Encore considérés il y a peu comme un phénomène de mode, les financements participatifs de type crowdfunding se placent aujourd’hui comme une véritable alternative aux financements traditionnels. Grâce à internet et aux multiples plateformes dédiées à ces services, mobiliser l’épargne des particuliers n’a jamais été aussi simple et rapide. Un nombre croissant de porteurs de projets d’énergie choisissent d’ouvrir leur financement aux citoyens par ce biais. Le crowdfunding, catalyseur de la transition énergétique ? Analyse.

 

Le crowdfunding, l’une des plus grandes révolutions financières de ces dernières années

Définition et état des lieux Le crowdfunding est un mode de financement qui permet de collecter des fonds auprès d’un large public en vue de financer un projet. Il s’appuie très majoritairement sur un système de plateformes en ligne qui jouent le rôle d’intermédiaires entre les porteurs de projets et les épargnants. Parmi celles-ci, My Major Company (première à voir le jour en France en 2007), Kiss Kiss Bank Bank, Ulule, Wiseed, BlueBees… Il y en aurait environ 140 en France, ce nombre étant en voie de stabilisation. En hypercroissance (+100% par an en moyenne), le marché du crowdfunding atteint en 2015 30 milliards d’euros dans le monde, dont environ 300 millions en France[1]. Plutôt que du crowdfunding, il serait plus juste de parler des crowdfundings. Généralistes, spécialisées sur un secteur ou une zone géographique (comme la bretonne gwenneg), à chaque projet et besoin sa plateforme. De quel type de financement s’agit-il ? Dons avec ou sans contrepartie, prêts rémunérés ou non, obligations, bons de caisse, royalties, actions…  Le crowdfunding peut prendre des formes si différentes qu’il n’est parfois pas évident de s’y retrouver en tant que particulier. Crowdfundings en prêts et en obligations restent largement majoritaires puisqu’ils concentrent aujourd’hui 70% des collectes. Un développement encouragé par des politiques publiques favorables Le crowdfunding a commencé à se développer en dehors de tout cadre légal. D’abord faite pour protéger les épargnants en assurant une qualité de prestation élevée des intermédiaires, la législation initiée en 2014 (via l’ordonnance sur la finance participative) tend à s’inscrire dans une politique de promotion de cet outil de financement. Les dernières mesures visent à élargir le périmètre d’intervention des plateformes et à assouplir le cadre réglementaire auquel elles sont soumises. À titre d’exemple, Emmanuel Macron a annoncé en mars dernier le relèvement du plafond de la levée de fonds possible sans publication de documents relatifs aux appels publics à l’épargne (de 1 à 2,5M€) ainsi que du plafond de prêt autorisé par personne (de 1000€ à 2000€ pour les prêts rémunérés)[2]. Aujourd’hui, les acteurs du secteur plaident pour une fiscalité plus favorable aux particuliers. Cela semble correspondre aux orientations de l’État : fin 2015, un geste fiscal permettant une déduction des pertes éventuelles liées aux prêts faits à des PME via des plateformes de financement participatif a été voté.  

