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Plateforme de Données Urbaines : quelle place pour les énergéticiens ?

La collecte et l’analyse des données urbaines constituent des enjeux majeurs pour les acteurs publics qui souhaitent évaluer et optimiser les politiques menées sur leur territoire, tout en répondant au désir de leurs citoyens qui demandent toujours plus de transparence et souhaitent agir pour la vie de la collectivité. La mise en place de plateformes dédiées, encouragée par une législation toujours plus poussée en matière d’open data (Loi NOTReloi LEMAIRE), est aujourd’hui un véritable challenge pour les collectivités.

Dans ce contexte, les énergéticiens, qui ont un accès privilégié à de nombreuses données utilisateurs, souhaitent prendre le train en marche afin de devenir eux aussi acteurs sur ces nouvelles plateformes de données urbaines. Pour cela, ils devront répondre à différentes questions que nous nous proposons de mettre en lumière dans cet éclairage.

Une plateforme de données urbaines c’est quoi et ça sert à quoi ?

Depuis quelques années, nous assistons à la massification des données liée à la numérisation et à la digitalisation de l’information. Les données sont partout et représentent une opportunité incroyable pour les collectivités et autres délégataires de service public puisqu’ils peuvent désormais les publier à des fins de valorisation : c’est ce qu’on appelle l’Open Data. Récemment, les mouvements d’Open Data se sont multipliés en France, notamment grâce à la législation française (loi Nouvelle Organisation Territoriale de la République / Loi pour une République Numérique) qui est venue renforcer le pouvoir des collectivités tout en les obligeant à ouvrir leurs données publiques et leurs données d’intérêt général si elles comptent plus de 3500 habitants.

Cet accès facilité aux données a permis l’émergence des plateformes de données urbaines (PDU). Une PDU est une plateforme de services (web, mobile etc.) mettant à disposition de tous, des données croisées, transformées et valorisées via un design d’interface et une architecture adaptés. Les données des PDU couvrent les grands domaines d’intervention d’une collectivité : mobilité, énergie et ressources, éducation, santé etc. Leur exploitation a pour but d’améliorer le quotidien des citoyens de façon mesurable, bénéfique et durable en impliquant chaque acteur de la collectivité. Les PDU ne sont donc pas uniquement des plateformes Open Data : elles vont plus loin tout en reposant sur l’Open Data.

Domaines d’activité clés d’une collectivité :

Schéma des différents enjeux d'une collectivité

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Avec les PDU, les collectivités répondent aux demandes de performance et de transparence exprimés par les citoyens à l’égard des décisions politiques, en adressant 3 enjeux majeurs :

  1. Piloter la performance interne sur l’ensemble de leurs domaines d’activité clés, l’objectif final étant bien sûr une amélioration tendancielle des indicateurs de performance (économies budgétaires, diminution du taux de criminalité etc.). Par exemple, grâce à City Score, le maire de Boston peut désormais piloter les indicateurs clés de performance de sa ville en temps réel à l’aide d’un tableau de bord. Boston étudie également l’impact de nouvelles mesures politiques telles que la priorisation des bus aux feux rouges ou l’augmentation du montant de certaines contraventions, sur l’évolution des bouchons grâce à l’utilisation des données de Waze.
  2. Permettre une plus grande transparence des pouvoirs publics vis-à-vis de leurs citoyens : la ville de Chicago a par exemple lancé OpenGrid, pour permettre aux citoyens et entreprises d’obtenir des informations clés sur leur quartier et les évènements majeurs qui s’y produisent. Avec OpenGrid, Chicago se pose un peu plus en leader de l’utilisation de l’Open Data au service de ses résidents.
  3. Dynamiser le tissu économique local: en ouvrant leurs données, les collectivités facilitent le travail des entreprises et start-up qui peuvent les utiliser à des fins commerciales. Singtel, géant des télécommunications asiatique, a par exemple utilisé les données anonymisées de géolocalisation issues des téléphones de ses abonnés afin de déterminer les lieux de passages les plus fréquentés. Ceci avait pour but de mieux penser la localisation des lieux de ventes, le rayonnage des magasins ou la gestion des flux dans les gares de Singapour.

