To be a Smart city or not to be a Smart City ? Face à la popularité croissante de ce mot « valise », voilà la question que de nombreuses collectivités françaises se posent aujourd’hui. Mais plus encore, avant d’en arriver là, la vraie question est de savoir à partir de quel moment une collectivité peut se lancer dans la Ville Intelligente ? Comment savoir si une collectivité est prête à entrer dans « l’ère de la donnée » et comment savoir si elle est suffisamment mature en termes de digitalisation ?

Quelle est mon appétence pour le digital ? Quel degré de digitalisation en interne ?

Avant tout, il est nécessaire que la collectivité s’interroge sur son appétence pour le digital. En effet, une collectivité ne peut envisager devenir une Smart City si elle n’a pas été sensibilisé au préalable aux usages et aux pratiques du numérique en interne. La proposition de nouveaux services nécessite de passer à une gestion de projets numériques qui diffère de celle des projets d’urbanisme historiques.  On cherche désormais à se recentrer sur l’utilisateur final et à apporter un maximum de valeur à l’usager avec qui on co-construit le service.

Si la collectivité n’a pas déjà initié cette acculturation en interne le cap à franchir en est d’autant plus grand pour proposer des services numériques à ses administrés.

  • Rupture des silos

La collaboration en interne passe d’abord par la rupture des silos organisationnels. En effet, les thématiques adressées au sein des projets urbains actuels prennent de plus en plus une dimension transverse. Pour réduire sa consommation énergétique par exemple, une collectivité a plusieurs leviers d’action : elle pourra solliciter la direction des transports, celle de l’énergie, celle de l’habitat et celle de l’éclairage. Il s’agit alors de décloisonner les départements et de les mettre en interaction.

  • Nouvelles méthodes de management

Aussi, avant de faire le grand saut, la collectivité doit s’assurer qu’en interne, de nouvelles méthodes de management ainsi que des nouveaux moyens de communication et de circulation d’informations ont été mis en place. L’agilité, la communication unifiée, le management visuel ou des outils de collaboration tels que Slack ou Jira offrent alors une panoplie d’outils qui permet de mettre en œuvre des processus plus pertinents et plus efficaces pour répondre aux besoins des citoyens.

Ai-je le sponsoring de mon administration et l’accord des citoyens ?

Le sponsoring de la part de l’administration et l’accord des citoyens est une composante essentielle vers la ville intelligente. Une collectivité a besoin d’un maire et d’élus engagés qui prennent position et qui sont convaincus des bénéfices d’un tel projet. La solidité du couple « Elu – DGS (Direction Générale des Services) » est déterminante pour faire passer les décisions et les engagements budgétaires.

Les citoyens ont également un rôle à jouer dans le déploiement de la ville intelligente puisqu’ils en sont les premiers bénéficiaires. Si la collectivité ne cherche pas à obtenir le soutien des citoyens en amont en les incluant dans le processus de réflexion et de construction, ces derniers risquent de s’opposer aux projets par incompréhension. D’où l’importance d’avoir des élus portant ces sujets dans leur programme lors d’élections locales. Cependant, ce point n’est pas une condition sine qua non à l’implantation du numérique dans les territoires, bien qu’il y participe grandement.

La transition vers une ville plus numérique peut aussi se traduire par des actions concrètes déjà réalisées qui permettent la montée en compétence en interne et des retours d’expérience bénéfiques pour de nouveaux projets. Simplification des démarches administratives ou mise en place d’outils digitaux (plateforme de recensement d’accidents, réseaux sociaux etc.) dans le but de faciliter la vie des citoyens en sont des exemples. Les disparités entre un simple site d’information municipal et celui permettant d’effectuer des démarches administratives en ligne en disent beaucoup sur les différents degrés de maturité digitale des collectivités.

Fluicity Opération #MairieOuverte 9 décembre – 18 décembre 2018

A titre d’exemple, l’application Fluicity – plateforme leader dans le segment de la participation en France et en Belgique est un outil d’anticipation et d’aide à la prise de décision pour les élus et permet à ces derniers de dialoguer avec leurs administrés : les maires peuvent faire descendre de l’information ciblée à leurs citoyens et inversement les habitants peuvent donner en temps réel leur avis sur les propositions de la collectivité, signaler un dommage dans leur rue ou tout simplement proposer une idée. Ainsi, à Vernon (Eure) où 12% des habitants utilisent Fluicity, un éclairage public défaillant a été réparé en l’espace de quelques heures après sa notification auprès de la ville via l’application.

Quels moyens financiers pour atteindre mes ambitions ?

