Mardi 19 novembre 2019, lors d’un débat organisé par BIP et Enerpresse, Clément Le Roy, Senior Manager chez Wavestone, intervenait aux côtés de Laurent Favreau, Vice-Président du SyDEV et de VENDEE ÉNERGIE et de Michel Bauchet, Maire de Pénestin autour de la question du rôle des collectivités dans la transition énergétique. Retour sur cet événement.

Des citoyens et collectivités de plus en plus engagés dans la transition énergétique

Les panélistes s’accordent à dire que l’énergie, sujet longtemps ignoré par les consommateurs, intéresse de plus en plus les Français. Pour preuve, selon une récente étude de l’ADEME, 90% d’entre eux sont favorables au développement de la production locale d’énergie et 54% seraient prêts à investir dans les énergies renouvelables (EnR). Plus que de chercher une réelle rentabilité pour leur épargne, les citoyens sont enthousiastes à l’idée de prendre part à la transition énergétique.

Les collectivités partagent cet engouement. Deux mouvements s’opèrent donc en parallèle : un mouvement « top down » initié par les pouvoirs publics et notamment les collectivités et un mouvement « bottom up » mû par la mobilisation citoyenne. Ces deux mouvements peinent parfois à s’accorder et se coordonner.

M. Bauchet souligne la proactivité et le dynamisme de sa ville bretonne en matière de transition énergétique. L’engouement pour cette thématique a été relativement précoce à Pénestin puisque les premiers projets ont émergé dès 2002. Pour ne citer que quelques exemples, à Pénestin, de grands travaux de rénovation des bâtiments ont été entrepris ; dès 2008, une charte visant à éradiquer le fuel a été rédigée et est aujourd’hui respectée ; l’autoconsommation collective est pratiquée (voir notre interview au sujet d’une autre collectivité), ce qui est relativement novateur en France ; une modernisation de certains bâtiments municipaux avec l’utilisation de l’IoT pour mesurer et piloter les consommations énergétiques est en cours. Il met également en lumière l’importance des aides régionales et nationales dans la réalisation de leurs différents projets ainsi que l’aide cruciale de l’intercommunalité.

De même, M. Favreau met en exergue l’appétence des élus vendéens pour les énergies renouvelables, principalement l’éolien onshore et le solaire photovoltaïque, qui représentent 10% de l’énergie consommée par la Vendée, soit un pourcentage supérieur aux objectifs nationaux. Il évoque également l’existence d’une expérimentation d’un projet de smart grids en Vendée, ce qui est peu surprenant dans la mesure où la France est un pays pionnier dans le développement des smart grids et est passée en 10 ans du POC au niveau industriel.  Il ajoute que cette orientation vers les énergies renouvelables et les smartgrids poursuit un double objectif : favoriser la transition énergétique et limiter la dépendance voire tendre vers l’autonomie énergétique.

Des gestionnaires de réseau en pleine transformation : d’un système énergétique centralisé et monopolistique à un système décentralisé et multi-acteurs

Bien que souhaité par la majorité, le passage rapide d’un système énergétique centralisé à un système de plus en plus décentralisé constitue un choc pour le réseau électrique tel qu’il a été conçu. RTE pour le transport et ENEDIS pour la distribution se transforment en conséquence et à un rythme soutenu. RTE estime le coût de cette transformation du réseau de transport d’électricité en France à 10 milliards d’euros. Les collectivités, quant à elles, soulignent avoir rencontré certaines difficultés à travailler avec le gestionnaire du réseau de distribution, sans doute du fait de la difficulté de la tâche qui incombe à ce dernier. Elles dénoncent notamment la lourdeur et la lenteur administrative nécessaire à la réalisation de leurs projets d’EnR ainsi que les difficultés techniques inhérentes au raccordement. Toutefois, le coût de raccordement est passé de 9,1% du coût total d’une opération pour les premiers projets, à 3,3% actuellement, ce qui facilite la pérennisation des projets.

Ce changement de paradigme, interroge donc sur la maille la plus adaptée à son financement, qu’elle soit locale ou nationale. Autrement dit, qui doit financer cette transition ?  En ce qui concerne le secteur privé, l’intérêt des banques et fonds d’investissement pour le sujet ne cesse de croître. En effet, trois critères sont cruciaux afin d’investir dans un projet : la crédibilité technique, la crédibilité financière et la pérennité. Les banques évaluent le retour sur investissement à 7-10ans sur les projets d’ENR, ce qui est suffisant pour que les banques acceptent d’investir. Les fonds existent en quantité plus que nécessaire. Il s’agit maintenant de les réorienter vers les énergies vertes, comme le prévoit l’Accord de Paris.

Collectivités et environnement : de nombreux leviers d’actions pour engager une transition environnementale globale et inclusive

Outre la rénovation des bâtiments, le développement de projets solaires, éoliens ou encore de smart grids, M. Le Roy souligne le foisonnement d’actions réalisables par les collectivités pour verdir leurs activités. Avant toute chose, il rappelle que « l’énergie la meilleure est celle que l’on ne consomme pas ». Autrement dit, avant même de monter des projets onéreux, il faut réduire au maximum ses consommations et tendre vers la frugalité énergétique afin de réduire son impact environnemental. Pour ce faire, l’utilisation d’outils de mesure et de pilotage de son énergie est indispensable, ce qui nécessite l’installation a minima de compteurs communicants à l’instar des compteurs Linky.

Les leviers d’actions sont nombreux. La mobilité représente par exemple un enjeu fort pour les collectivités et l’ensemble des élus devraient se déplacer en véhicules hybrides voire électriques ou hydrogènes, tant pour des questions d’impact carbone que pour une question d’exemplarité. La mise en place d’une politique d’achats responsables représente un autre levier à fort impact. La liste des actions possibles à mener pourrait être bien plus exhaustive. Toutefois, avant l’élaboration de telles stratégies, la réalisation d’un diagnostic au sein des collectivités et la mise en place d’indicateurs est primordiale.

En outre, en parallèle des actions concrètes réalisées, il est indispensable de sensibiliser d’une part les employés des collectivités et d’autre part les habitants de ces mêmes collectivités. Cela peut notamment passer par le lancement de projets « totems », qui mobilisent, fédèrent et rendent visibles les actions concrètent. Cette sensibilisation peut également être réalisée lors des temps forts de la ville en organisant des événements de manière éco-responsable et mettant en avant les solutions proposées (zéro déchet, circuit-court, etc.).

M. Bauchet illustre cela en donnant deux exemples d’actions menées par la ville de Pénestin. D’une part, afin de diminuer le recours aux véhicules motorisés, les policiers de la ville se déplacent à vélos. D’autre part, l’éclairage de la ville, extrêmement énergivore, a été optimisé et remplacé par des LED afin de réduire les consommations énergétiques de la ville.

Face à cet engouement croissant et à quatre mois des élections municipales, il y a fort à parier que les ENR et la transition énergétique ne seront pas en reste au sein des débats politiques.