Les PDU, vraie valeur ajoutée pour les collectivités dans l’atteinte de leurs objectifs, font toutefois émerger de nouveaux risques. En effet, l’accès instantané aux données soulève une crainte des citoyens quant au respect de la vie privée. Il est donc nécessaire pour les gouvernements locaux de mettre en place une réglementation adaptée afin de protéger face à une transmission d’informations qui se produit « à l’insu » des citoyens. La création, mais surtout l’application, d’une réglementation adaptée devra nécessairement passer par une défragmentation de l’organisation des gouvernements qui devront adopter une vision et un mode de fonctionnement plus transverses.

En France et à l’étranger, on en est où ?

En France, nos 14 métropoles se sont toutes lancées dans l’Open Data. En revanche, les initiatives de PDU sont plus limitées comme le montre l’état des lieux des initiatives Open Data et PDU que nous proposons ci-dessous (cliquez sur le tableau pour l’agrandir) :

Tableau d'état des lieux des initiatives Open Data et PDU des 14 métropoles en France.

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Leader d’après notre analyse, Nantes Métropole a su mettre en place l’une des premières PDU (« Nantes dans ma poche ») capable d’adresser une grande majorité des enjeux décrits précédemment. Mais de nombreuses autres solutions se développent aussi sur notre territoire. De plus en plus d’éditeurs de solution mettent à disposition des plateformes de données et portails Open Data clés en main permettant aux divers acteurs de publier, d’échanger et de valoriser leurs données de manière simple et sécurisée (OpenDataSoft, IntentTechnologies par exemple). Bittle et Toucan Toco, mettent quant à eux à disposition des interfaces simples et intuitives, indispensables à la création d’une PDU. Enfin, Dawex se penche sur l’économie de la donnée et propose de réaliser des transactions de données gratuites ou payantes, d’évaluer la qualité des données et de paramétrer les droits d’utilisation de ces données en toute sécurité. Mais l’initiative de PDU la plus poussée reste malgré tout celle d’ENGIE & Suez Environnement qui va encore plus loin en proposant un véritable outil d’aide au pilotage des collectivités avec Cit’ease.

Même si les collectivités françaises sont en avance sur le plan international, elles demeurent en retard par rapport à certaines villes pionnières américaines comme New-York, San Francisco, Boston ou Chicago qui disposent déjà toutes de Data Chief Officers au sein de leur gouvernement, et d’un nombre impressionnant de jeux de données. Le tableau que nous proposons  ci-après répertorie quelques exemples de PDU mises en place par de grandes villes des États-Unis et met en évidence la variété des domaines adressés par ces PDU (source : étude réalisée par La Fabrique de la Cité).

Tableau du benchmark des initiatives PDU à l'international

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Quelle place pour les énergéticiens dans les PDU ?

D’après l’UNEP (United Nations Environment Programme), les villes consomment aujourd’hui 75% des ressources mondiales alors qu’elles n’occupent que 3% de la surface terrestre. Elles génèrent également 50 à 80% des émissions de gaz à effet de serre et la moitié des déchets à l’échelle mondiale. Les collectivités ont donc des enjeux poussés sur les problématiques d’énergies et de management des ressources : devenir une smart city n’est plus une simple option mais une nécessité qui pousse les collectivités à collaborer avec les énergéticiens qui doivent désormais jouer un rôle majeur dans la mise en place des PDU. Cependant, pour devenir acteurs des PDU, les énergéticiens doivent au préalable répondre à plusieurs questions qui restent en suspens :

