Renault a détrôné Tesla sur le podium des voitures électriques les plus vendues en Europe. Avec plus de 7.000 immatriculations au 1er Semestre 2019, la ZOE est par ailleurs le véhicule électrique le plus vendu en France. Mais quel est le rôle de Renault dans la filière de la mobilité électrique ?  C’est pour répondre à cette problématique que nous avons interrogé Yasmine Assef, Directrice de Programme “New Business Energy & Charging Infrastructure” du Groupe Renault.

 

La transition vers l’électrique est une occasion de revisiter les modes de mobilité et les usages, notamment avec le développement de l’autopartage. Souhaitez-vous jouer un rôle important dans cet écosystème ? Avec quel positionnement ?

Portrait Yasmine Assef

Yasmine Assef, Directrice de Programme “New Business Energy & Charging Infrastructure” du Groupe Renault

Le secteur des transports est responsable de 30% des émissions de CO2 en France, et le Groupe Renault agit en tant qu’acteur engagé pour développer la mobilité de demain. Outre l’innovation sur les mobilités électriques, autonomes et connectées, le Groupe Renault a également créé la direction Nouvelles Mobilités. Celle-ci est en charge de développer de nouveaux services de mobilité.

  • Fin 2018, Renault a ainsi lancé son offre de mobilité par le rachat des VTC Marcel (dont les véhicules sont, notamment, des Renault ZOE électriques)
  • L’entreprise s’est investie également dans la location courte durée avec Renault Mobility. C’est notamment via cette application que vous pouvez louer un utilitaire afin de transporter des meubles d’un magasin IKEA à son domicile

Tous services confondus, ce sont près de 7 000 ZOE qui offrent actuellement des services d’auto partage et VTC en Europe.

Dans une précédente interview en août 2018, vous déclariez que la “voiture [électrique sera] un véritable maillon du réseau électrique” notamment avec l’émergence du Vehicle-To-Grid. Quelle est votre stratégie en matière de “services énergétiques” ?

Les services de mobilité sont considérés clé pour Renault et sont développés de manière prioritaire.

 

Renault ZOE

Nouvelle Renault ZOE, avec charge pilotable par l’application Z.E. Services

Toutefois, le Groupe Renault est très impliqué dans les services liés à l’écosystème électrique tels que la recharge intelligente, la charge réversible ou Vehicle to Grid ou l’usage de la seconde vie des batteries. Sur ce dernier point, le groupe, comme Bouygues Energie et Services, fait partie des partenaires qui portent le projet ELSA, qui a permis le développement d’un système de stockage d’énergie basé sur des batteries de seconde vie.

La recharge réversible est une fonctionnalité que le Groupe Renault regarde de près, concrètement cela se traduit par des services systèmes apportés au gestionnaire de réseau de transport (V2G), comme, par exemple l’équilibrage de la fréquence du réseau ou des services types d’autoconsommation (V2H, V2B), ou alors le Vehicle to Load ; on pourrait donc imaginer son véhicule comme source d’électricité pour du camping ou pour des engins de chantiers par exemple.

Pour développer ces nouveaux services énergétiques il est nécessaire de faire évoluer la réglementation, notamment si on utilise l’énergie de son véhicule pour alimenter son domicile. Prenons par exemple la situation suivante : Mr X recharge son véhicule sur son lieu de travail puis alimente sa maison une fois son véhicule garé et connecté au réseau local de son ménage. Aujourd’hui le point de livraison étant forcément rattaché à un fournisseur d’électricité, on ne sait pas comment facturer facilement Mr X sur son lieu de travail. Il faudrait donc repenser ces regèles de fonctionnement afin de rendre ces services viables économiquement dans le futur : En conséquence, l’utilisateur paiera lui-même quand il se chargera au bureau. Cette adaptation contractuelle pourrait par ailleurs éviter de changer les tarifs d’accès au réseau.

