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L’IoT industriel : comment passer des expérimentations aux projets d’envergure ?

En 2016, les grands comptes ont réalisé de nombreux POC et expérimentations IoT… mais encore peu de projets d’envergure ! Difficulté à trouver un ROI, complexité du passage à l’échelle des technologies, freins à l’adoption sur le terrain : les écueils sont nombreux. En 2017, comment passer enfin aux déploiements ambitieux ? Découvrez les bonnes pratiques confiées par trois entreprises engagées dans l’industrialisation lors d’une table ronde animée par Jean-Baptiste Blondel, Senior Manager chez Wavestone, lors du SIDO à Lyon le 6 avril dernier.

Le déploiement de l’IoT : une réalité récente au sein des grands comptes

Chaque jour, les techniciens d’ENEDIS (ex-ERDF), le distributeur d’électricité, déploient 17 000 compteurs intelligents Linky chez les clients particuliers : le déploiement massif d’IoT est un défi d’actualité ! Lancé fin 2015, le programme Linky a déjà posé 3 millions de compteurs, et le rythme doit s’accélérer pour atteindre 35 000 compteurs par jour fin 2017. Comme le souligne Emmanuel Jean, Directeur Adjoint du Programme Numérique, « le doublement du rythme de déploiement doit s’effectuer tout en garantissant les délais, les coûts et la sécurité aussi bien des agents que des données de comptage ». Au-delà du compteur intelligent, ENEDIS s’attache à préparer l’avenir et sollicite l’ensemble de ses collaborateurs à imaginer les projets IoT de demain, au travers d’un programme d’innovation participative et de hackathons. Des milliers d’idées à trier puis à expérimenter, comme la télé-surveillance des inondations dans les postes sources par la mise en place d’une modélisation des crues, modélisation qui pourrait être réutilisée par les collectivités locales. L’enjeu est de taille : un seul poste source coûte plusieurs millions d’euros.

Qu’en est-il dans le secteur du transport ? « Nous avons déployé depuis Septembre 2015 des capteurs dans les aéroports de Roissy et du Bourget, afin d’améliorer le monitoring des bâtiments et la géolocalisation d’objets tels que les containers à bagages », indique Soline Olszanski, Directrice Stratégie & Innovation chez Hub One, filiale d’Aéroport de Paris. Hub One déploie également son offre IoT au-delà des aéroports parisiens auprès de professionnels d’autres secteurs, pour améliorer le suivi de leurs processus opérationnels comme par exemple le maintien de la chaîne de froid logistique. Comment identifier les potentiels de valeur et les transformer en projets d’envergure ? Il n’y a pas de secret, il faut être en mesure de descendre en profondeur dans les cas d’usages métier et le meilleur moyen est de le faire en co-design avec les utilisateurs !

Enfin, dans le ferroviaire, Emmanuel Cox, Program Manager IoT nous précise le plan ambitieux lancé par le groupe SNCF en avril 2016 : 12 programmes IoT ont été lancés sur la thématique de la maintenance ferroviaire : immeubles, gares, voies, signalisation, alimentation électrique, matériels roulants… Tous ces actifs sont concernés pour un coût total de maintenance de plusieurs dizaines de millions d’euros par an ! « Parmi les 12 programmes, la moitié partent en industrialisation cette année », précise-t-il. Pour réussir l’épineux passage à l’industrialisation, il est indispensable, dès la phase d’expérimentation de réfléchir à la transformation profonde du business model et ne pas se contenter de tests technologiques associés à des cas d’usages trop spécifiques.

Industrialiser l’IoT oui, mais comment choisir les partenaires technologiques ?

L’IoT est un domaine en plein foisonnement où chaque jour apparaissent de nouveaux acteurs et technologies : le SIDO en est un exemple illustratif avec plus de 250 exposants et 100 startups cette année. La technologie est ainsi un véritable levier de développement… mais également un obstacle ! Pas de standards véritablement établis, et un risque non négligeable de choisir une technologie qui ne survivra pas dans la durée : dès lors, comment choisir ses partenaires technologiques en minimisant les risques ?

En premier lieu, il s’agit de se connecter à l’écosystème d’innovation : startups bien entendu, mais également grands industriels. Au-delà des programmes d’open innovation, les grands comptes vont plus loin. La SNCF a ainsi été parmi les premières entreprises à s’installer directement à Labège, au cœur même de l’IoT Valley toulousaine. La proximité des équipes avec les startups locales facilite l’appropriation de la technologie au sein de l’entreprise et cultive la créativité des équipes terrain. « Nous sommes en train de répliquer cette approche projet locale à Nantes et à Lyon », nous explique Emmanuel Cox.