  1. Quel rôle jouer ?

On peut envisager que les données fournisseurs, des transporteurs et des distributeurs soient accessibles selon les besoins et objectifs des collectivités. La question du maillage des données rendues publiques devra quant à lui respecter la réglementation afin de protéger les citoyens. Dans ce cadre réglementaire, les données fournies devront également à tout prix être anonymisées. De plus, elles ne devront pas seulement être délivrées de façon brute mais nettoyées et transformées afin d’en tirer un maximum de valeur. Concernant l’analyse et la mise en forme des données via les PDU, le rôle des énergéticiens est moins évident. En effet, une analyse réalisée directement par l’énergéticien pourrait remettre en question certaines performances de la collectivité et donc créer quelques irritants. Il semble donc que cette analyse soit à mettre entre les mains des collectivités, ou d’un acteur tiers pour garantir plus d’objectivité.

  1. Quelles doivent être les conditions de réalisation concrètes pour s’intégrer dans une logique de publication des données ?

Une des options pourrait être la mise en place d’une plateforme unique pour tous les énergéticiens (gérée par exemple par un tiers de confiance) afin de consolider, en un même endroit, un maximum de données différentes dans le but de les qualifier, d’en tirer de la valeur et de les fournir plus facilement aux citoyens. Des recoupements plus efficaces pourraient également être initiés. On peut même envisager la mise à disposition d’un catalogue de données à destination des collectivités.

  1. Quelle gouvernance mettre en place ?

En interne, la gouvernance et le pilotage pourront se faire à la fois avec la DSI pour sécuriser l’accès aux données, avec les services juridiques mais également avec la Direction Générale afin de mettre en place des cycles de décision courts tout en gardant une vision stratégique. À l’externe, il est nécessaire d’impliquer l’ensemble des parties prenantes (délégataires de service public, associations, start-up, citoyens etc.) pour plus de légitimité ; de travailler avec le tissu économique local mais également d’intégrer les décisions politiques des métropoles dans la stratégie de publication des données afin de l’adapter. Pour cela, des partenariats forts doivent être créés notamment avec ces acteurs économiques et publics, notamment avec les prestataires de la collectivité qui possèdent de nombreuses données qu’il peut être intéressant de récupérer et d’utiliser. Ceci soulève également un point qui reste encore en suspens : qui possède la donnée ? La collectivité doit-elle être l’unique souveraine ou les énergéticiens doivent-ils conserver la propriété des données qu’ils publient ?

  1. Quel business model adopter ?

La question du financement lors de la publication des données est un point crucial, d’autant plus que le principe même de l’Open Data réside dans la gratuité. Puisque la réglementation rend désormais obligatoire la publication d’un certain nombre de données, le but ici serait d’atteindre l’équilibre budgétaire plutôt que de réaliser du profit. Si les données sont fournies brutes (mais à minima nettoyées), elles devront être livrées gratuitement. Les données transformées fournies aux collectivités pourront quant à elles être rendues payantes, mais il reste cependant à déterminer de quelle façon. Le paiement en fonction du nombre de requêtes sur une période de temps donnée peut être une première piste. L’instauration d’une taxe payée par les collectivités pour accéder aux données transformées des énergéticiens pourrait également être étudiée. Enfin, les énergéticiens pourraient également trouver des sources de financement grâce à des partenariats privés.

Conclusion

Les Plateformes de Données Urbaines permettent de connecter l’ensemble des parties prenantes des collectivités entre elles, des politiques jusqu’aux citoyens acteurs de leurs villes, en passant par l’ensemble des acteurs économiques. Ces plateformes qui permettent une amélioration des performances des métropoles nécessitent cependant une adaptation organisationnelle et réglementaire afin de parer aux différents risques qui en découlent. De nombreux points restent donc encore à construire et les énergéticiens doivent saisir l’opportunité de participer à cette construction : la place accordée aux énergéticiens dans les PDU sera déterminante pour les citoyens et le tissu économique des collectivités, mais ils doivent avant tout mettre en place un solide business model autour de la donnée et de sa gouvernance.

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