs évoluent simultanément vers un objectif commun.

 

Les déchets organiques

Filière de traitement en place

Dans le cas des déchets organiques, deux modes de traitement sont communément utilisés :

  • La méthanisation : La méthanisation est une technologie basée sur la dégradation par des micro-organismes de la matière organique, en conditions contrôlées et en l’absence d’oxygène. Cette dégradation aboutit à la production d’un produit humide riche en matière organique, appelé digestat, et de biogaz.
  • Le compostage : Le compostage est un procédé de transformation aérobie de matières fermentescibles dans des conditions contrôlées. Il permet obtention d’une matière fertilisante, le compost.

En 2010 ce sont 2,1 millions de tonnes de compost qui ont été produites en France. Cette méthode de valorisation, comme la méthanisation, devrait voir les tonnages de déchets entrants à traiter augmenter.

Enjeux de demain

D’ici 2025, la LTECV prévoit une généralisation du tri à la source des biodéchets des ménages. Si l’installation de compost dans les zones peu denses semble être la meilleure solution, pour les grandes villes, l’objectif imposé par la LTECV est plus compliqué à mettre en œuvre. Pour extraire la partie fermentiscible des déchets ( non carnée pour faire du compost), il y a deux méthodes : le tri amont ou le tri aval. Le tri des ordures ménagères en aval de la collecte ne présente pas encore de résultats satisfaisants. Les tests de collecte séparée de biodéchets en agglomération dense sont coûteux et ne remportent pas totalement l’adhésion des citoyens.

Théoriquement la méthanisation devrait permettre de traiter l’ensemble des déchets biodégradables (déchets carnés compris). Mais l’installation de méthaniseur en périphérie des villes ne réjouit pas les communes. Les méthaniseurs se retrouvent donc très souvent loin des lieux de collecte, impliquant des coûts de transports élevés et un impact environnemental positif limité.

Néanmoins, des initiatives se développent. Nous pouvons citer l’exemple de la société à économie mixte LIGER dans le Morbihan qui produit non seulement du biométhane mais également du bioGNV pour alimenter ses véhicules de collecte. En outre, de nombreuses start-ups, collectivités, et acteurs historiques du recyclage et de la valorisation proposent et imaginent de nouveaux moyens de collecte et de traitement de ces déchets pour améliorer les taux de collecte et de valorisation. C’est le cas des Alchimistes, installés sur le site des Grands Voisins dans le 13ème arrondissement de Paris. Cette start-up propose un service de collecte des déchets organiques de professionnels en circuit court pour ensuite les composter et participer à la végétalisation de Paris.

Le déchet organique s’entend donc comme déchet ressource dans sa dimension à devenir une matière première à valeur ajoutée : biogaz / digestat / compost. Les moyens de traitements actuels limitent la valorisation de l’intégralité de ces déchets, mais de nouvelles opportunités se développent, permettant d’envisager un avenir prometteur pour ce type de valorisation.

 

Les ordures ménagères résiduelles et refus de tris

Filière de traitement en place

Les déchets qui ne sont pas organiques, qui ne peuvent pas être recyclés dans les filières classiques ou bien qui ont été refusés au moment du tri (matières recyclables ou organiques) sont très généralement envoyés à l’incinérateur, renommé Unité de Valorisation Energétique (UVE).  En 2014, ce sont 14,4 Mt de déchets ménagers et assimilés qui ont été incinérées avec récupération d’énergie en France, ce qui correspond à 13 797 GWhs d’énergie thermique et électrique produite. Cependant, seule la « fraction biodégradable » de ces déchets (~50% selon les différents instituts statistiques) peut être définie comme source d’énergie renouvelable.

Un UVE est une unité d’incinération des déchets permettant de produire de l’électricité et/ou d’alimenter un réseau de chaleur. Concrètement, les déchets sont brûlés dans un four, et l’énergie libérée est récupérée grâce à un système de production de vapeur, qui permet d’alimenter un réseau de chaleur ou bien d’actionner un turbo-alternateur pour produire de l’électricité. Certains incinérateurs permettent de valoriser jusqu’à 98% des tonnages de déchets entrant.

