Avec le développement des énergies renouvelables, la production d’électricité passe d’un modèle centralisé vers un modèle décentralisé. Le solaire photovoltaïque en est un bon exemple : en 2010, les installations de moins de 250 kWc représentaient plus de 80% de la puissance installée. Cette décentralisation de la production fait apparaitre de nouveaux acteurs et de nouveaux marchés pour les énergéticiens. A cet égard, les exploitants agricoles pourraient devenir des acteurs importants de la production d’électricité : si 15% des moyennes et grandes exploitations agricoles en France recouvraient un bâtiment de 600m² de toiture solaire, cela permettrait de doubler la production actuelle d’électricité photovoltaïque.

Le gisement des bâtiments agricoles

Les agriculteurs disposent souvent de grandes surfaces de toitures exposées au soleil (étables, hangars de stockage, etc.) adaptées à l’installation d’importantes surfaces de panneaux photovoltaïques. La filière bovine (viande et lait) en est un bon exemple : au moins pendant l’hiver, les vaches doivent être logées dans des étables et il est recommandé que chacune ait un espace minimal de 10m². Le cheptel bovin étant d’environ 19 millions de têtes, cela laisse entrevoir le gisement de bâtiments équipables en panneaux photovoltaïques uniquement pour cette filière.

Pour les agriculteurs, l’installation de panneaux solaires sur les bâtiments agricoles est intéressante économiquement car elle leur permet une diversification de revenus ainsi qu’une valorisation de leurs actifs. Ceci est d’autant plus vrai que le mécanisme d’achat en place permet de sécuriser les revenus liés à la vente d’électricité.

Des projets complexes à monter et à financer

Afin d’atteindre ses objectifs de développement des énergies renouvelables, l’État a mis en place divers mécanismes de soutien. Ainsi, l’électricité produite à partir de panneaux photovoltaïques est soumise à une obligation d’achat à un tarif réglementé.

Cependant, avant de signer ce contrat d’achat, de nombreuses démarches sont à effectuer auprès d’une multitude d’acteurs : DREAL, communes, EDF OA (Obligation d’Achat), ERDF, bureaux d’études, installateurs,…

De plus, au vu des revenus importants dégagés par la vente d’électricité, la question du mode de déclaration se pose : déclaration avec les recettes agricoles, micro-BIC, réel BIC ou encore créer une structure commerciale dédiée de type SAS ou SARL.

Au-delà de cette complexité administrative, le financement des installations est souvent un facteur de blocage : le coût d’achat et d’installation de plusieurs centaines de m² de panneaux photovoltaïques en toiture s’élève à plusieurs centaines de milliers voire un million d’euros.

L’appui des régions et des chambres d’agriculture

Afin de profiter de ce potentiel de production d’électricité et lever les obstacles administratifs et financiers, des coopérations se sont développées entre les exploitants agricoles et d’autres acteurs locaux, notamment les chambres d’agricultures et les régions : nombres d’entre elles ont mis en place des dispositifs d’accompagnement aux exploitants agricoles voulant équiper leurs bâtiments de panneaux photovoltaïques. Cet accompagnement peut prendre la forme :

  • D’actions d’informations auprès des agriculteurs sur les possibilités offertes par le photovoltaïque (évolutions réglementaires, technologiques, etc.).
  • D’actions de formation sur le montage de projet photovoltaïque.
  • D’appui dans les démarches administratives et dans le choix de l’installateur et du mode de financement.

Certaines chambres d’agricultures comme celle de l’Ariège vont même jusqu’à coordonner et mutualiser les projets des différents agriculteurs, en lançant des appels d’offres communs auprès des installateurs et en proposant un accompagnement tout au long du projet.

Des nouveaux bâtiments agricoles aux frais d’un tiers-investisseur 

La rentabilité des installations photovoltaïques sur des bâtiments agricoles amène de nombreuses entreprises et investisseurs extérieurs à financer la construction de telles structures, qu’ils mettent ensuite gratuitement à la disposition de l’agriculteur propriétaire du terrain tout en bénéficiant des revenus liés à la vente d’électricité. Après une durée définie dans le contrat (généralement une vingtaine d’années), l’investisseur remet ensuite de plein droit le bâtiment équipé à l’exploitant agricole qui bénéficie dès lors des revenus liés à la vente d’électricité. Ce mécanisme gagnant-gagnant permet à l’investisseur de dégager un revenu intéressant et à l’agriculteur de disposer d’un nouveau bâtiment à moindre frais.

Ainsi, les coopérations entre les différentes parties prenantes (agriculteurs, chambres d’agricultures, collectivités locales, entreprises d’installation, tiers-financeurs,…) permettent de surmonter la complexité des projets et représentent un levier important pour le développement de ces installations. Au vu de l’importante consommation d’énergie de certains bâtiments (locaux d’élevage, serres, ateliers laits) et la hausse du prix de l’énergie, la question qui se pose maintenant aux agriculteurs est celle de l’autoconsommation plutôt que de la vente de l’électricité produite.