Nous vous parlions précédemment des obligations de reporting liées à la Responsabilité Sociale et Environnementale (RSE). Plus récemment, le sommet de l’ONU sur le climat de Septembre, fort en émotion et en promesses d’investissements publics et privés, pose à nouveau la question de la place des entreprises dans une réponse aux enjeux de réduction des ressources naturelles. Où en est la RSE (Responsabilité Sociale et Environnementale) de 2014 ?  Technique Marketing ? Outil de croissance ? François d’Essertaux, manager RSE du Groupe Colt, nous livre sa vision et son expérience de la RSE en nous expliquant comment l’entreprise peut la valoriser et quelle rentabilité elle peut en tirer.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste votre métier ?

Je suis en charge de la RSE chez Colt Technology Services [fournisseur Européen B2B de services Réseaux, Téléphonie, Cloud et Data Centre]. Mon métier consiste à coordonner et améliorer les activités de l’entreprise qui ont un effet positif sur ses parties prenantes et la planète. Par parties prenantes, j’entends aussi bien les employés, les clients, les investisseurs que les communautés locales. Bien sûr, nous sommes un business, pas une association caritative. De fait, j’accompagne tout calcul des bénéfices sociaux ou environnementaux d’une forme de retour sur investissement, tangible [comme des réductions de coûts] ou intangible [une amélioration de la satisfaction des employés par exemple].

Selon vous, à quoi correspond la RSE ?

La RSE sous-entend que l’entreprise peut avoir un effet bénéfique pour la planète et la société de manière générale, tout en exerçant son activité économique principale. En ce sens, il n’y a pas une définition de la RSE mais il y a autant de façons d’en faire qu’il y a d’entreprises : les actions RSE d’une entreprise doivent être directement liées à son identité et à son métier.

La RSE peut par exemple s’illustrer lorsqu’une marque de textiles s’assure que ses fournisseurs n’utilisent pas de matières premières qui contiennent du mercure dans sa chaîne de production. Ainsi, cette marque s’assure que son activité est respectueuse de l’environnement mais aussi de ses employés. C’est encore le cas lorsqu’elle contrôle l’éthique de ses sous-traitants, s’assurant qu’ils n’utilisent pas une main d’œuvre sous-payée ou infantile. La supply chain (chaîne logistique) est d’ailleurs l’un des sujets RSE opérationnels regardés en tout premier. En effet, on ne peut pas se considérer responsable tant que l’origine des matériaux et services que l’on utilise n’est pas passée au peigne fin.

A partir de quand peut-on se considérer comme une entreprise responsable ?

RSEIl y a en réalité plusieurs niveaux de RSE.

Tout d’abord, le « premier » niveau de RSE, le niveau 0 disons, correspond au respect de deux obligations primaires de l’entreprise : tenir la promesse de services à ses clients et faire en sorte que l’entreprise subsiste afin de pouvoir payer ses employés. Cela veut dire être transparent sur ses résultats bien sûr, a contrario d’un Lehman Brothers dont les actions RSE étaient par définition caduques… Pour les métiers à risque, cela veut aussi dire assurer en premier lieu la sécurité des employés, avec des indices comme le nombre d’incident par an, par exemple sur les plateformes pétrolières.

Le niveau 1 de la RSE c’est la « compliance » [conformité]. L’entreprise a un impact positif sur l’environnement, sur les employés etc., grâce au respect de certaines normes légales, ou d’obligations du marché pour rester compétitif en obtenant des certifications telles que la ISO 14001 (environnementale), la OHSAS 18001 (santé et sécurité), ou les nouveaux audits énergétiques obligatoires depuis le 1er Juillet… Lorsque vous respectez une loi sur les quotas d’employés handicapés au sein de l’entreprise ou une autre loi sur le traitement de vos déchets, vous avez un impact positif.

Le niveau 2 de la RSE consiste à faire plus que ce qui est obligatoire. L’entreprise qui a atteint ce niveau entreprend des actions qui apportent un bénéfice à l’environnement, à la société et à ses employés. Elle envisage ses actions en ayant préalablement étudié le potentiel d’une rentabilité tangible ou intangible. Par exemple, chez Colt nous n’avions aucune obligation de donner deux jours de bénévolat gratuits à nos employés pour leur donner l’opportunité de faire du bien pour des enfants en difficulté dans leur communauté locale. Nous y avons identifié un « win-win » d’impact social et de développement personnel de nos salariés, et nous avons mis le programme en place.

Le niveau 3 de la RSE est constaté chez les entreprises qui vont encore plus loin dans cette démarche. Sans attendre une myriade de preuves d’une rentabilité tangible ou intangible lorsqu’elles mènent leurs actions de RSE. Elles anticipent en réalité le bénéfice futur qu’apporteront les investissements responsables d’aujourd’hui. Ce sont souvent des grandes entreprises B2C aux moyens conséquents qui ont fait le choix d’intégrer la RSE dans leur stratégie business. Par exemple le CEO de Unilever ne parle plus de doubler son chiffre d’affaires. Il mentionne toujours de le faire tout en divisant par deux son impact négatif sur l’environnement.

Si la RSE est appréhendée, dans chaque entreprise, en fonction de son activité et de sa philosophie, des degrés de maturité différents peuvent être appréciés. Au-delà de cette qualification par niveau d’implication, la RSE est porteuse de valeurs plus ou moins faciles à concilier avec les critères de rentabilité des comités décisionnels. Quelles actions cibler pour afficher une rentabilité RSE ? Ou plutôt quelle rentabilité chercher ?

La suite bientôt sur Energystream…