La troisième question à se poser concerne les moyens financiers. En effet, beaucoup de collectivités se détournent de la Ville Intelligente car elles pensent ne pas en avoir la capacité financière et considère cet élément comme le frein numéro 1 à la mise en place de projet intelligents (voir infographie). S’il est vrai que les coûts d’entrées peuvent être élevés, il n’est cependant pas nécessaire d’avoir un budget dédié mais plutôt de gérer différemment les investissements en cours.

En effet, mettre de l’argent dans un système d’éclairage intelligent devrait être vu comme un investissement et non une dépense, car à terme, ce système engendrera des économies significatives tant sur les couts de fonctionnement que de maintenance etc.  En France, de nombreux villages se sont lancés dans des projet de Smart City avec des ROI (Retour sur Investissement) très rapides et des coûts d’entrées faibles. C’est le cas par exemple de la commune de Montdidier (Somme) qui a mis en place un réseau intelligent d’éclairage publique sur l’ensemble de la ville. Résultat, la production électrique en EnR a augmenté de 52% et la consommation électrique a baissé de 27%. Également, de plus en plus de villes s’intéressent au ROI sociétal de ces projets digitaux, certes difficiles à rendre factuel mais qui apportent un regard neuf sur la capacité à engager des investissements.

 

 

Ai-je les ressources compétentes en interne ?

Le quatrième élément qui détermine le lancement d’initiatives visant au développement de territoires intelligents est la mise à disposition de ressources et compétentes en interne. En effet, il est souvent nécessaire ou préférable de constituer une direction (taille en fonction de la collectivité) dédiée à la ville intelligente et non de simplement mobiliser ponctuellement quelques personnes.  Il est préférable que cette direction soit rattachée au DGS. Dans le cas contraire, de nouveaux silos risquent de se créer. Enfin, elle doit être transverse et donc capable de travailler avec les meneurs de projets des divers départements mais aussi de les faire travailler ensemble – ce à quoi ils ne sont pas habitués (cf segmentation par direction métiers). Comme Bordeaux, de nombreuses collectivités ont fait le choix de désigner un chef de projet Smart City (de formation ingénieur la plupart du temps) ayant un rôle de facilitateur au sein de la collectivité pour faire émerger des projets transverses et recruter les compétences nécessaires au bon déroulement de ces projets.

Enfin, mes moyens techniques sont-ils à la hauteur de mes ambitions ?

Pour connaitre sa maturité technique, il faut commencer par faire un état des lieux et se poser les questions suivantes :

  • Quelles sont les données dont je dispose ? Quelle gouvernance y est associée ? Ai-je choisi l’OpenData ? Ou un autre modèle ? Pourquoi ?
  • Ai-je les infrastructures SI nécessaires (fibre optique, réseaux hertziens, capillarité des points de connexion) ? Est-ce que mes infrastructures SI sont adéquat à un volume de données grandissant ? Ai-je les moyens d’analyser ces données ?
  • Quelle est mon niveau de maturité concernant la RGPD et de la gestion de la propriété de la donnée ? Ai-je mis en place des licences pour définir les conditions de réutilisation de la donnée dans le cadre de la loi VALTER ?
  • Quelle est mon niveau de protection en ce qui concerne la cybersécurité ? Sur un territoire intelligent, le risque cyber est accru par la présence d’objets connectés multiples et par l’interconnexion des services. En devenant plus intelligents, les territoires deviennent plus vulnérables et la collectivité devient plus que jamais une cible d’attaques informatiques. Elle est donc dans l’obligation de penser au préalable sa protection en termes de cybersécurité.

C’est une fois ces étapes réalisées que la collectivité peut considérer être prête techniquement à mettre en place des projets pour la création d’un territoire intelligent.

 

Après s’être posée toutes ces questions une collectivité sera, en principe, en mesure de construire une stratégie data en accord avec les ambitions propres à son territoire et aux besoins de ses citoyens. Le numérique permet ainsi une Gestion de la relation citoyenne (GRC) plus efficace et favorise les relations entre le service public et le citoyen. En adoptant une telle stratégie les collectivités renforcent alors leur position en tant que facilitatrice du tissu économique local et gagnent en légitimité pour proposer une nouvelle version du service aux publics.

 

https://www.itforbusiness.fr/leaders/portraits/item/8959-quand-la-transformation-numerique-gagne-les-collectivites-locales

https://www.apvf.asso.fr/files/publications/Livre_Blanc_Transfonum_Relation_Citoyens.pdf

https://www.lagazettedescommunes.com/594876/la-smart-city-du-reve-a-la-realite/

https://www.lagazettedescommunes.com/597593/les-villes-moyennes-peuvent-aussi-etre-des-villes-intelligentes/