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[Interview] Tiko, une offre innovante de stockage énergétique pour les particuliers

Alors que l’autoconsommation énergétique commence à émerger en France, notamment grâce à la mise en place depuis mai 2017, d’un dispositif réglementaire simplifié et incitatif, d’autres pays européens ont déjà sauté le pas. C’est le cas de la Suisse et de l’Allemagne pour lesquels l’autoconsommation est légale depuis respectivement 2014 et 2009. Ces décisions font suite au choix d’une sortie du nucléaire (2022 pour l’Allemagne et 2035 pour la Suisse). L’essor des Énergies Renouvelables (EnR) intermittentes pour combler le vide laissé par le nucléaire provoque des contraintes d’équilibrage du réseau. Cela implique de trouver des moyens de gestion décentralisés plus « intelligents » et « collaboratifs » des flux électriques tout en réduisant les consommations d’énergie. Un levier important pour réussir cette transition est de travailler sur les consommations électriques du résidentiel et du secteur tertiaire qui représentent une part croissante des consommations électriques en Europe.

Ce constat posé, quelles sont les solutions présentes sur le marché pour répondre à ces problématiques ? Pour répondre à cette question nous avons interviewé Jeremy Giorgini, responsable technique chez Tiko. Il nous a fait le plaisir de répondre à nos questions sur la nouvelle offre « Tiko Storage » et sur sa vision du marché de l’énergie électrique.

#IA #Virtualpowerplants #Suisse #autoconsommation

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur Tiko et votre offre Tiko Storage ?

Tiko est né en 2012 d’une réflexion entre employés de Swisscom sur l’application des technologies télécom pour optimiser les consommations d’énergie. Swisscom a été rapidement rejoint en 2013 par Repower, principal fournisseur d’énergie dans le sud-est de la Suisse. Cette rencontre combine le monde des télécoms et celui de l’énergie pour créer une offre de solutions innovantes capable de répondre aux enjeux d’intermittence des EnR et à leur impact sur la stabilisation du réseau. Tiko se positionne comme une interface technologique entre le distributeur ou gestionnaire du réseau, le fournisseur et le consommateur. L’entreprise a récemment gagné le « Swiss Entreprise Awards » dans la catégorie « Leading Expert in Energy ».

La première offre développée par Tiko permet de relier à une «centrale virtuelle» ou en anglais « Virtual Power Plant » (VPP) les systèmes de chauffages électriques des particuliers, tels que les pompes à chaleur, les chauffages à accumulation de nuit et les chauffe-eau. Tiko peut coordonner l’activation ou la désactivation à court terme des installations connectées et réaliser de l’effacement énergétique sans altérer le confort des occupants. Cette offre est opérationnelle sur le marché français en marque blanche pour Direct Energie. Par la suite l’offre a évolué pour intégrer l’autoproduction photovoltaïque (offre TikoSun).

Récemment Tiko s’est associé à Sonnen, leader européen de fabrication de batteries stationnaires pour le résidentiel, afin de créer l’offre « Tiko Storage ». Celle-ci complète l’offre existante de réseau d’accumulation en ajoutant un élément essentiel de stockage : une batterie Li-ion garantie 10 ans.

Comment fonctionne la solution Tiko storage et quels sont ses avantages ?

Plusieurs offres de stockage associées à des panneaux photovoltaïques font leur apparition depuis peu. On pense inévitablement au Powerwall de Tesla ou à la solution Xstorage de Nissan. L’innovation de Tiko tient dans  le pilotage de la batterie Sonnen connectée aux équipements de la maison qui sont eux même pilotés pour optimiser leur consommation. L’énergie solaire lorsqu’elle n’est pas consommée, est stockée et si le soleil fait défaut la batterie peut prélever de l’électricité sur le réseau lorsque celle-ci est moins chère. La solution Tiko permet de passer d’une capacité d’autoconsommation de 30% en moyenne (batterie+ PV) à plus de 80%.

L’intérêt de la solution est aussi sa caractéristique « collaborative ». En effet les clients du réseau Tiko profitent d’un « marché virtuel » de l’énergie. Les algorithmes développés par Tiko permettent d’équilibrer l’offre et la demande d’électricité en temps réel en activant ou désactivant les équipements des membres du réseau. En contrepartie de la flexibilité du client celui-ci reçoit chaque année une rétribution pouvant aller jusqu’à 215 €. Toutes les formes d’effacement sont rémunérées, le réglage en fréquence (réserves primaires et secondaires), le NEBEF (effacement), les modes économie d’énergie pour les pompes à chaleur et chauffe-eau. La philosophie est que plus il y a de clients interconnectés plus il y aura des répercussions à la baisse sur la facture du client.

