Sur un paysage morose du marché de l’emploi, les chiffres n’annoncent pas vraiment d’embellie : 6,2% d’augmentation sur un an. L’exécutif voit toujours au loin un horizon plus rose et ne compte pas uniquement sur la loi macron. La transition énergétique et ses objectifs ambitieux est elle aussi porteuse de promesses, bien que déjà discutée et controversée…Zoom sur ces secteurs porteurs d’espoirs, leurs défis et leur réalité dans le contexte d’une transition en marche.

Des chiffres et des rêves

La transition énergétique doit nous guider vers un modèle énergétique plus sobre, moins polluant, plus indépendant en s’appuyant sur les économies d’énergie et les énergies renouvelables adaptées aux ressources de chaque territoire. Deux axes forts tirent l’emploi : les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique !

Deux études menées sur la France, s’appuyant sur des méthodologies différentes concluent toutes deux sur un bilan positif. LE CIRED-CNRS table ainsi sur 632 000 créations d’emplois d’ici 2030. Quant à l’ADEME et à l’OFCE, ils parient sur la création de 745 000 à 825 000 emplois d’ici 2050.

Solaire, éolien, BTP, smart-grid : les antidotes du chômage

D’après le Syndicat des Énergies Renouvelables, le secteur des énergies renouvelables pourrait créer à lui seul 125 000 emplois au sein des territoires d’ici à 2020 pour la fabrication, l’installation et la maintenance. Le solaire photovoltaïque, suivi de l’éolien, sont les filières les plus pourvoyeuses en emplois, devant la biomasse.

Les smart grids sont la condition siné qua non du pilotage d’une production énergétique renouvelable décentralisée et la gestion de l’approvisionnement local. Leur potentiel d’emplois est estimé entre 50 000 et 100 000 et fera émerger de nouveaux métiers à forte valeur ajoutée comme les energy managers, garants de la maîtrise de l’énergie dans le secteur tertiaire et industriel.

Pas svincieulement pilotée, la consommation énergétique sera aussi maîtrisée : la rénovation de 600 000 logements résidentiels par an permettra de réduire l’usage thermique et de créer plus de 220 000 emplois qualifiés, auxquels s’ajouteront ceux de la rénovation des bâtiments tertiaires. Le bâtiment est clairement le secteur gagnant, les objectifs de rénovation thermique appelant plus de main d’œuvre qualifiée, plus de matériaux nouveaux, de l’’innovation et des compétences de gestion des projets et chantiers. Vinci Construction par exemple, au travers de sa marque Blue Fabric, ouvre des postes d’études et de conception en amont des projets. De profils ingénieurs, les candidats doivent maîtriser les certifications environnementales récentes, les labels énergétiques et être certifiés Breeam assessor.

Le dynamisme du bâtiment bénéficie aussi à la mise en place de systèmes intelligents de pilotage de la consommation énergétique (comptage, pilotage, programmation, régulation…). Les entreprises font appel à des compétences en génie électrique, génie climatique, en électrotechnique et en informatique et cherchent des profils de niveaux allant du Bac pro au Bac+5.

Enfin, la mobilité sera revisitée au profit des transports en commun, du ferroviaire et du fluvial. Cependant, pour les transports le solde de création d’emplois est légèrement négatif au détriment du véhicule individuel notamment.

Cerise sur le gâteau, l’indépendance énergétique pourrait réduire le déficit de la balance commerciale française et redistribuer du pouvoir d’achat bénéficiant à la création d’emplois induits.

Mirage lointain ?

Reste que ce potentiel d’emplois sera réel si l’objectif de 25% d’EnR dans la consommation finale d’énergie est atteint en 2020.Les ingrédients ne sont pas encore tout à fait au RDV : une simplification de la règlementation, des décisions politiques fortes, un cadre stade favorable à l’investissement plutôt que des mesures et aides ponctuelles et régulièrement remaniées…

Si les chiffres font rêver, les structures de l’éducation nationale (les Greta) qui organisant des formations adaptées aux nouveaux métiers du BTP, de l’éolien et du photovoltaïque estiment que les débouchés ne sont pas si évidents pour les stagiaires formés. Filières d’avenir ou non, les entreprises actrices de la transition énergétique sont aussi des PME et employeurs traditionnels.

À court terme la transition énergétique génère surtout un certain nombre de coûts. Entre 2005 et 2011, 14,3 milliards d’euros ont été dépensés en faveur des énergies renouvelables en France. La création d’un emploi a eu un coût de 358 000 euros pour la collectivité, alors que dans le secteur privé, il serait moindre (estimé à 55 000 euros).
Des innovations technologiques réelles doivent pouvoir répondre aux contraintes de coûts pour que la filière de production, un gisement majeur d’emplois, décolle réellement.…

La transition source d’innovation technique, mais pas seulement…

Au-delà de l’innovation technique et de l’émergence de nouvelles opportunités de marché, la transition sera réussie si elle s’intègre dans une transformation plus globale vers une économie plus écologique. Elle engage donc « une transformation des métiers », pas seulement techniquement mais aussi dans la logique croissante de décentralisation, au plus près des sources d’énergie et des besoins de la population. Si ces transformations s’opèrent progressivement, elles sont appelées à bousculer les lignes au sein des grands énergéticiens : coopération avec des start-ups en open-innovation, animation de la chaîne d’acteurs, évolution de la relation client autour de nouveaux services, coopération en amont avec écoles et universités…

Enfin, l’innovation doit aussi porter le germe d’un changement de paradigme si l’on veut faire rentrer dans le cadre la réalité économique de la transition.

À charge au gouvernement et au chef de l’État d’actionner les bons leviers et créer le climat propice à la transition. François Hollande a pris la responsabilité d’accueillir la conférence mondiale sur le climat cette année. D’ici là, le temps passe et députés et sénateurs discutent les objectifs quantitatifs…