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[Conférence France Stratégie] Les usages de la blockchain 2.0 dans l’énergie

Le jeudi 9 mars, nous avons eu l’opportunité d’assister à une table ronde organisée par France Stratégie autour de la blockchain, ses enjeux et les obstacles qu’elle rencontre dans le secteur de l’énergie. Pierre Paperon (fondateur de l’Observatoire Blockchains des Energies) était le principal intervenant de cette conférence.

Compte-rendu d’une matinée riche en enseignements.

Vers une blockchain 2.0

Initialement, la blockchain permet de sécuriser des transactions par le chiffrement des données et de faciliter les échanges en supprimant les tiers de confiance entre de multiples utilisateurs. De ce fait, elle permet de faire des échanges directement de pair à pair (peer-to-peer) et donc de se passer de plus en plus d’intermédiaires durant les transactions.

Cette blockchain 1.0 se développe aujourd’hui et ses champs d’action s’élargissent. A un niveau de maturité naissant, on parle alors de blockchain 2.0. Mais quelles sont ses fonctions concrètement ?

La blockchain 2.0 intègre les “smart contracts” ou “contrats à exécution automatique” qui sont des clauses programmées pour exécuter des actions spécifiques. Le contrat est prédéfini à l’avance sous forme de code informatique par les deux parties. Lorsque les conditions spécifiées dans le contrat sont remplies, la transaction est réalisée automatiquement par la blockchain sans intervention humaine. Il est important de noter que les smart contracts ne peuvent pas être modifiés a posteriori de leur implémentation sur la blockchain. Il est donc crucial de s’assurer que le contrat ne comporte pas de faille exploitable par un acteur malveillant. Ce genre de faille a notamment été exploitée lors du hack de The DAO[1].

Quels cas d’usage dans le secteur de l’énergie ?

La disparition des tiers de confiance fait de la blockchain une technologie prometteuse en faveur de la décentralisation de l’industrie de l’énergie. Cette décentralisation englobe l’ensemble des acteurs actuels, en réinstaurant cependant une dynamique locale plus forte. Les usages de la blockchain sont particulièrement pertinents pour deux aspects de la gestion de l’énergie : la production et le stockage.

Revue des principaux use-cases envisagés de la blockchain dans le secteur de l’énergie :

  • Production d’énergie

L’achat d’électricité se fait généralement via un fournisseur qui agit comme instance centrale de gestion de la production et de la consommation. Les échanges à une échelle locale seraient facilités par l’utilisation d’une blockchain : les producteurs, rémunérés par des jetons convertibles en crypto-monnaie ou en « crédits énergie » seraient directement en contact avec les consommateurs. Ce système est d’ores et déjà mis en place dans le quartier de Brooklyn à New York. L’optimisation de l’utilisation de batteries domestiques est aussi envisagée.

De la même façon que pour l’électricité, des réseaux de gaz locaux pourraient voir le jour grâce à la blockchain (apparition d’un crypto-m3).

  • Conversion énergétique

Lors d’un pic de production d’électricité (qui a pour effet de déstabiliser le réseau), l’énergie excédante peut être utilisée afin de chauffer de l’eau ou de produire du gaz (power-to-gaz). Ce surplus d’énergie pourrait être géré par une blockchain et un smart contract : en cas de pic de production, une installation serait automatiquement redirigée vers un circuit de chauffage ou de production de gaz.

  • Gestion des déchets

L’utilisation de nano-méthaniseurs est également très prometteuse : ceux-ci se mettraient automatiquement en marche en cas de forte demande en gaz. Ces nano-méthaniseurs pourraient être installés chez des particuliers (10 kg de compost produisent 5 m3 de méthane). Un système de récompense pourrait également être mis en place à l’échelle d’une commune : les citoyens participant au tri sélectif seraient récompensés par une crypto-monnaie convertible en devise réelle ou en crédits énergie.

Si la blockchain a dans un premier temps attiré l’attention des acteurs du secteur financier, ses apports dans l’énergie sont aussi conséquents. Elle pourrait constituer un véritable vecteur de développement de la décentralisation du marché énergétique et instaurer un fonctionnement sans tiers de confiance qui privilégie les économies locales. Cela pourrait s’avérer particulièrement dangereux pour certains grands acteurs actuels (notamment les fournisseurs).

De nouveaux acteurs et une nouvelle chaîne de valeur

De nouveaux acteurs apparaîtront avec l’émergence de la blockchain. En effet, une mise en commun des ressources à travers un troc 2.0 est envisageable.

La question de la souveraineté de la blockchain est donc cruciale : le statut de l’opérateur (privé, public) et son rôle précis dans la gestion du registre partagé sont à définir. Il devra notamment s’assurer de l’adossement des crypto-monnaies à des monnaies réelles (cf. Tramonex Ltd au Royaume-Uni, qui adosse une quinzaine de crypto-monnaies au pound) et du bon fonctionnement de la blockchain.

Quid de la législation ?

Outre la question des opérateurs, de nombreuses interrogations émergent en termes de législation.

La première concerne l’encadrement juridique de la blockchain car à ce jour, aucune loi ni norme n’existent à son sujet. Il existe donc un vide juridique qui représente une menace dans la mesure où les limites – contraintes à son exploitation ne sont pas fixées. Pour pallier ce vide, l’évolution jurisprudentielle est capitale. De plus, de nombreux enjeux métiers apparaissent : qui doit s’assurer de la conformité de la blockchain d’un point de vue juridique ? Le juriste deviendra-t-il développeur ou le développeur deviendra-t-il juriste ? Enfin, il y a également un enjeu lié à la propriété industrielle. Il est important de souligner que nous assistons aujourd’hui à la montée du « patent trolling[3] », notamment aux Etats-Unis. Cela nous amène donc à nous poser la question suivante : devons-nous déposer des brevets pour éviter d’être bloqués par la suite ou pour innover ?

La technologie blockchain à un niveau industriel n’étant pas encore assez mature, ces quatre grandes questions demeurent aujourd’hui sans réponse. Cependant, nous devons nous y intéresser dès aujourd’hui afin de préparer le futur de la blockchain en France.

Conclusion

La blockchain est une technologie qui suscite de nombreux débats et sur laquelle les avis divergent. Apporte-t-elle plus de souplesse dans les échanges ou plus de complexité ? Quel est son coût ? Est-elle si avantageuse pour tous les secteurs et cas d’usages ?

La blockchain est vouée à se répandre – notamment dans le secteur de l’énergie – et il y a de nombreuses opportunités pour la France car notre futur sera rempli d’objets connectés. Il est crucial pour la France de prendre le virage blockchain avant que d’autres pays ne se l’approprient. La Chine est en position de précurseur : elle héberge plus de 50% de la puissance de calcul du bitcoin, envisage la création d’une crypto-monnaie adossée au yuan et a explicitement inscrit la blockchain dans son plan quinquennal. Les Etats-Unis, quant à eux, n’ont pas encore pris de mesures importantes. En revanche, la France semble prendre le virage : le 13 juillet 2016, la CRE a publié une ordonnance à propos de l’autoconsommation qui se projette vers une réglementation pour la blockchain.

[1] Pour plus d’informations au sujet de The DAO, voir : http://www.coindesk.com/understanding-dao-hack-journalists/

[2] Le patent trolling est la pratique d’un groupement d’avocats déposant un grand nombre de brevets non exploités, en vue d’empêcher toute autre entreprise souhaitant utiliser une technologie en lien avec ce brevet et n’en disposant pas, de développer sa solution. Il existe donc une menace, notamment américaine, si l’on souhaite se développer sur la blockchain sur le volet de la propriété industrielle.

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