 Le crowdfunding pour financer les projets d’EnR

Financer la transition énergétique grâce au crowdfunding En France, plusieurs plateformes se dédient au financement des projets d’énergies renouvelables. La première à voir le jour en 2012 fut Lumo, suivie par Enerfip, Lendosphère, ou encore Green Channel, dernière née en 2016 issue du groupe Engie. Selon les projets, les fonds collectés vont de quelques milliers à plusieurs centaines de milliers d’euros. S’il est une certitude, en dehors de toute bataille de chiffres sur le coût de la transition énergétique, c’est que le passage aux énergies vertes exige des investissements importants que l’État seul n’est pas en mesure de faire. En affirmant le principe d’une transition « par tous et pour tous », la loi TECV ouvre la voie à un financement citoyen de la transition. Le financement participatif des énergies vertes bénéficie en outre de nombreux avantages. Il permet d’impliquer pleinement les citoyens dans l’évolution du modèle énergétique et de leur faire bénéficier de ses retombées économiques. Pour les porteurs de projets, les campagnes de crowdfunding favorisent l’acceptabilité des projets, ou comme lui préfère le fondateur de Lumo Alexandre Raguet, leur désirabilité. Rappelons que l’épargne des français est considérable et que nombreux sont ceux qui aimeraient la reprendre en main en favorisant les circuits courts et les projets à impacts social et environnemental positifs. L’investissement dans des projets d’énergies renouvelables, placement souvent peu risqué et bien rémunéré (entre 3 et 8% brut selon les projets pour les prêts), peut répondre à ce souhait. Le crowdfunding pour une énergie citoyenne[3], un leurre ? L’usage du crowdfunding pour financer les projets d’EnR suscite malgré tout quelques réserves. La première concerne l’approche locale de la transition énergétique et son apparente incompatibilité avec le développement du crowdfunding. D’un côté, les projets d’énergie renouvelables participatifs tendent à s’inscrire dans un territoire en impliquant les parties prenantes dans la définition et la réalisation du projet. De l’autre, une plateforme comme citizenergy[4] offre désormais la possibilité de financer un projet à l’autre bout de l’Europe, y compris en l’absence de lien entre les investisseurs et le territoire concerné. Dès lors, comment concilier cet idéal de projet citoyen, qui inclue un financement par les locaux, avec les exigences du crowdfunding qui, pour être efficace, doit élargir sa base d’investisseurs potentiels ? La solution se trouve peut-être dans le choix de certaines plateformes d’encourager l’investissement local via l’établissement de taux bonifiés, ou via l’ouverture exclusive du début des campagnes aux investisseurs locaux. La seconde réserve concerne la place accordée aux citoyens dans les projets par le seul usage du crowdfunding. Jusqu’à présent, la quasi-totalité des porteurs de projets d’EnR qui ont fait appel à des plateformes l’ont fait pour financer leur dette (sous forme d’obligations, de prêts ou de bons de caisse). Or, cette forme de financement ne donne aucune place dans la gouvernance des projets. En tant que futur investisseur, il est essentiel de s’assurer que les projets sont cohérents avec les valeurs que l’on souhaite porter. La plateforme Lumo a pour cela mis en place une charte. Elle garantit aux investisseurs que les projets qu’ils soutiennent respectent certains critères tels que la transparence ou l’ancrage local. Le crowdfunding, quand il concerne un financement de la dette , ne doit donc en aucun cas être considéré comme l’unique mode de financement participatif des énergies renouvelables. Il doit être perçu comme un complément utile à d’autres modes de financement qui eux permettent aux citoyens et collectivités de prendre part, directement ou indirectement, à la gouvernance des projets. Energie Partagée Investissement (EPI) par exemple, est un fond d’investissement pour les EnR auquel n’importe quel particulier peut souscrire. EPI entre au capital des projets, participe à sa gouvernance, et en garantit la maitrise citoyenne.   Nouveaux produits, nouvelles idées, le secteur du crowdfunding est en pleine effervescence[5]. Financement rapide et efficace pour les porteurs de projets, moyen d’engager son épargne simplement pour les particuliers, il est promis à un bel avenir dans l’énergie. De plus en plus utilisé, il pourrait rapidement devenir une constante dans les montages financiers des projets d’EnR. Aujourd’hui complément des banques, certains pensent qu’il pourrait même finir par s’y substituer. Aucun doute : le crowdfunding  est un véritable atout pour la transition énergétique. Attention toutefois si par transition nous entendons changement de paradigme vers une énergie citoyenne… Alors, prêts à investir ?     [1] http://financeparticipative.org/barometre-du-crowdfunding-2015/ [2]http://www.challenges.fr/finance-et-marche/20160329.CHA6934/comment-macron-veut-secouer-le-crowdfunding.html [3] Pour la définition de l’énergie citoyenne, voir Energie Partagée [4] Citizenergy est un site cofinancé par l’Union Européenne qui regroupe les projets de différentes plateformes partenaires. L’objectif est de développer les investissements transfrontaliers dans les énergies renouvelables. Elle permet notamment d’aider au financement de projets de plus grande ampleur (le montant de certaines collectes dépasse 4M€) [5] Lumo vient par exemple d’intégrer l’incubateur ElectricCChain et s’apprête à distribuer des Solarcoins à ses investisseurs pour chaque MWh d’énergie solaire produit