Autant les petites entreprises souples et réactives sont bien placées pour accompagner les grands comptes dans les phases d’idéation et d’expérimentations, autant leurs capacités de déploiement national et de service après-vente risquent de faire défaut pour le passage à l’échelle sur des grandes séries. « Comment créer une alchimie entre la startup initiale et l’industriel qui va accompagner le déploiement ? C’est clairement un modèle en cours de construction, où à la fois le facteur humain et les politiques d’achats vont jouer », souligne Emmanuel Cox.

Le développement de compétences internes est également mis en œuvre. C’est le cas d’ENEDIS, qui a tiré parti du programme Linky pour construire des bancs d’essais et se gréer en compétences électrotechniques. « Ces bancs d’essais nous permettent à la fois de développer en propre des capteurs IoT, et de challenger les produits du marché sur la base de spécifications », explique Emmanuel Jean. Plus largement, le distributeur d’électricité a développé en interne toute une chaine IoT avec sa propre plateforme SmartConnect, qui soutient ses POC et expérimentations. En termes de connectivité, l’objectif est de s’appuyer sur les deux grandes solutions du moment Sigfox et Lora en fonction de la couverture locale, à l’image d’un déploiement régional de Sigfox sur l’ensemble de la région Midi Pyrénées.

De son côté, Hub One fait le pari du développement d’une industrie de masse sur les capteurs IoT : « Il y a 1 ou 2 ans les capteurs valaient 300€, désormais les prix sont descendus aux alentours de 30€, et nous nous attendons à une poursuite de cette tendance avec des capteurs autour de quelques euros dans les années à venir. C’est indispensable pour atteindre un ROI dans le cas de projets IoT de milliers de capteurs », explique Soline Olszanski. Pour connecter les capteurs à la plateforme de traitement des données, Hub One a fait le choix de l’alliance Lora : un écosystème ouvert et foisonnant soutenu par de grands acteurs, gage de pérennité. C’est sur la visualisation des données qu’Hub One a choisi de développer des compétences internes, afin de faire évoluer sa solution de façon agile en fonction des besoins clients. La prochaine étape ? Au-delà de la visualisation des données, développer une plus forte intégration avec les systèmes industriels notamment SCADA, et ainsi permettre une boucle de réaction : un potentiel de valeur important !

L’IoT engendre une transformation profonde des métiers : comment préparer et conduire ce changement ?

Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas au niveau des agents du terrain que les freins sont les plus importants. La transformation de leurs activités est bien sûr structurante, mais elle est accueillie de façon relativement favorable : la technologie est porteuse de sens car elle permet de réduire les tâches fastidieuses (astreintes, tournées…) et recentrer les activités sur des tâches à plus forte valeur ajoutée.

Le constat est partagé entre ENEDIS et la SNCF : c’est au niveau du middle management que les freins à l’adoption sont les plus importants. Avec le déploiement de l’IoT combiné aux solutions de mobilité, le chef d’équipe ressent une véritable désintermédiation car il dispose de moins de leviers sur l’organisation et l’ordonnancement des tâches. Avant, il transmettait directement les ordres d’interventions à ses équipes et leur redistribuait les informations de l’entreprise. Désormais, ses collaborateurs reçoivent leurs ordres de tournées directement sur leur mobile, accèdent aux informations de l’entreprise en temps réel, et peuvent collaborer et échanger leur expertise de façon horizontale. Le chef d’équipe voit ainsi son rôle évoluer vers un rôle de coach : c’est une transformation managériale profonde qui va prendre plusieurs années !

Enfin, il est crucial de bien amorcer cette transformation dès la phase d’expérimentation, notamment en donnant aux agents du terrains et aux chefs d’équipe des éléments de preuve sur les bénéfices de cette transformation.

Finalement, quel avenir pour l’IoT ?

Indéniablement, l’IoT donne à voir des promesses alléchantes : amélioration de la performance, meilleure qualité de service, développement de nouveaux services… Pour capter ces potentiels de valeur et transformer les expérimentations en projets d’envergure, retenons plusieurs bonnes pratiques comme co-construire les cas d’usages en profondeur avec les clients, réussir l’alchimie entre startups et industriels, et bien prendre en compte le middle management dans la conduite du changement.

Et vous, quelle bonne pratique conseillez-vous pour réussir le passage à l’industrialisation ? Vos commentaires sur cet article sont les bienvenus.

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