Solucom
Le blog Energie des consultants Wavestone

Les tendances mondiales des investissements dans le secteur des énergies renouvelables

Depuis une dizaine d’années, les énergies renouvelables sont devenues attractives pour les investisseurs. Les fonds dédiés aux énergies renouvelables se multiplient. Total et Tikehau Capital ont, récemment, créé un fonds consacré à la transition énergétique en investissant chacun 100 millions d’euros. Ils ont pour objectif d’attirer d’autres investisseurs afin accroître la capacité du fonds pour atteindre un milliard d’euros.

Ainsi, depuis 2004, 2.9 trillions de dollars ont été investi dans les énergies renouvelables dans le monde. En 2017, le montant de ces investissements a atteint 279.8 milliards de dollars, soit une hausse de 2% par rapport à l’année précédente. Une hausse certes, mais un montant qui n’égale pas le montant record des investissements réalisés en 2015 : 323.4 milliards de dollars.

Comment ces investissements sont-ils répartis dans le monde ? Quelles technologies sont les plus attractives pour les investisseurs et pourquoi ?

Le monde mise sur le solaire

Les énergies renouvelables représentent 61% de la capacité nette de production électrique ajoutée dans le monde en 2017. Parmi ces nouvelles énergies, l’énergie solaire domine nettement. En effet, en 2017, le solaire a recueilli la part la plus importante d’investissements : 160 milliards de dollars, soit 57% des investissements en EnR, un bond de 18% par rapport à l’année précédente. La capacité additionnelle liée à la technologie photovoltaïque est ainsi supérieure aux ajouts nets des autres technologies réunies : charbon, gaz et nucléaire. Cette croissance est notamment tirée par la Chine. Elle compte pour plus de la moitié de la capacité additionnelle solaire mondiale en 2017.

En un mois, la Chine installe autant de panneaux solaires que la France en un an.

Investissements mondiaux en 2017, par technologie et zone géographique, en $bn

Pourquoi les énergies renouvelables attirent-elles autant les investisseurs ?

Les technologies solaires et éoliennes sont particulièrement attractives pour les investisseurs en raison de leur « Levelized Cost of Energy ». Ce dernier représente le coût par MWh de la construction et de l’exploitation d’une centrale sur une durée de vie définie. Cet indicateur financier est utilisé par les investisseurs afin de déterminer la rentabilité de leurs investissements en énergie. ((Investissement actualisé + Coût O&M) / Production). Or entre 2009 et 2017, le LCOE de l’énergie photovoltaïque et de l’éolien onshore a diminué respectivement de 72% et 27%. Ces nouvelles technologies sont devenues plus compétitives que les technologies établies telles que le charbon et le gaz. La baisse rapide des coûts de production des énergies renouvelables entre 2009 et 2017 est due à plusieurs facteurs :

  • Les innovations technologiques continues entraînent l’amélioration des procédés de fabrication
  • Les chaînes d’approvisionnement sont de plus en plus compétitives
  • La concurrence entre les fournisseurs ne cesse de croître

Une tendance qui s’inverse selon les pays

Si les pays développés ont longtemps été les leaders en termes d’investissements dans les énergies renouvelables, la tendance s’est inversée depuis 2015. Désormais les pays en voie de développement concentrent 63% des investissements dédiés aux énergies renouvelables, dont 51% uniquement en Chine, Inde et Brésil. En effet, les économies émergentes ont attiré 177,1 milliards de dollars l’an dernier, soit 20% de plus qu’en 2016. La Chine, à elle seule, a injecté plus de 100 milliards. Inversement, les économies développées ont vu leur investissement chuter de 18. Leur investissement a atteint 102,8 milliards de dollars, le niveau le plus bas depuis 2006.

énergies renouvelables

Evolution des investissements en énergies renouvelables par type d’économie

Si de l’autre côté de l’Atlantique, les investissements n’ont chuté que de 6%, le phénomène est plus visible en Europe. Les investissements du vieux continent sont en baisse d’un tiers par rapport à l’année 2016, avec les plus fortes baisses constatées au Royaume Uni (-56%) et en Allemagne (-26%). Comment expliquer cette tendance ?

Une grande partie du déclin que connaissent les investissements en énergies renouvelables en Europe est due au calendrier de financement concernant les grands projets comme l’éolien offshore. En effet de nombreux projets ont été signé en 2016 et sont en construction. Le développement de nouveaux projets est donc limité.

Par ailleurs, les changements dans le soutien politique ont un impact sur les décisions d’investissement. L’essor rapide des renouvelables en Allemagne s’est notamment accompagné de contraintes et défis. La hausse des prix de l’électricité pour les ménages est une conséquence de ce développement. La loi EEG, instaurée en 2000, garantissait aux producteurs d’électricité renouvelable un tarif d’achat supérieur à celui de l’électricité conventionnelle. En raison de cette garantie de prix élevés, les installations de panneaux solaires se sont multipliées. Ce phénomène a contraint l’Allemagne à verser près de 24 milliards d’euros de subventions aux producteurs d’énergies renouvelables chaque année et donc à augmenter les taxes. Le gouvernement a décidé de limiter le dispositif de tarifs de rachat garantis et de privilégier le recours aux enchères. Ces dernières permettent de sélectionner les producteurs d’électricité renouvelable pouvant bénéficier d’une aide.

Les enchères permettent un déploiement progressif des énergies renouvelables mais instaurent un climat d’instabilité pour les investisseurs.

Et la France ?

La France n’échappe pas à ce phénomène. L’investissement en énergies renouvelables a baissé de 14% de 2016 à 2017. Afin d’atteindre l’objectif de 32% d’énergies renouvelables d’ici 2030, fixé par la loi de transition énergétique, le gouvernement a publié un plan pour « libérer les énergies renouvelables ». Ce dernier comprend un ensemble de mesures pour simplifier la délivrance d’autorisations de projets renouvelables. Par exemple la création de « permis enveloppe » concernant les autorisations pour l’éolien en mer. De même des mesures favorisant le développement du photovoltaïque à travers l’augmentation du volume des appels d’offres solaires ont vu le jour. La France essaie aussi d’être exemplaire par le biais de financements publics. La Caisse des Dépôts et Consignations et Bpifrance ont par exemple un budget dédié à la transition énergétique.

Selon l’Agence Internationale de l’Energie, la transition énergétique nécessite 44 000 milliards de dollars d’investissement d’ici 2050. Depuis 2004, les investisseurs ont réussi à financer la construction de plus de 1,000 GW. Les énergies renouvelables ont ainsi attiré plus de 2 900 milliards de dollars d’investissements cumulés. Les prédictions pour l’année 2018 annoncent encore une fois une année fructueuse. La baisse continuelle des coûts du solaire, de l’éolien et des batteries lithium agissent en faveur de ces investissements. Mais la route pour atteindre les objectifs de l’AIE reste longue.

 

Be Sociable, Share!

Tags :

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Accueil | Mentions Légales | Contact | A propos du blog | Wavestone-advisors.com