Dans ce contexte, le déchet devient une ressource, puisqu’il devient un combustible, source de génération d’énergie verte (l’électricité et la chaleur produite par les UVE sont considérées comme des énergies renouvelables). Certains projets proposent même des concepts innovants, où l’UVE est une brique à part entière d’un écosystème local. Près de Bessière, l’Econotre exploité par SUEZ est un ecopôle qui réunit en son sein différentes activités de recyclage et de valorisation des déchets et des serres maraîchères. Les ordures ménagères (recyclables et résiduelles) sont triées et valorisées sur le site, la chaleur produite par l’incinérateur est envoyée sur un réseau de chaleur (objectif de production thermique à 25GWh par an), la vapeur résiduelle alimente en chauffage des serres maraichères construites à proximité du site, et les tomates produites sont consommées localement. Intégrer l’incinération dans un projet plus global à échelle local est une pratique qui se développe, et qui ouvre de nouvelles perspectives d’interactions entre collectivités, acteurs du recyclage et de la valorisation, industriels, entrepreneurs et citoyens.

 

Conclusions

Les évolutions réglementaires et technologiques dans le secteur du recyclage et de la valorisation semblent appuyer l’introduction du concept de déchet ressource. Si cette idée semble intéressante dans l’optique qu’elle permet d’envisager le déchet comme une matière première, secondaire ou bien combustible, il est nécessaire de se resituer dans la pyramide de hiérarchisation des traitements. Il pourrait être tentant de se reposer sur le concept de déchet ressource pour ne pas réduire les tonnages, et de ne pas éco-concevoir ou réutiliser les objets dont on souhaiterait se séparer. Mais toute valorisation envisagée ne sera jamais plus positivement impactante que la non consommation et production de ce déchet !

La filière de traitement des déchets se complexifie. Il est de la responsabilité de tous de s’impliquer dans la prévention et diffusion des bons gestes de tri et valorisation. De nombreux outils sont à notre disposition pour rendre le geste de non consommation, réutilisation ou de tri plus ludique. A Paris dans le métro, un « Bravo » inscrit sur les poubelles nous récompense lorsqu’on jette notre déchet dans la corbeille. Avec l’application Eugène by UZER, il est possible de cumuler des bons en scannant notre déchet pour savoir comment le recycler. Enfin, la ville de Londres offre la possibilité de voter pour son programme de sport préféré en évitant de jeter son mégot sur le sol.

Finalement, toutes ces solutions doivent nous permettre d’atteindre un même objectif : réduire notre impact en limitant les flux physiques engendrés par notre activités économique. 

Références

ADEME – chiffres clefs déchets

http://www.leparisien.fr/val-de-marne-94/creteil-l-incinerateur-va-faire-rouler-des-voitures-et-pousser-des-tomates-01-01-2018-7479285.php

https://www.fnade.org/fr/dechets-au-coeur-economie-circulaire/dechet-ressource

https://www.suez.fr/fr-fr/notre-offre/succes-commerciaux/nos-references/econotre

https://www.ademe.fr/expertises/dechets/passer-a-laction/valorisation-organique/compostage

https://www.ademe.fr/fonds-dechets-priorites-2016

https://www.ademe.fr/expertises/dechets/passer-a-laction/valorisation-organique/methanisation

https://www.usinenouvelle.com/editorial/l-appel-des-30-recidive-trente-hectares-sont-a-valoriser-dans-la-vallee-de-la-chimie.N734759

https://bfmbusiness.bfmtv.com/france/cette-start-up-utilise-du-bioplastique-et-se-retrouve-doublement-taxee-1424605.html

http://www.ecoemballages.fr/grand-public/le-petit-geste-aux-grands-effets

http://www.liger.fr/index.php/liger

https://ec.europa.eu/eurostat/tgm/table.do?tab=table&init=1&language=fr&pcode=cei_wm011&plugin=1

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