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[Décentralisation du système énergétique] Entretien avec Sophie Galharret, GRDF : « Mettre le réseau de gaz naturel au service de la transition énergétique territoriale »

En 2014, Energystream publiait un grand dossier sur les énergies renouvelables motrices d’une décentralisation énergétique. Nous constations alors que la décentralisation des moyens de production était irrévocablement en marche. Nous percevions que les progrès technologiques et l’ouverture des marchés allaient rapprocher les sites de production des consommateurs.

Aujourd’hui, non seulement la production se décentralise, mais l’ensemble du système énergétique évolue : nous sommes déjà en transition énergétique. Comment cette décentralisation s’opère-t-elle ? Quels en sont les leviers et les freins ? A quelle maille s’organiseront demain production, distribution, consommation ? Quel avenir pour les acteurs historiques ? Les nouveaux entrants ? Les collectivités ? Afin de mieux comprendre ce mouvement et de nous représenter le monde de demain, nous sommes allés à la rencontre d’acteurs, privés et publics, historiques et émergents. Nous publions leurs points de vue personnels (ils parlent librement, en leur nom). Ils sont parfois tranchés et toujours sérieux. Nous tenons à les verser au pot de la réflexion citoyenne.


Cette semaine : Sophie Galharret, GRDF

Expert de l’énergie gaz et acteur clé de la transition énergétique, GRDF (Gaz Réseau Distribution France) est le principal opérateur du réseau de distribution de gaz naturel en France. GRDF assume chaque jour ses missions de service public en acheminant l’énergie gaz naturel à 11 millions de clients quel que soit leur fournisseur d’énergie, grâce au plus grand réseau de distribution d’Europe (197 928 kilomètres). GRDF conçoit, construit, exploite, entretient et développe ce réseau dans plus de 9 528 communes, en garantissant la sécurité des personnes et des biens, et la qualité de la desserte.

 

Comment percevez-vous en tant que distributeur d’énergie la décentralisation du système énergétique ?

Le mouvement de décentralisation a été initié par la production locale d’énergie d’origine renouvelable. Celui-ci débouche progressivement vers une décentralisation de la décision du choix énergétique : quel approvisionnement énergétique pour ma collectivité ? Avec quelle énergie je souhaite répondre à mes besoins ? Auprès de qui me fournir ? etc. La décentralisation induit une nouvelle répartition des rôles et de la gouvernance énergétique : conception et mise en œuvre de plans climats locaux, aménagement urbain et documents d’urbanisme, voire production d’ENR en régie…

 

Quels sont selon vous les facteurs moteurs de la décentralisation ?

 A mon sens, le point de départ : c’est moi, c’est vous, ce sont les citoyens que nous sommes. C’est-à-dire la volonté citoyenne de reprendre en main nos choix énergétiques et la volonté des collectivités de maîtriser davantage leurs politiques énergétiques. Les modèles juridiques s’adaptent a posteriori à ces nouvelles tendances. Ils facilitent la concrétisation de cette volonté et lui apportent un cadre légal et un équilibre économique.

Il est aussi important de noter le rôle joué par le numérique qui ouvre des opportunités, notamment en facilitant une émulation citoyenne et une émancipation vis à vis des acteurs classiques. Le numérique permet une accélération dans le changement des mentalités. C’est grâce à lui que le financement participatif a émergé et a été intégré au droit en si peu de temps. Il ouvre des perspectives pour une généralisation de l’économie collaborative à toutes les échelles du territoire. Je suis convaincue qu’elle constituera l’une des clés de la transition énergétique des territoires.

 

Comment la décentralisation impacte-t-elle les acteurs du monde de l’énergie ?

La décentralisation est portée par l’émergence d’un acteur nouveau : le citoyen-énergéticien. Les collectifs citoyens, les sociétés d’économie mixte, les projets participatifs vont prendre un rôle croissant dans l’écosystème. Deviendront-ils le schéma général ? Il est trop tôt pour le dire avec certitude. La réponse dépendra de la pertinence des nouveaux modèles économiques proposés.

Les collectivités sont fortement impactées et montent rapidement en compétence. Ainsi, le débat énergétique a quitté la sphère nationale pour entrer dans le concret des projets de territoire.  Les collectivités ou leurs satellites (agences d’urbanisme, agences locales de l’énergie…) sont même parfois les pilotes de ces projets.

De nouvelles start-ups se créent dans le sillage de la transition énergétique. Par exemple, la société BoostHeat propose une chaudière gaz hybride qui optimise la consommation énergétique grâce à un rendement thermique allant jusqu’à 200%.

Les grands acteurs de l’énergie s’adaptent à cette nouvelle donne. L’essor de solutions micro-locales posent de nouvelles questions sur les modèles économiques existants. Dans ce paysage, et en ce qui concerne la gestion du réseau de distribution, GRDF s’attache à travailler en concertation avec les collectivités et les porteurs de projets locaux pour trouver ensemble les solutions qui participeront à l’atteinte de leurs objectifs dans une véritable démarche de co-construction.