L’avantage est aussi perçu par les distributeurs et gestionnaires du réseau d’électricité. Le pool de consommateurs équipés de la solution Tiko est d’avantage flexible et permet de lisser l’équilibre production – consommation  en absorbant des pics de production éolienne par exemple.

 

L’offre est-elle dédiée exclusivement aux maisons individuelles ou est-elle adaptable à un habitat collectif ?

L’offre est pour le moment exclusivement dédiée à l’habitat individuel. Nous réfléchissons au développement d’une offre pour l’habitat collectif, mais celle-ci implique une plus grande complexité de mise en œuvre.

Comment vous différenciez-vous de vos concurrents sur le marché de la fourniture d’énergie collaborative en Europe et en France ?

Des solutions de « smart metering » similaires à celle de Tiko existent pour le secteur industriel. L’offre Tiko de microgrid pour les particuliers est cependant unique en son genre par sa maturité et la quantité de charges interconnectées. Elle permet de délivrer des services rapides tels que le réglage de fréquence à la seconde, certifiés par RTE et SwissGrid. Les seules initiatives se rapprochant sont pour la grande majorité des projets pilotes qui n’ont pas encore atteint le stade de l’industrialisation. Tiko a depuis trois ans conçu, développé et industrialisé des solutions de services auxiliaires aux distributeurs, de « smart metering » et « virtual power plants » et n’a pas de véritable concurrent sur marché.

L’offre de stockage est actuellement disponible en Allemagne et en Suisse et vous comptez la déployer en France prochainement. À quel horizon ? Et quels sont selon vous les opportunités et freins pour lancer la solution sur le marché Français ?

Tiko cumule actuellement plus de 10 000 clients européens reliés à son réseau d’accumulation. La solution de stockage lancée depuis fin 2016 à travers ses partenaires, a séduit plus de 1000 particuliers en Allemagne et une centaine en Suisse. Nous cherchons actuellement à nous implanter en Autriche et dans un second temps en Australie et aux Etats-Unis.

À contrario du marché allemand, le marché français n’est pour le moment pas assez mature, cela tient notamment au prix de l’électricité pour les particuliers qui est très bas en comparaison des autres pays européens. Les tarifs français n’incitent pas à l’installation de PV et limite la rentabilité des solutions d’auto-consommation. Pour moi les opportunités sont du côté de la mobilité électrique avec le développement des bornes de rechargement. Pour le stockage stationnaire, les usines de petite et moyenne taille sont aussi des opportunités à court et moyen terme.

Les freins au développement d’offres de stockage d’électricité pour les particuliers sont intrinsèques à la production et au réseau électrique français qui est l’un des plus résilients au monde tout en délivrant une électricité à bas coût.

Dans ce contexte l’horizon de développement de l’offre Tiko en France se situe à 4 ou 5 ans. En revanche tiko est déjà actif en France avec Direct Energie dans le secteur du pilotage des chauffages électriques résidentiels.

Utilisez-vous de l’intelligence artificielle et des logiciels de « deep learning » pour gérer les équipements et flux d’énergie en temps réel ?

La solution  n’intègre pas de « deep learning » au sens strict, mais on peut bien parler d’Intelligence Artificielle à son sujet. Les algorithmes sont  utilisés pour gérer le confort, les alertes  et les économies sur les cycles de stockage. Grâce aux données de consommations collectées toutes les secondes les algorithmes sont capables d’apprendre et d’optimiser le rendement de nos solutions.

Il est couramment fait référence à la « Blockchain » dans le secteur de l’énergie. Quelle est votre position sur cette nouvelle technologie ?

Le système est prêt à accueillir ces nouvelles technologies « Blockchain ».

Peut-on imaginer une décentralisation du système énergétique à l’échelle d’une métropole dans laquelle des solutions telles que Tiko géreraient les flux en temps réel et rendraient la ville autonome ?

Nous revenons vers un modèle de production et de consommation locale avant l’arrivée du nucléaire, à la différence que la technologie Web permet aujourd’hui d’automatiser le contrôle et la mesure de chaque point de production et de consommation.

La tendance est à l’autoconsommation, toutefois l’indépendance énergétique complète d’un territoire est difficilement réalisable et n’est pas souhaitable car ce n’est ni la solution la plus efficace ni la plus durable. En effet le recours au réseau se justifie si l’énergie qu’on y trouve est décarbonée. La France bénéficie avec l’énergie nucléaire d’une source d’énergie décarbonée disponible en grande quantité, la production des centrales hydrauliques étant limitée, mais qui présente d’autres inconvénients, notamment le stockage et le traitement des déchets fissiles. Pour réduire la part de l’énergie nucléaire tout en garantissant un approvisionnement électrique de qualité, l’utilisation de solutions comme Tiko permet agréger un maximum de charges pour stabiliser le réseau en temps réel, stabiliser les pics de production, et linéariser la consommation.

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