 

Trois freins à l’essor rapide de la mobilité électrique sont souvent cités : le coût des véhicules, autonomie et disponibilité des infrastructures de recharge. Partagez-vous ces éléments ? Pensez-vous qu’ils seront surmontables dans un avenir proche ? Y a-t-il des leviers complémentaires qui vont permettre d’accélérer le déploiement ?

La nouvelle batterie 52 kWh équipant la Renault ZOE 2019

Dès son lancement dans le secteur de la mobilité électrique, Renault n’a eu de cesse de réduire le coût de ses véhicules afin de les rendre accessibles à tous. C’est pour cela, par exemple, que nous avons conçu la ZOE avec un chargeur embarqué; celui-ci permet de se recharger sur des bornes simples AC 22kW plus répandues et beaucoup moins chères que les bornes de recharge rapide. Par ailleurs, Renault propose un modèle de location de la batterie, ce qui permet de diminuer de 30% de prix d’achat et de lisser le coût de la batterie. Ce modèle a permis également à Renault de développer l’usage des batteries de 2nd vie ; ce qui réduit encore le prix d’achat (voir notre article à ce sujet) du véhicule. Notre ambition à date est de réduire de 30% le prix de la batterie. Enfin, la recharge intelligente (smart-charging) va permettre de générer des revenus supplémentaires indirects à l’utilisateur. Aujourd’hui un propriétaire peut déjà économiser 60€/ans (rechargement du véhicule en fonction du prix de l’électricité) et pourra économiser 3 fois plus lorsque la recharge bidirectionnelle sera développée.

L’autonomie du véhicule électrique enfin est un sujet à la fois lié à la puissance de la batterie, mais également à disponibilité des bornes. La 3ème génération de Zoé dispose de 52kWh de batterie, contre 22kWh initialement, et compatible sur les recharges rapides 50kW. Après plusieurs années d’expérience sur le segment, nous constatons que l’autonomie actuelle couvre les usages quotidiens de nos clients. En effet, en Europe, les conducteurs parcourent en moyenne 45 km/jour. .

Enfin, la disponibilité des infrastructures de recharge (IRVE) est un élément clé pour l’essor des véhicules électriques. Afin de simplifier l’accès à ces bornes de recharge, Renault a développé la carte ZE Pass. Elle permet aux conducteurs d’avoir accès au plus de 1500 zones de recharges y compris sur autoroute. Par ailleurs en parallèle du développement du réseau des points de charge, la filière doit également veiller au bon fonctionnement de ceux-ci. La qualité des bornes de recharges est pour nous un réel enjeu.

Le système de recharge bidirectionnelle de Renault

De nombreux projets de déploiement d’infrastructures de recharge sont en cours. A l’instar de nombreux constructeurs ou acteurs de la mobilité électrique (Tesla, BMW, Ford ou encore Volkswagen), pensez-vous indispensable d’être présent sur le périmètre des IRVE ? Des alliances ou partenariats sont-ils envisageables ?

Tous les acteurs de l’électro-mobilité et les gouvernements poursuivent un objectif commun : favoriser l’existence de bornes, de bonne qualité, et accessibles au client. Différentes stratégies sont mises en place par les constructeurs automobiles pour atteindre cet objectif. Si certains ont choisi de monter des consortiums pour opérer et installer des bornes, le Groupe Renault se concentre aujourd’hui sur la création de partenariats :

  • Lors de l’EVS32, le Groupe Renault, le réseau de bornes électriques E-Totem et Demeter, fonds d’investissement finançant des projets de transition énergétique ont signé un partenariat pour l’implantation de bornées partagées à la demande sur la ville de Saint-Etienne. 100 bornes seront ainsi attribuées par la Mairie aux citoyens qui en font la demande (après étude de leur demande)
  • Lors de Vivatech, Renault et le groupe Klépierre ont annoncé un partenariat pour le déploiement de bornes partagées dans les centres commerciaux. Installés dans des zones à forte densité, ces hubs de charge sont à destination des visiteurs des centres en journée et également des résidents les soirs et les week-ends

De nombreuses solutions sont envisageables pour aider au déploiement des bornes : hubs de charges dans les parkings, partenariats avec les mairies, implantation d’infrastructures de recharge dans les bâtiments d’entreprises … Néanmoins, de multiples points administratifs sont encore en cours de maturation (notamment sur la facturation de l’énergie).