 

En tant qu’acteur incontournable de l’énergie gaz sur le territoire français, GRDF compte parmi les « grands acteurs » de la transition énergétique. Comment GRDF se positionne-t-il face à ces tendances décentralisatrices ?

La décentralisation ouvre de nouvelles perspectives pour l’ensemble des gestionnaires de réseau de distribution. Dans le cadre de la transition énergétique, notre premier objectif est de réussir l’intégration de la production de biogaz. Ce que l’on nomme biogaz est en fait du biométhane, c’est-à-dire un gaz vert, entièrement renouvelable, produit à partir de déchets issus de l’industrie agro-alimentaire, de la restauration collective, de déchets agricoles et ménagers ou encore de boues de stations d’épuration. Ce biogaz épuré respecte à 100 % les propriétés du gaz naturel. Il peut donc être injecté dans le réseau de distribution de gaz naturel très facilement.

Le développement du biométhane en France est une priorité pour GRDF. C’est pour nous le moyen de démontrer que le gaz peut également être une énergie renouvelable. Ceci témoigne de notre volonté de valoriser le gaz comme une énergie adaptée à la transition énergétique. Comme vous le savez, l’objectif fixé par la loi de transition énergétique pour la croissance verte est d’atteindre 10% de biométhane dans le réseau de distribution de gaz en 2030 en France. Aujourd’hui, 23 sites de biométhane injectent dans le réseau de distribution et nous tablons sur une centaine d’ici à fin 2018. Notre mission quotidienne est d’accompagner les porteurs de projets de la conception jusqu’à la concrétisation de leurs ambitions.

De par son modèle concessif, GRDF est naturellement un partenaire privilégié des collectivités. Nos engagements quotidiens auprès de nos partenaires que sont les responsables de collectivités locales, les acteurs institutionnels, les organismes privés et associatifs ou encore les entreprises en témoignent. Nous sommes convaincus de la place déterminante des territoires et des acteurs de terrain pour traduire dans les faits les orientations de la loi de transition énergétique pour la croissance verte et fédérer autour d’un objectif commun.

A ce titre, les solutions développées par GRDF pour la transition énergétique dans les territoires sont : développer le gaz vert et la mobilité durable, optimiser les outils de performance énergétique et la maîtrise de l’énergie et également de transformer le réseau de distribution de gaz naturel en outil de pilotage de la transition énergétique des territoires.

Ce dialogue est à la fois permanent et quotidien. La co-construction est une valeur forte pour GRDF : nous appliquons ce modèle avec toutes nos parties prenantes et sur tous les sujets (développement des filières gaz vert, mobilité gaz, déploiement du compteur communicant, nouveau contrat concessionnaire, …).

 

Le sujet relationnel est certes crucial, mais l’avenir des infrastructures est aussi en question : quelle place pour le réseau de distribution dans un système énergétique ancré localement ?

C’est la question que se posent tous les distributeurs.

Chez GRDF nous sommes convaincus que le réseau de gaz naturel offre un effet d’échelle et de flexibilité qui constitue un atout pour la transition énergétique. Par exemple, les projets Power-to-Gas [1], accompagnés par GRDF, nécessitent une coordination entre la production d’électricité renouvelable et les capacités d’absorption et de stockage du réseau de gaz naturel. Aussi, il faut avoir une vision « macro » pour organiser et mutualiser les flux de façon pertinente.

Nous travaillons aussi avec les territoires sur leurs enjeux de planification énergétique : comment la collectivité peut-elle utiliser au mieux son réseau de gaz naturel et en faire un outil de transition énergétique ? Nous accompagnons des métropoles (telles que Lyon et Grenoble) mais aussi des agglomérations ou des territoires plus ruraux pour qu’ils parviennent à se servir de leurs réseaux afin de trouver un approvisionnement énergétique optimal du point de vue environnemental et économique.

 

Quels sont les principaux obstacles à dépasser pour poursuivre cette décentralisation énergétique ?

Le levier économique pose encore question. Ainsi, sur le terrain, pionniers et nouveaux entrants s’opposent sur la question. Les premiers pensent avoir créé des modèles économiques viables et les seconds attendent encore des gages.

Chez GRDF, nous avons la conviction que la transition énergétique ne se fera qu’en utilisant toutes les ressources à notre disposition et en mettant en place un mix énergétique équilibré et adapté selon les territoires et les utilisations : décentraliser la production et digitaliser les réseaux énergétiques afin d’optimiser les consommations. La solution ne sera pas apportée par une seule énergie mais par leur complémentarité. Le gaz a un rôle crucial à jouer car il est un complément efficace aux ENR.


[1]
Le Power-to-Gas consiste à transformer des excédents d’électricité d’origine renouvelable en gaz par un procédé d’électrolyse et de méthanation. Le gaz produit peut être injecté dans le réseau de gaz naturel, par nature plus flexible que le réseau d’électricité, et participe au verdissement du gaz consommé pour le chauffage ou la mobilité.

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