Frais rivages sans limite

Même en plein été, quand vous piquez une tête en mer, il vous arrive de trouver l’eau fraiche. La forte inertie thermique des grandes masses d’eau (mer ou grand lac) fait de la thalassothermie une source très valorisable  de chauffage ou de climatisation.
Pompez de l’eau de mer à quelques mètres de profondeur, près du  rivage, faites la circuler dans des canalisations souterraines qui, sous chaque bâtiment raccordé, longent des circuits d’eau internes : les températures des deux eaux se rapprochent, restituant l’hiver de la chaleur et l’été de la fraicheur. Des modifications de température de l’ordre de 6°C sont constatées dans les systèmes en place. Ils sont déjà quelques-uns : à Monaco, la Seyne sur Mer (rade de Toulon), Barcelone, Genève… Le littoral français est vaste et de nombreuses collectivités s’intéressent à la valorisation de cet énorme potentiel d’énergie.

Comment limiter les frais

Le « hic », c’est l’investissement. Creuser, poser et enfouir des canalisations sous voirie, installer des pompes, des échangeurs en titane (métal anticorrosion), raccorder les bâtiments… le ticket d’entrée s’évalue en millions ou dizaines de millions d’euros. Qui paiera ? la collectivité locale ? les propriétaires et les promoteurs ? l’énergéticien qui gérera le système ? l’État qui veut subventionner les énergies renouvelables ? un peu tout le monde ? la lourdeur de l’investissement entraine inévitablement des montages de projet complexes.

L’entretien aussi est coûteux (malgré les filtres, par exemple, de nombreux microorganismes marins s’accumulent dans les tuyaux, le sel marin est très corrosif…). Comment le coût d’entretien doit-il se répercuter dans la facture des consommateurs ?

Certains donneurs d’ordre semblent résoudre ce problème d’échelle en se tournant vers des projets plus modestes. Un premier essai sur un périmètre de quelques bâtiments à Marseille représente un investissement limité qui pouvait être assumé par l’opérateur énergétique. Sa proposition de supporter le risque a décidé la ville à le suivre. Un autre projet, au CHU de Saint Pierre de la Réunion, n’associe « que »  trois acteurs différents : l’opérateur, l’hôpital et l’ADEME. Le montage juridique et administratif est plus simple et le projet peut avancer.

L’effort d’innovation est, on le voit, autant à porter sur les montages juridiques et financiers que sur les solutions techniques. S’il est soutenu dans les prochains mois, c’est un potentiel d’énergie renouvelable important qui s’offrira aux millions de français habitant sur les côtes et un marché prometteur qui s’ouvrira pour les opérateurs.