 

Les récentes études publiées par RTE et l’AVERE indiquent qu’un développement massif de l’électromobilité n’entrainera pas de conséquences négatives sur l’appel en énergie. En revanche d’un point de vue puissance et localement, des contentions pourraient apparaître. Comment Renault peut contribuer à la mise en place de dispositifs intelligents pour éviter d’impacter le réseau ? Et quel est l’intérêt pour l’utilisateur du véhicule de rentrer le cas échéant dans un système de pilotage de la recharge ?

Le développement de l’électro-mobilité peut avoir un impact sur le réseau. Le projet aVEnir piloté par ENEDIS est chargé d’évaluer les possibles impacts négatifs tels que le risque de congestion* mais aussi d’étudier les impacts positifs du smart-charging sur le réseau local. En effet, le véhicule a un rôle à jouer au sein du système électrique, que ce soit directement comme solution de stockage, mais aussi comme régulateur en favorisant l’équilibre en gommant les pics de consommation et les appels de puissance.

Sur le réseau national et comme l’indique l’étude RTE / AVERE, le développement du véhicule électrique n’aura pas d’impact, moyennant un pilotage intelligent de la recharge. Aussi, l’utilisateur peut à la fois réaliser des économies, voire avoir des gains et rendre service au réseau électrique national. Il est courant d’évoquer la génération de petits revenus mais pour développer cette initiative, il faut un signal prix concret pour le consommateur, sans quoi cette pratique sera dure à insuffler : A date, il reste encore des freins à lever, et c’est tout l’écosystème qui doit permettre cela, en plaçant l’utilisateur au centre des problématiques de développement de services.

La recharge intelligente du véhicule électrique par Renault

A ce jour, l’application Z.E Smart Charge n’est disponible qu’au Pays-Bas. Quand sera-t-elle déployée plus largement en Europe ? Quels retours d’expérience avez-vous sur cet outil de pilotage ? Attendez-vous à une forte utilisation sur le territoire français ?

Le principe de cette application est le suivant : “Chargez au bon moment, ou que vous soyez “. Cela passe par un contrôle direct de la charge via la voiture sans passer par la borne. Il n’est donc pas nécessaire d’avoir une borne connectée. Comme évoqué, la recharge intelligente décrit un cercle vertueux. Elle peut réduire les coûts et générer des gains par l’intégration des énergies renouvelables, et rendre service au réseau. En tout cas, les retours d’expériences sont plutôt positifs à date et l’application devrait se déployer globalement en Europe sous peu.

 

Le projet de l’Airbus des batteries semble se préciser, avec la bénédiction des Etats français et allemands et sous l’égide des institutions européennes. Pourquoi est-il important de disposer de capacités de production de batteries en Europe ?

Le projet de création d’un Airbus des batteries est une réelle occasion pour l’Europe d’être en avance sur la recherche, le développement et l’innovation des batteries (solides notamment).  L’idée est de pouvoir concurrencer les batteries chinoises, mais aussi de créer de l’emploi et de mieux maitriser l’empreinte carbone des batteries. Le Groupe Renault soutient cette initiative ainsi que les startups qui innovent dans la chimie des batteries, la structure des cellules et de tous les autres composants des batteries. Par exemple, Alliance Ventures Capital, le fonds de capital-risque de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi a investi dans la start-up Enevate, spécialisée dans la conception de batteries lithium-ion aux Etats-Unis.

Le Groupe Renault a la conviction que l’innovation est un levier pour réduire rapidement le coût de revient des batteries.

 

Articles connexes :